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Voici la quatrième et dernière partie de mon article sur l'audiodescription en France. La première partie est ici, la deuxième partie est ici, et la troisième partie est ici.

Davantage de diversité pour l'audiodescription:
Ce procédé m'ayant réconciliée avec les films (j'avais cessé d'en voir depuis de nombreuses années), je souhaite qu'il se généralise et devienne incontournable, et que la quantité n'empêche pas la qualité. Depuis peu, on avance dans le bon sens, car il existe de plus en plus de programmes audiodécrits. Il y en a encore trop peu à mon goût.Si je voudrais davantage de films, je rêve également de séries étrangères. Il y en a, mais vraiment très peu. Certes, les choses s'améliorent. Peut-être pourraient-elles s'améliorer davantage...

Une seule suffit:
Pourquoi réaliser une audiodescription lorsqu'il en existe déjà une, surtout si elle est de qualité? J'ai parlé de ce qui est arrivé pour «Les aventures de Rabbi Jacob», mais c'est loin d'être le seul exemple. Je pourrais également mentionner le film «Le petit Nicolas», de Laurent Tirard, qui a eu droit à trois audiodescriptions: une pour le cinéma, une pour le DVD, une pour la diffusion télévisée. Entre questions de droits, histoires de gros sous, et mauvaise volonté... Si j'ai bien compris, ce genre de choses tendrait à disparaître, du moins pour les programmes audiodécrits en amont.

Anciens programmes:
Apparemment, maintenant, on s'attache à audiodécrire beaucoup de nouveaux programmes. C'est une bonne chose. Oui, mais qu'en est-il d'anciens films et séries? Ne va-t-on plus audiodécrire que ce qui est nouveau? Avant, l'AVH audiodécrivait certains films plus anciens. Ils ont fait des Alfred Hitchcock, ou des films comme «Le péril jeune» (de Cédric Klapisch), «Cuisine et dépendances» (de Philippe Muyl), «Cinq jours ce printemps-là» (de Fred Zinnemann), et tant d'autres! Je trouvais très bien qu'ils fassent un peu de tout et touchent un peu à toutes les époques. Maintenant qu'on audiodécrit le plus de nouveautés possible, va-t-on se préoccuper de ce qui est moins récent? Certaines chaînes font audiodécrire d'anciens films en vue d'une diffusion télévisée, mais cela n'est pas systématique. Outre le fait qu'on n'a pas forcément envie de ne voir que les nouveaux programmes, on se retrouve avec certains anachronismes. Par exemple, le film «Casse-tête chinois», de Cédric Klapisch, a été audiodécrit, parce qu'il est sorti à une période où cela tendait à se généraliser. Certes, mais ce film est le troisième volet d'une série dont les deux premiers films n'existent pas, à ma connaissance, en audiodescription.
Par ailleurs, il y aurait le cas de figure où l'audiodescription existe, mais n'est pas utilisée... pour diverses raisons obscures. Je suppose qu'il y a des questions de droits... Je sais, par exemple, que «La liste de Schindler» (de Steven Spielberg) et «La folie des grandeurs» (de Gérard Oury) ont été audiodécrits, mais qu'apparemment, l'audiodescription ne peut être diffusée... Existerait-il beaucoup d'autres films dans ce cas?

Les cinémas:
Certains cinémas sont équipés pour diffuser des films en audiodescription. Seulement, la proposition n'est pas la même partout. Dans ma ville (métropole de plus de 750000 habitants), on ne trouve aucune information ayant trait à l'audiodescription sur le site du Gaumont. J'en déduis donc que le Gaumont ne passe pas de films en audiodescription. Le site du Méga CGR (le Français) indique que certaines séances sont en audiodescription, mais impossible de savoir lesquelles. Seul, l'UGC fait bien les choses: leur site indique quels sont les films en audiodescription, et elle est proposée à chaque séance.
Les cinémas équipés distribuent des casques à ceux qui souhaitent bénéficier de l'audiodescription. L'idée est logique: si certains veulent l'entendre, d'autres ne le souhaitent pas. Donc, on ne la diffuse pas dans toute la salle, mais uniquement dans les casques. Personnellement, je n'aime pas l'idée d'avoir un casque sur les oreilles au cinéma. Même s'il m'est facile d'entendre les bruits ambiants malgré un casque (il me serait donc aisé d'échanger avec la personne qui m'accompagnerait), je n'aime pas l'idée. Il n'y a pourtant pas d'autres solutions afin que tout le monde puisse voir le film dans la même salle.

Quand on doit jouer aux devinettes:
Un autre problème vient du fait que les programmes en audiodescription diffusés à la télé ne sont pas toujours signalés. M'étant abonnée à Canal Plus uniquement pour les films en audiodescription, j'ai récemment constaté que certains films n'étaient pas signalés comme étant audiodécrits (que ce soit sur les programmes télé ou sur le magazine de Canal Plus), alors qu'ils l'étaient. C'est regrettable. En effet, on ne peut ni deviner ni s'amuser à regarder le début de tous les films qui nous intéressent pour savoir s'ils sont audiodécrits ou non.
Les programmes audiodécrits d'Arte ne sont pas non plus tous signalés sur les programmes télé. Cependant, ils le sont sur le site de la chaîne.

Problème inverse:
On rencontre malheureusement le cas où l'audiodescription est signalée, mais ne peut être entendue, soit parce que la chaîne ne la diffuse pas, soit parce que l'opérateur TV n'a pas fait en sorte qu'elle soit accessible. Cela a été le cas avec certaines chaînes de France Télévision sur Numéricable. Le problème a été réglé (du moins dans mon coin), mais il a fallu écrire entre autres au CSA...
Je ne sais pas si on rencontre le même problème sur Disney Ciné Magic ou si des programmes sont signalés, mais non-diffusés en audiodescription. En tout cas, les épisodes de la série animée «Aladdin» ainsi que le film d'animation sont déclarés diffusés en audiodescription, et il m'a été impossible de trouver la piste. Une personne voyante (habitant dans une autre ville, et n'ayant pas le même opérateur que moi) a essayé chez elle: elle n'a pas obtenu plus de résultats.

J'ai rencontré un problème similaire avec le DVD de «La folie des grandeurs». Il était précisé qu'il y avait une piste audiodescription, information qui m'avait été confirmée par la responsable marketting de l'éditeur. Or, cette piste est restée introuvable...

Diffusions chaotiques:
Il existe aussi le cas où l'audiodescription s'arrête en milieu de film, ou bien celui où elle commence sur un canal pour se poursuivre sur un autre... Cela est arrivé sur France 2 en décembre 2014.

Quand les logos s'emmêlent:
Certains programmes télé en ligne mettent les logos «audiodescription» (un oeil barré ou bien «ad)))») alors que le programme est uniquement sous-titré pour les sourds. J'ai écrit à deux d'entre eux afin de leur signaler l'erreur. Malgré une réponse positive de l'un d'entre-eux, rien n'a changé...
À noter que Télérama fait sérieusement les choses en utilisant toujours correctement le logo audiodescription.

Recenser les programmes audiodécrits:
Si certains groupes recensent les films qu'ils ont audiodécrits, ils sont peu nombreux. À ma connaissance, l'AVH (tant sur son site que sur celui de l'Association Française d'Audiodescription) et En aparté le font, mais leurs listes ne sont pas exhaustives. Il serait bon que tout soit centralisé, et qu'à chaque fois qu'un programme en audiodescription apparaît, il soit référencé ainsi que les audiodescripteurs qui s'en sont chargés. Je sais qu'une personne tente de faire cela sur le site Lumière de nuit, mais les informations dispensées sont des recoupements que cette personne fait, de manière bénévole, entre ce qu'elle trouve sur des sites de vente et ce que des particuliers lui disent. Donc, il n'y a pas les informations relatives à l'audiodescription, on sait juste que le film a été audiodécrit. D'autre part, cette personne pourrait en avoir assez d'accomplir un tel travail et s'arrêter du jour au lendemain. Il faudrait donc que cela soit fait par des professionnels à qui l'information est facilement et rapidement accessible, ou bien, que le webmaster du site Lumière de nuit bénéficie de l'aide de ce genre de personnes, comme c'est le cas pour le webmaster du site Doublage Séries Database. En effet, ce site recense les castings VF de toutes les séries étrangères. Le webmaster fait cela bénévolement, mais il est régulièrement renseigné par certains comédiens et directeurs de plateaux.

Les voyants et l'audiodescription:
Quand j'ai commencé à regarder des films en audiodescription, j'ai pensé qu'il ne serait pas vraiment sympathique d'imposer cela à des personnes qui voient. Or, certains ont bien voulu tenter l'expérience, et à chaque fois, m'ont dit que l'audiodescription ne les gênait pas du tout. Mon mari m'a même dit qu'une ou deux fois, elle lui avait fait remarquer des choses qu'il n'aurait pas forcément enregistrées en les voyant.
D'autre part, j'ai lu le témoignage d'une personne qui, un jour, avait (sans le vouloir) activé l'audiodescription sur son téléviseur. Elle se demandait pourquoi les actions étaient décrites. Après avoir compris, puis désactivé l'audiodescription, elle s'est aperçue qu'elle avait préféré la première partie du film grâce à l'audiodescription.

Une formation:
En novembre 2014, l'INA, en partenariat avec Retour d'image, a proposé une formation à l'audiodescription. Je n'ai pu y assister, n'habitant pas Paris, mais quelqu'un m'en a parlé. Selon cette personne, c'était très instructif sur bien des points. Étant très intéressée par les rouages de l'audiodescription, je suis un peu frustrée de n'avoir pu bénéficier de cette formation. Apparemment, elle permettrait de faire de la relecture d'audiodescriptions, ce qui m'intéresserait énormément. Cependant, il semblerait que certains laboratoires ne voient pas l'intérêt de faire relire les audiodescriptions par un aveugle. Il est vrai qu'un aveugle ne pourra pas dire: «Ah, vous dites que la chemise est bleue, alors qu'elle est rouge.», mais il pourra signaler les ambiguïtés. Par exemple, lorsque l'audiodescription dit: «Elle s'avance.», et qu'il y a trois filles dans la pièce, si les dialogues ne nous permettent pas de savoir qui est celle qui s'avance, cela peut être gênant.
D'autre part, certains audiodescripteurs parlent de «la caméra». Or, je trouve cela plutôt parasite. Au lieu de dire «La caméra suit Machin qui marche dans une rue.», pourquoi ne pas dire «Machin marche dans une rue»? C'est ce genre de choses qu'une personne qui voit aura peut-être du mal à cerner, et qui serait sûrement détecté si un aveugle relisait l'audiodescription.

À suivre.
Depuis quelques semaines, je note plus précisément ce que j'appelle les «malfaçons»: le genre d'erreurs comme les ambiguïtés, les allusions à la caméra, les mots dits à la place d'autres, les erreurs de syntaxe... Dans quelques temps, je ferai un autre article en donnant quelques exemples.