Eleanor Oliphant va très bien

L'ouvrage:
2017. Eleanor Oliphant a trente ans. Elle est agent comptable dans une entreprise de design. Elle vit seule. Tous les mercredis soirs, elle a une conversation téléphonique avec sa mère. En peu de temps, son train-train quotidien va être bouleversé: elle et son collègue (Raymond) sauvent un homme, et elle rencontre... celui dont elle veut partager la vie.

Critique:
Après avoir entendu du bien de ce livre, j'ai voulu le tenter. Je suis contente de dire que je ne me retrouve pas (comme ça a été le cas) à aller dans le sens contraire de la plupart de ceux qui l'ont lu. Il m'a beaucoup plu. Pourtant, ça a mal commencé, parce qu'à la lecture du résumé, j'ai cru que c'était un livre amusant. Or, ce n'est pas du tout le cas. Certaines répliques ou situations prêtent parfois à rire, mais le cocasse n'est absolument pas le maître mot du roman. Donc, au début, j'ai un peu râlé, mais j'ai continué car je me suis rapidement attachée à Eleanor, et ai ressenti de la compassion pour elle. C'est un personnage peu commun, malgré la vie très routinière dans laquelle elle s'est installée. Elle a des idées très tranchées sur certaines choses, et semble savoir ce qu'elle veut dans la vie. J'ai été déçue de découvrir très vite que ses collègues se moquaient d'elle, et la considéraient comme une pauvre folle. Moi qui partage certaines de ses idées (sur les réceptions et les cadeaux de mariage, la cigarette, les repas de fêtes en entreprise, la ponctualité), je ne serais pas très étonnée que certains m'imaginent un peu comme ses collègues la voient. Elle est aussi très franche, et a parfois du mal à s'accommoder des codes sociaux.

Au début, son besoin de routine, son affection pour la vodka, et sa toquade pour le musicien peuvent faire penser qu'elle n'est pas très équilibrée. Pourtant, malgré quelques failles, elle est très lucide. L'analyse qu'elle fait d'elle-même et de son comportement au chapitre 26 en est une preuve. Elle sait parfaitement pourquoi elle est ainsi, pourquoi elle a agi de telle manière en telle circonstance. Elle se doute aussi qu'elle est au pied du mur, et va devoir creuser tout cela. C'est justement ce qu'elle s'efforce de ne pas faire depuis des années. Voilà pourquoi elle préfère une certaine voie, et en veut presque à Raymond qui la pousse dans l'autre sens.

Gail Honeyman a créé un personnage qui se croit faible, mais est très fort. Eleanor a eu la force de repousser ce avec quoi elle ne voulait pas vivre, puis celle de l'accepter alors que le repousser devenait impossible. Elle est attendrissante, attachante, touchante. Dès le départ, j'ai trouvé dommage que ses collègues la voient comme une idiote à cause de son apparence et de ses propos parfois étranges. Au long du roman, elle évolue, une personne tente de mieux la connaître et ne s'enfuit pas, et notre héroïne trouve le courage d'affronter ce qu'elle avait juré d'enfouir au fond d'elle-même.

Eleanor joue à une sorte de jeu dans le bus: elle prend dix secondes pour examiner les gens, et va s'asseoir à côté de la personne qu'elle juge la plus saine. Moi, si je faisais cela, je choisirais la personne qui ne s'est pas renversé le flacon de parfum sur la tête. Hahaha, La Livrophile profite d'une chronique pour râler après les gens parfumés.

L'héroïne explique qu'elle aime beaucoup «Jane Eyre» et «Raison et sentiments». Dans sa vie (si j'ose dire) il y a une allusion au roman de Jane Austen. Il y a aussi quelque chose qui relie «Jane Eyre» à sa vie, mais j'avoue ne pas avoir compris pourquoi Gail Honeyman a souhaité faire ainsi. (Pour ceux qui ne sauraient pas de quoi je parle, on découvre cela lorsqu'Eleanor lit la feuille qui s'est échappée de son dossier alors que ledit dossier se trouvait chez elle.)

Il y a deux petites choses que je n'ai pas comprises...

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La mère d'Eleanor lui fait comprendre qu'elle est le fruit d'un viol. Dans ce cas, comment Marianne est-elle née? La mère d'Eleanor a-t-elle à nouveau été violée, et ce viol a-t-il à nouveau engendré un enfant? C'est un peu étrange...
D'autre part, si Eleanor était attachée quand sa mère a déclenché l'incendie, qu'elle a réussi à se détacher, à sortir de la maison, puis à y retourner pour tenter de sauver Marianne, et qu'elle s'en est tirée, comment se fait-il que sa mère (qui n'avait qu'elle-même à sauver) soit morte? Elle est restée moins longtemps qu'Eleanor exposée aux flammes, puisqu'elle s'est enfuie sitôt l'incendie déclenché...

Un roman très sympathique, qui montre que quand on veut bien s'écouter et se faire aider, et que quand on tend la main au lieu d'imaginer que la personne en face est folle, les choses passent tout de suite mieux.

Éditeur: Fleuve.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Carine Leduc pour la Bibliothèque Sonore Romande.

C'est le premier livre enregistré par cette lectrice bénévole que j'écoute. J'ai plusieurs fois repoussé cette lecture, parce que comme je pensais que le livre était drôle, je ne comprenais pas pourquoi la lectrice n'y mettait pas davantage de dynamisme. Après lui avoir enfin donné sa chance, je peux dire que j'ai beaucoup apprécié l'interprétation de Carine Leduc. Elle n'en fait pas trop, n'est pas trop sobre, ne force pas le trait pour donner des voix aux différents personnages... Je l'entendrai à nouveau avec plaisir. Ce qui m'a un peu moins plu, c'est qu'elle n'ait pas prononcé Oliphant totalement à la française.

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