En cas de forte chaleur

L'ouvrage:
Londres, 1976.
Ce matin-là, Robert Riordan sort acheter le journal, comme à son habitude. Mais il ne revient pas. Sa femme, Gretta alerte la police, puis ses enfants: Michael Francis, Monica, et Aoife. Ceux-ci décident de se rendre chez leurs parents. Ces retrouvailles quelque peu forcées vont les obliger à se pencher sur leur passé.

Critique:
Par petites touches, Maggie O'Farrell nous fait entrer dans cette famille. À première vue, la façon dont est racontée l'histoire peut paraître brouillonne, mais en fait, c'est travaillé, chaque mot est pesé, et surtout, la place de chaque phrase est soigneusement pensée. L'auteur louvoie beaucoup entre le présent et le passé. Chaque protagoniste est présenté, puis il se souvient d'un pan du passé, puis revient au présent. Le roman est comme un grand puzzle que le lecteur devra assembler. En effet, certains éléments sont donnés, puis l'intrigue continue. Ces éléments semblent anodins, puis au détour d'une anecdote, l'auteur dit quelque chose qui fournit une explication à cet élément apparemment anodin. J'aime bien cette façon de faire parce que cela permet au lecteur de se forger une opinion petit à petit. Il peut même, au départ, avoir une opinion erronée. Par exemple, au début, j'ai eu du mal à comprendre Aoife. Au fur et à mesure de l'intrigue, elle gagne en épaisseur, elle est plus facile à cerner et à apprécier. Sa marginalité la rend à la fois sympathique et exaspérante. D'autre part, ce week-end avec sa famille fait qu'elle va évoluer, se remettre en question.

J'ai eu plaisir à côtoyer cette famille terriblement humaine. Durant ce week-end, ils se révèlent, trouvent le courage d'aborder les sujets tabous. On voit bien que le frère et les soeurs, malgré la jalousie et l'animosité qu'ils ressentent, sont complices, et s'aiment profondément.

Au début, je n'appréciais pas trop Monica non plus, je la trouvais gauche, et j'avais l'impression qu'elle ne voulait pas sortir d'une vie qui lui déplaisait. Là encore, le fait d'en apprendre davantage combiné à son évolution font que j'ai appris à l'apprécier.

Pour Michael Francis, c'est un peu le contraire... Je n'ai pas fini en le détestant, loin de là, mais une chose (que je ne dirai pas pour ne pas trop en dévoiler) m'a gênée. Il est quand même globalement sympathique, et lui aussi évolue de manière positive.
Lors de ce week-end, ces trois protagonistes osent faire face à leurs peurs, à des blessures enfouies. C'est ce qui fait qu'ils sont positifs.

Il n'y a que Gretta que je n'ai pas réussi à apprécier. Elle semble évoluer de manière positive, je pense, mais c'est minime. Peut-être est-il trop tard pour que Gretta se remette vraiment en question.
Quant à Robert, il garde une part de mystère. Cependant, lui aussi semble profondément humain avec ses contradictions, ses désirs, ses actes pas toujours reluisants...

Ce livre explore très bien le thème de la famille au travers de ces personnages, de leurs réactions, de leurs sentiments, de leur psychologie dans une intrigue remarquablement agencée, d'une plume fluide, qui ne s'embarrasse pas de fioritures. On retrouve certaines constantes: sans le savoir, le père et le fils vont suivre le même chemin concernant un paramètre précis.
Il est intéressant de voir que l'éclatement et la soudure de la famille ne s'expriment pas seulement par leurs dires. Par exemple, Aoife a mis de la distance entre elle et les siens tant moralement que géographiquement. Cependant, tout comme les autres, elle est profondément attachée à ses racines.

Quant à la fin, elle m'a satisfaite. Elle reste ouverte, malgré les dernières phrases. En effet, les choses ont changé, et c'est à nous d'imaginer comment chaque personnage fera avec, surtout Robert et Gretta.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Belfond


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