Logo AD Voici la deuxième partie de mon article sur l'audiodescription en France. La première partie est ici.

Sous-titres:
Les sous-titres sont enregistrés. On les entend en même temps que les paroles prononcées par les personnages, comme du voiceover. Lorsque l'audiodescription est enregistrée par un seul comédien, on trouve plusieurs cas de figure. J'ai entendu des films où le comédien lisait indifféremment les paroles des hommes et des femmes. J'ai trouvé cela fastidieux à entendre. On trouve davantage de films où une ou deux voix s'ajoutent à celle de l'audiodescripteur pour les sous-titres.
Lorsque l'audiodescription est enregistrée à deux voix, l'homme se charge des personnages masculins et la femme des personnages féminins. Pour certains films audiodécrits par l'AVH, lorsque deux hommes parlent, une autre voix (généralement celle de Patrick Saonit, qui, par le passé, a enregistré certaines audiodescriptions) s'ajoute à celle de l'audiodescripteur. Je trouve cela judicieux. Pour moi, il est laborieux d'entendre des sous-titres. J'approuve donc les initiatives qui facilitent l'écoute.
En général, il n'y a pas beaucoup de sous-titres, et si cela ne me plaît pas trop, leur brièveté et le fait que plusieurs voix s'en chargent me rendent le tout aussi agréable que le reste de l'audiodescription. Cependant, il existe le cas où l'intégralité du film est sous-titrée. Cela doit être rare. Pour ma part, je ne l'ai rencontré qu'une fois pour l'instant. Il s'agissait du film «Hors-la-loi», de Rachid Bouchareb, audiodécrit par En aparté. Le réalisateur a souhaité que les dialogues soient en arabe sous-titrés en français. Les audiodescripteurs ont pris le parti suivant: Frédéric Gonant se chargeait de la lecture des sous-titres, et Laure Morisset lisait l'audiodescription. Peut-être ont-ils pensé que le spectateur serait embrouillé si Frédéric Gonant avait lu les paroles des personnages masculins, si Laure Morisset avait lu celles des personnages féminin, et si chacun avait lu une partie de l'audiodescription (selon les changements de scènes, comme ils le font habituellement). je ne sais pas si j'aurais préféré qu'ils opèrent ainsi. Je n'ai pas pu regarder le film en entier, mais selon moi, ni le talent des comédiens ni le choix de lecture qu'ils ont fait n'est à remettre en cause. Peut-être certains voyants ne comprenant pas l'arabe ont-ils été arrêtés par le fait qu'ils devaient lire les sous-titres tout au long du film. Si je connais des gens que cela ne dérange pas, j'en connais qui ne veulent pas en entendre parler, et ne regardent que des programmes en version française à cause des sous-titres. Je pense que le souci revient au même pour une personne qui doit entendre tous les dialogues d'un film dits par un ou deux comédiens par-dessus les répliques initiales.

Doublage:
Seules les audiodescriptions réalisées par Dubbing Brothers et Médiadub International (quand elles ne sont pas écrites par Laurent Lavige) indiquent les voix françaises (lorsque le film est étranger, bien entendu). Médiadub International pousse même la précision jusqu'à dire quelle voix française tient quel rôle, ce que j'apprécie particulièrement. Je trouve important que les voix françaises soient signalées, d'autant qu'une personne aveugle s'attachera rarement à l'acteur étranger, mais à la voix française qui représente le personnage joué par cet acteur. Je me demande si Dubbing Brothers et Médiadub International sont également les seules sociétés à afficher les noms des comédiens de doublage à l'écran. Si c'est le cas, il est logique que les autres boîtes ne donnent pas les noms des comédiens de doublage. Cependant, si les noms s'affichent à l'écran et qu'ils ne sont pas pris en compte dans l'audiodescription, c'est dommage.

Qualité et quantité:
Avec l'expansion de l'audiodescription, et donc le nombre croissant de personnes se mêlant d'en faire, certains ont eu peur que la qualité ne soit pas toujours au rendez-vous. Pour moi, leurs craintes sont fondées. Ne s'improvise pas audiodescripteur qui veut. Il ne suffit pas de dire: «Elle ouvre la porte.» Outre un vocabulaire riche et précis, un texte exempt d'erreurs de syntaxe, ainsi qu'une audiodescription qui donne les informations nécessaires, il ne faut pas oublier l'ambiance du film. Le vocabulaire utilisé devra coller à cette ambiance générale, mais aussi, à certains moments, à l'atmosphère d'une scène en particulier. Par exemple, dans le film «Rock the casbah», de Laïla Marrakchi, lors d'une scène, le mot «zinzins», et non le mot «folles», a été choisi. C'est, à mon avis, judicieux, car la scène se prête à un tel mot qui sera, dans ce contexte, plus percutant, faisant tout de suite naître l'image suggérée. C'est d'ailleurs sûrement le mot qu'aurait choisi le personnage s'il l'avait prononcé. C'est un exemple parmi tant d'autres.
Je pense que l'ambiance d'un film est parfois «oubliée» par les audiodescripteurs, et que les mots choisis ne vont pas toujours avec. Je me souviens que la version de «Les aventures de Rabbi Jacob» produite pour France Télévision m'avait bien moins fait rire que celle effectuée pour le DVD.

Quand l'audiodescription n'est pas à remettre en cause:
Il y a des cas où l'audiodescription est de qualité, mais où il est difficile de faire naître l'image dans la tête du spectateur. Je me souviens avoir eu beaucoup de mal à me représenter le fonctionnement des deux mondes du film «Upside down», de Juan Solanas, (audiodécrit par Titra TVS), alors que l'audiodescription explique très bien, à chaque fois, comment sont les choses selon le monde dans lequel on évolue.
Je pense aussi au film «Jurassic Park», de Steven Spielberg, audiodécrit par l'AVH. L'audiodescription est bien faite, mais il m'a été difficile (peut-être est-ce le cas d'autres personnes) de me représenter les différents dinosaures. En outre, certaines images (par exemple, les paysages de ce film) auront beau être décrites le mieux possible, elles ne prendront pas facilement corps dans la tête du spectateur qui n'a jamais vu.

Quelques références:
Pour plus de précisions concernant la qualité et les principes à respecter, vous pouvez lire ou écouter la charte de l'audiodescription rédigée et enregistrée par Frédéric Gonant et Laure Morisset. Pour moi, cette charte n'est pas un carcan, mais un fil conducteur. Ce n'est pas vraiment le point de vue de Jean-Marc Plumauzille (qui écrit, depuis vingt ans, des audiodescriptions pour l'AVH, et dont j'ai entendu la voix sur un seul film), qui s'en explique ici. Je comprends qu'il préconise de ne pas s'enfermer dans quelque chose qui, à force d'être suivi à la lettre, pourrait donner un travail qui n'aurait pas d'âme, mais je pense que certains ont besoin d'un fil conducteur plus poussé que les quatre «règles» qu'il énonce. Et si je partage son point de vue quant à la latitude que l'audiodescripteur doit savoir se donner, je pense que si lui en est capable, d'autres ne le sont pas forcément.
Un texte moins officiel que la charte, mais tendant également au respect de l'oeuvre et du spectateur, a été publié sur le site de l'Association Française d'Audiodescription, rédigé par Marie-Luce Plumauzille et Laurent Mantel.

Suite de l'article la semaine prochaine.