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Voici la troisième partie de mon article sur l'audiodescription en France. La première partie est ici, et la deuxième partie est ici.

Les voix:
Je ne parlerai que des voix que j'ai entendues sur plus d'un programme.
Avant de regarder un film, je tiens toujours à savoir qui a fait l'audiodescription. J'irai plus volontiers vers certaines voix pour diverses raisons. Certains comédiens savent adopter le ton approprié à l'ambiance du film. Bien sûr, il ne s'agit pas d'en faire trop. Il faut garder une certaine distance. Cependant, l'intonation doit être propice afin que l'audiodescription fasse corps avec le film.

Les plus réguliers:
J'apprécie particulièrement les personnes formées par les précurseurs de l'audiodescription en France, car leur intonation est toujours appropriée. En écrivant cela, je réalise que je n'ai entendu Marie Gaumy que dans des programmes «sérieux», et donc, je me demande ce que donnerait sa voix basse et calme sur un programme humoristique. Parmi ceux qui écrivent et disent les textes, j'apprécie beaucoup Marie-Luce Plumauzille, Frédéric Gonant, Laurent Mantel, Jean-Yves Simoneau (qui, je suppose, a arrêté puisqu'on ne l'entend plus), Caroline Massé (qui travaille plutôt pour En aparté)... Outre une écriture juste, ils trouvent toujours l'intonation adéquate, ne cabotinent jamais, quelle que soit l'ambiance de ce qu'ils audiodécrivent.
J'ai constaté qu'on entendait moins Marie-Luce Plumauzille dans les nouvelles productions de l'AVH. Bien sûr, je ne regarde pas tous les films dont se charge l'AVH, donc je peux avoir manqué ceux où elle audiodécrit. J'espère l'entendre à nouveau...

J'ai mis un peu de temps à m'habituer à certaines voix comme celles de Maryvonne Simoneau (qui, je suppose, a arrêté puisqu'on ne l'entend plus), Séverine Skierski, Dune Cherville, Gérard Chevallier-Appert, et Agnès Sterjacob (cette dernière enregistre les audiodescriptions de certains programmes d'Arte, ainsi que celles de quelques programmes d'autres chaînes de France Télévision). Cependant, étant donné qu'ils font très bien leur travail, je les ai vite appréciés, et j'ai également beaucoup de plaisir à les retrouver.
J'apprécie également Marie Fiore, même si je la trouve parfois un peu neutre dans sa façon de dire certains textes.
J'ai un peu de mal à me faire à l'intonation de Laure Morisset. C'est peut-être une fausse idée, mais je ne la trouve pas toujours à l'aise. J'ai la sensation qu'elle garde un peu trop de distance, sauf lorsque ce qu'elle audiodécrit est grave ou triste. Ma gêne la concernant n'est cependant pas rédhibitoire, loin de là.

Je ne me fais pas à la voix d'Anne Ferrier. Cette comédienne fait beaucoup de publicités ainsi que des bandes annonces, et je suppose qu'elle est imprégnée d'une certaine façon de jouer. Personnellement, je n'aime pas l'intonation qu'elle prend. Je la trouve affectée. Apparemment, elle n'enregistre plus pour l'AVH depuis peu.
Enfin, il y a certaines voix auxquelles je ne m'habituerai jamais, les trouvant à la fois monotones et affectées. Si je les entends au début d'un film que je souhaite voir, il m'arrive de choisir de ne pas le regarder.

Les comédiens qu'on entend de plus en plus:
Parmi les comédiens enregistrant pour Dubbing Brothers, Médiadub International, Titra TVS, et Eclair Group, il me plaît d'en entendre certains que je connais et apprécie depuis très longtemps en tant que comédiens de doublage. Je les trouve extrêmement talentueux, et pour moi, ce sont de grandes voix. Il va donc de soi que je suis ravie de les entendre dire le texte de certaines audiodescriptions. Il s'agit de: Véronique Augereau, Natacha Muller, Georges Caudron, Guillaume Orsat, Jean-Louis Faure...
Ensuite, j'ai retrouvé certaines voix que je connais moins bien, et que je suis contente de redécouvrir dans cet exercice: Jean-Pierre Michael, Cathy Diraison, Damien Cochereau, Dominique Lelong, Zoé Bétan... Tous ces comédiens font du travail de qualité. Parfois, certains sont peut-être un peu trop neutres, mais ils ne tombent jamais dans la monotonie.
On entend aussi Rafaèle Moutier. Au début, j'étais sceptique, car je la trouve affectée lorsqu'elle fait du doublage. J'ai été agréablement surprise lorsque je l'ai entendue dire une audiodescription. Elle n'est ni affectée ni trop neutre. Maintenant, je la retrouve avec plaisir sur les audiodescriptions.
J'ai découvert Morgan Renaud par l'audiodescription. Au début, je trouvais qu'il était beaucoup trop neutre. Je me souviens notamment de sa prestation dans «Moi, moche et méchant 2», de Chris Renaud et Pierre Coffin qui m'avait déplu à cause de cela. J'ai d'ailleurs fait écouter des extraits de ce film et du premier (audiodécrit par l'AVH avec les voix de Gérard Chevallier-Appert et Anne Ferrier) à des voyants. Certains ont préféré les voix du premier film (avec une petite réserve quant à Anne Ferrier), trouvant comme moi que Morgan Renaud avait l'air de «faire la tête», voire de s'ennuyer. Une des personnes m'a dit comprendre le parti pris de cette sobriété. Certes, il se défend, mais à mon avis (et je crois ne pas être la seule à penser ainsi), il n'est pas de mise pour un film de ce genre. Par la suite, j'ai entendu d'autres audiodescriptions dites par Morgan Renaud, et il m'a semblé qu'il était un peu moins neutre.

Une bonne trouvaille:
Pour donner un exemple d'initiative heureuse (à mon avis), j'évoquerai «Attention, une femme peut en cacher une autre», de Georges Lautner. Vers la fin, Vincent joue au foot avec les enfants. Laurent Mantel a choisi d'audiodécrire la partie en prenant une intonation de commentateur sportif. Bien sûr, il ne hurle pas hystériquement. Pour moi, il a eu raison de faire cela, car l'ambiance de la scène s'y prête. L'ayant entendue décrite ainsi, je ne l'imagine pas du tout décrite autrement: elle y perdrait.

Audiodécrire seul ou à deux?
On conseille d'écrire et d'enregistrer le texte à deux. Les arguments qui justifient cela me semblent pertinents, surtout en ce qui concerne l'écriture. En effet, se relire, relire l'autre, croiser le tout, avoir deux regards, permet d'éviter les erreurs de syntaxe, d'accentuer les précisions, etc, mais aussi de confronter deux points de vue quant à une image. Dans une interview, Laure Morisset explique que dans une galerie de portraits, elle voyait un homme, alors que Frédéric Gonant voyait une femme.
Quant à l'enregistrement de la bande son à deux voix, il est préférable pour les changements de scènes, de lieux, surtout lorsque ceux-ci alternent très rapidement (je pense surtout à des débuts et à des fins de films). Pour ma part, je ne suis pas particulièrement gênée lorsqu'il n'y a qu'une voix, mais il est vrai que deux voix facilitent la compréhension et rendent le tout plus «propre».
À noter que rien n'est figé, puisque les laboratoires préférant l'enregistrement à deux voix (l'AVH et En aparté) l'ont mis de côté pour quelques programmes.

Suite et fin de l'article la semaine prochaine.