Et l'été reviendra

L'ouvrage:
Clément Laurrière a le démon du jeu dans la peau. Une nuit, il perd tant d'argent que le domaine familial (le Chaumon) doit être vendu afin d'éponger la dette. Ceci aura bien sûr des répercutions sur tous les habitants du domaine: les parents de Clément (Line et Albin), mais aussi sa femme (Fabienne) et ses enfants (Arthur et Manon).

Critique:
Ce roman fait partie de ceux de Gilbert Bordes qui m'ont globalement plu. L'auteur prend le temps de planter le décor, de présenter ses personnages. Au début, on ne sait pas trop où il va aller, ce qui est bien, car on ne prévoit pas grand-chose. Mais le tout début fait aussi un peu cliché: un domaine, une famille déchirée qui ne sait pas communiquer, un meurtre jamais élucidé, des enfants communiant avec la nature, un «idiot du village» qui n'est à son aise que dans la nature, une «folle» qui semble en savoir long... Certes, mais à mesure de mon avancée, j'ai trouvé que Gilbert bordes avait su mélanger ces ingrédients pour en faire quelque chose d'intéressant.
J'ai été sensible à l'omniprésence de la nature.

On s'attachera d'abord aux enfants. Si leurs chamailleries et leurs préoccupations les font paraître quelque peu immatures, leur insouciance est reposante. Et puis, il n'est pas difficile de deviner ce que cache cette insouciance: leur détresse et la conscience de leur impuissance. En outre, ils évoluent au long du roman.
Fabienne m'a profondément agacée. On dirait qu'elle ne peut vivre sans Clément. Je sais qu'elle est guidée par son amour, son désespoir, son envie que tout aille bien, mais elle n'est ni forte ni réaliste. Elle est plutôt terne, voire ridicule à se raccrocher à quelque chose de néfaste. Elle ne pense pas vraiment au bonheur de ses enfants, quoi qu'elle en dise.
Quant à Clément, j'ai plusieurs fois pensé qu'il devrait avoir la bonne idée de se suicider, car pleurnichant et se vautrant dans sa dépendance, il ne sait qu'être nuisible.

J'ai apprécié l'évolution de Margot et ce qu'elle implique. Dès le départ, l'auteur montre ce personnage entre deux eaux. Elle agit d'une manière, mais est assez lucide pour savoir qu'elle se détruit. Par contre, je ne suis pas sûre qu'elle ait raison concernant Clément, mais ce qu'elle fait vers la fin dénote un certain courage et la montre dans toute sa splendeur. Margot et les enfants tirent des leçons des mauvaises choses qui leur arrivent, alors que d'autres s'effondrent.

Quant à l'intrigue, elle est prévisible, mais recèle de petites surprises. Connaissant le genre, je ne me suis pas méfiée, et ai cru en une chose qui était conforme aux codes du genre. J'ai aimé que l'auteur me surprenne à ce sujet.
Quant aux meurtres, on se doute de leurs auteurs, mais le savoir ne m'a pas gênée.

Je n'ai qu'un réel reproche à faire concernant un événement qui arrive à la fin. Je comprends que Gilbert Bordes ait voulu montrer un monde en mouvements, un monde qui ne pourra jamais redevenir tout à fait comme il l'était. Il a voulu faire une fin en demi-teinte, et je l'approuve. Cependant, il aurait pu changer cet événement qui m'a beaucoup déçue.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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