Logo AD Pour une fois, je ne vais pas parler littérature. J'aborde ici un autre sujet: l'audiodescription.

Préambule:
Cet article a été écrit à partir de mes observations, de mon expérience. Il sera forcément subjectif, puisque je donne mon avis. Il contiendra des questions et sûrement des inexactitudes. Elles pourront être corrigées dans les commentaires par ceux qui le souhaitent. En outre, je ne parlerai que de ce que je connais, donc principalement des films. D'autre part, pour faciliter la lecture, il sera découpé en quatre parties qui paraîtront le jeudi.

Histoire:
Je ne ferai pas l'historique de l'audiodescription, car l'article de Wikipédia le fait très bien. Je rappellerai seulement que les précurseurs de l'audiodescription en France, ceux qui y ont été formés aux États-Unis sont Maryvonne Simoneau, Jean-Yves Simoneau, et Marie-Luce Plumauzille.

Qui audiodécrit aujourd'hui?
Depuis quelques années, on s'attache à audiodécrire davantage de programmes (télévisuels et cinématographiques). Cela entraîne davantage de demandes, et donc davantage d'«acteurs» de l'audiodescription. On trouve donc plusieurs façons de procéder.
Il y a d'abord le cas où les audiodescripteurs se chargent du travail de bout en bout: écriture, relecture, enregistrement. C'est le cas (par exemple) de l'AVH (l'Association Valentin Haüy) et de En aparté. C'est également le cas de Laurent Lavige, qui, apparemment, a plusieurs cordes à son arc et qui, il y a quelques années, a ajouté celle d'audiodescripteur. Parfois, le texte n'est pas écrit et dit par les mêmes personnes, mais tout se fait par des gens qui, normalement, ont été formés à ce métier.
Certaines structures (comme Médiadub International, Dubbing Brothers, Titra TVS, ou Eclair Group) confient l'écriture du texte à des personnes (j'imagine que c'est en interne), puis font enregistrer le texte par des comédiens.
France Télévision, pour sa part, fait audiodécrire certains programmes par une structure créée en interne: MFP (Multimédia France Productions). Là encore, des personnes écrivent puis des comédiens enregistrent le texte.
On trouve des personnes (comme Laurent Mantel, Aurore Bonjour, Caroline Massé, Marie Fiore, Sylvie Barriol, Patricia Bardon, etc) qui écrivent et disent certains textes, en disent certains écrits par d'autres, en écrivent certains qui seront dits par d'autres pour MFP, Eclair Group, En aparté, ou Médiadub International... Laurent Mantel, par exemple, audiodécrit (de bout en bout) pour l'AVH, et enregistre certains textes pour Eclair Group.
L'AVH a également écrit des audiodescriptions pour la TSR (télévision suisse romande).
Avant, l'AVH se chargeait de la totalité des programmes audiodécrits diffusés par Arte. Maintenant, certaines audiodescriptions d'Arte sont faites par MFP.
Bref, on trouve beaucoup de cas de figures différents, et on s'y perd un peu, parfois.

Le texte:
Au début, je préférais le travail fait par l'AVH et En aparté, mais après avoir vu plusieurs films audiodécrits (plus de trois-cents), je pense que les audiodescriptions réalisées pour Dubbing Brothers, Titra TVS, et Médiadub International sont également de qualité. Cela dépend des personnes ayant écrit le texte. Par exemple, après avoir comparé[1] la version de «Les aventures de Rabbi Jacob», de Gérard Oury écrite et dite par Frédéric Gonant et Marie-Luce Plumauzille avec celle écrite et dite par Patricia Bardon (pour MFP), après avoir constaté qu'il manquait des informations dans «La chèvre», et qu'il y avait de grosses erreurs dans «Le bonheur est dans le pré», (je reparlerai de ces deux cas plus loin), j'ai conclu que MFP ne faisait que de la basse qualité. Or, c'est plus compliqué, puisque les personnes écrivant le texte ne sont pas toujours les mêmes. À ce propos, MFP ne signale pas toujours qui sont les auteurs des textes. Parfois, ils donnent les noms des auteurs (souvent les mêmes) sans dire que c'est produit par MFP. D'autres fois, ils disent MFP sans donner le nom des auteurs... Bien sûr, sur certains films, ils donnent toutes les informations, ce qui permet, par la suite, de faire des recoupements.
Une autre de leur particularité est de ne pas donner les noms de tous les acteurs d'un film. Ils donnent les principaux, puis disent «et beaucoup d'autres».

Par ailleurs, on ne peut pas vraiment savoir si le texte est de qualité si on n'a pas un autre texte avec lequel le comparer. Bien sûr, parfois, on peut noter que le vocabulaire est plus riche dans tel cas, mais si on ne regarde pas le film avec une personne qui voit, on ne saura pas forcément si certaines images importantes ont été oubliées.
Par exemple, dans «La chèvre», de Francis Veber, à un moment, le personnage joué par Gérard Depardieu subtilise une photo. L'audiodescription ne le dit pas. C'est pourtant important pour la suite. Je ne l'ai su que parce que mon mari, qui regardait avec moi, me l'a dit. De plus, à la toute fin du film, l'expression qu'arborent les personnages n'est pas décrite.
Il y a aussi le cas où l'audiodescription donne trop d'informations. Par exemple, dans «Le bonheur est dans le pré», d'Étienne Chatiliez, à un moment, on voit une photo. Le personnage de cette photo ressemble énormément au personnage principal. L'audiodescription le signale, alors qu'il faut laisser le spectateur le découvrir au vu des réactions (tout à fait explicites) des autres personnages. Au long du film, on trouve d'autres malfaçons de ce genre.

Vocabulaire précis:
Pour moi, les textes sont plus précis et contiennent moins d'erreurs de syntaxe lorsqu'ils sont écrits par les précurseurs et ceux qu'ils ont formés.
Je parle en général mais je pense également à des cas particuliers où les audiodescripteurs ont montré leur rigueur. Par exemple, dans le film «La leçon de piano», de Jane Campion, l'héroïne est sourde. Au début, les audiodescripteurs expliquent qu'elle parle en langue des signes, puis utilisent le terme «signer» (qui est le terme exact), et de ce fait, ne se perdent pas en lourdes périphrases.

Imprécisions et erreurs:
Concernant ce que j'appelle les «imprécisions», j'entends parfois: «Elle avale sa salive.» À chaque fois, je me demande pourquoi l'audiodescripteur n'utilise pas le terme «déglutir» qui est précis et éviterait une lourdeur. On l'entend d'ailleurs dans certains films.
J'entends aussi des choses comme «Il la serre dans les bras». Pourquoi ne pas dire: «Il la serre dans ses bras»? Et tant qu'on y est, pourquoi ne pas employer le verbe «étreindre»? Verbe qui remplacerait également avantageusement: «ils se prennent dans les bras» que je trouve maladroit. J'entends «étreindre» ainsi que «Ils se prennent dans les bras l'un de l'autre», mais beaucoup moins. Pourtant, à mon sens, ces expressions sont plus justes.

Lorsque je parle d'erreurs de syntaxe, je pense à des tournures comme «il s'approche vers elle». Je ne citerai que celle-là, mais j'en ai rencontré d'autres...
J'ai aussi entendu le nom d'un personnage à la place de celui d'un autre. C'est assez perturbant... surtout que le personnages se fait assassiner au moment où son prénom est «interverti», alors que l'autre se cache. Je me suis donc demandé comment celui qui se cachait pouvait être si vite retrouvé, et surtout, pourquoi il était tué par ceux qui, normalement, souhaitaient le garder en vie... Heureusement, ma confusion n'a pas duré, car le contexte remet les choses en place, et par la suite, les prénoms ne sont plus confondus.

Question de goût:
J'entends également très souvent une tournure qui n'est pas fausse, mais que je n'aime pas du tout, la trouvant laide. Il s'agit de «va pour». Par exemple, un personnage veut ranger quelque chose, mais s'arrête: l'audiodescripteur dit: «Il va pour ranger ceci...» Je me disais qu'on pourrait remplacer «va pour» par «fait mine de», ou «esquisse le geste de», mais ces formules (si elles me semblent plus agréables à l'oreille) sont plus longues, et le temps est limité entre les dialogues d'un film. J'ai aussi pensé à «veut», mais on ne comprend pas forcément que le personnage va suspendre son geste.

Suite de l'article la semaine prochaine.