Du rêve pour les oufs

L'ouvrage:
Ahlème vit avec son père et son frère. Son père est algérien, la famille vit en France. Ahlème tente de trouver des petits boulots, alors que son père sombre doucement dans la folie, et que son frère fait sa crise d'adolescence.

Critique:
Voilà un livre bien pensé, au style vigoureux. Ce livre ne donne pas de leçons, il explique. Il dit la détresse d'un homme qui, comme tant d'autres, avait mis tous ses espoirs dans une France qu'il voyait comme la terre d'accueil, le pays sauveur. Pour ne pas sombrer tout à fait, le père d'Ahlème enferme sa déconvenue et son désespoir. Il les efface, et avec eux une partie de lui-même. Il s'en sort comme il peut. Ce personnage m'a touchée.

Foued, quant à lui, représente un peu la génération de ceux qui ne sont ni d'ici ni d'ailleurs, et qui se cherchent. Il voit ce que le rêve a fait de son père, et ne veut pas être déçu. Mais ses actes ne sont pas uniquement dus à cela. Il ne voit que la facilité, la rébellion. Il ne veut pas non plus être comme Ahlème qui trime pour porter la famille à bout de bras. Foued ne veut pas de tout cela, il veut du concret. Le lecteur comprend qu'il se laisse aller à la facilité tout en le blâmant de faire souffrir sa soeur, et quelque part, son père. Si celui-ci ne se rend pas compte de tout, il sent bien que quelque chose ne va pas, surtout quand Foued se moque de sa moustache. Cette scène montre bien à quel point Foued se fiche de l'autorité, d'autant plus qu'il a perdu certains repères.

Le roman ne tombe pas dans les clichés et la mièvrerie. L'auteur se contente d'exposer certains faits. Elle parle bien sûr de l'intolérance, du racisme, des différentes façons dont chacun les gère. La scène la plus grotesque est celle où le mari de la voisine d'Ahlème cherche «gibon» dans le dictionnaire. Une fois qu'il l'a trouvé, il se contente d'un commentaire sobre, un brin humoristique. Mais sa frénésie et sa sobriété même montrent qu'il en souffre. Il est habitué, mais il y a des choses auxquelles on ne peut jamais s'habituer tout à fait.

Outre la gravité de certains passages, l'auteur arrose son livre d'humour, ce qui aide à mieux faire passer les rêves brisés. L'humour est notamment représenté par Linda, l'amie d'Ahlème, qui connaît toujours les derniers ragots en date, et les expose bruyamment. D'une manière générale, les passages où l'héroïne est avec ses amies sont un signe de détente.

L'héroïne pourrait sembler être la fille parfaite sur qui les malheurs s'accumulent. Malheureusement, son histoire est assez banale. Elle est sympathique au lecteur qui admire sa ténacité, qui comprend ses colères, ses rêves, ses chagrins, ses abandons.

Bref, un livre juste qui expose sans hargne, qui explique sans acrimonie. Je vous le recommande vivement.
Le titre est très bien trouvé, car approprié à l'histoire et aux personnages décrits.

Éditeur: Hachette littérature.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jocelyne Corbaz pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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