Fantômes de papier

L'ouvrage:
La narratrice (dont nous connaîtrons le prénom juste avant l'épilogue) a vingt-quatre ans. Lorsqu'elle avait douze ans, sa soeur, Rachel (dix-neuf ans), a disparu, et n'a jamais été retrouvée. À présent, la narratrice est persuadée de savoir qui a enlevé sa soeur. C'est Karl Feldman, soixante-deux ans. L'homme souffre d'un début de démence sénile, il ne se souvient plus de tous les événements de sa vie. L'héroïne veut le faire parler, lui faire avouer ce qu'il a fait de Rachel. Voilà pourquoi elle souhaite l'emmener en voyage à travers le Texas.

Critique:%%Je souhaite lire ce roman depuis que j'ai entendu une interview de Julia Heaberlin à ce sujet. (Pour ceux que ça intéresse, deux interviews audio de la romancière sont disponibles gratuitement sur Audible.fr. Bien sûr, elles sont en anglais.) Le livre m'a beaucoup plu. Après que l'héroïne a appris son but au lecteur, les choses sont un peu lentes à démarrer. Cela ne m'a pas dérangée: on a le temps de se faire une idée de l'héroïne, de Karl, etc. Ensuite, rien ne traîne, tout est cohérent.
J'ai tout de suite décidé que la narratrice s'était fourvoyée, et que Karl n'avait pas tué Rachel. À vous de voir ce que vous en pensez en commençant le roman.

Karl est ambigu. Au long de ce voyage à travers l'état, il fait spontanément de bonnes actions. Pourtant, des soupçons (pas seulement concernant Rachel) pèsent sur lui... Cette complexité m'a gênée, mais elle n'est ni mauvaise ni incohérente. Contrairement à mon habitude, j'aurais souhaité quelque chose de plus manichéen. J'aurais souhaité pouvoir apprécier ou détester Karl. Or, ici, le lecteur est obligé de se situer entre les deux. Je sais que même si cela m'embête, c'est une bonne chose, car Julia Heaberlin a réussi son pari.

La narratrice, elle aussi, est quelque peu ambiguë. Comment ne pas comprendre la rage et le besoin de vengeance qui l'animent? Mais comment admettre qu'elle envisage de tuer le meurtrier de sa soeur de sang froid?

La mort de Rachel n'est pas la seule énigme que la narratrice tente de résoudre. J'ai apprécié ce que fait l'autrice au sujet des autres parce que je n'y avais pas du tout pensé.

À mesure du roman, l'héroïne nous apprend avec quelle opiniâtreté elle a cherché à retrouver l'assassin de sa soeur. J'ai très bien compris son obsession, son incommensurable douleur, etc.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Camille Lamache.

J'apprécie toujours autant le jeu de cette comédienne. Moi qui râle souvent quand les comédiens modifient leur voix pour les rôles du sexe opposé, je trouve qu'ici, Camille Lamache s'en est bien sortie, notamment pour la voix de Karl. Comme d'habitude, elle a su rendre les émotions et les sentiments des personnages. Il m'a même semblé qu'elle prenait une intonation très légèrement différente lorsque la narratrice nous faisait partager des choses écrites dans son enfance. Son ton est un tout petit peu plus insouciant. La jeune narratrice évoque ses peurs dans ces écrits, mais elle le fait d'une manière qui se veut légère ou, tout au moins, rassurante pour elle. Il y a donc une nuance entre ces écrits et son récit du présent, nuance qu'à mon avis, Camille Lamache a montrée sans difficultés apparentes.

En bonne pinailleuse, j'ai regretté qu'il y ait des blancs. Je ne parle pas de ceux entre chaque chapitre, mais pendant la narration: entre deux répliques, ou pendant le récit d'un événement.
J'ai également trouvé dommage que la comédienne prononce Loucy pour Lucy. Heureusement, on voit très peu ladite Lucy. ;-)

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée: il y a plusieurs chapitres sur une piste.

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