Disruption

L'ouvrage:
Stéphane Mallard explique ce qu'est la disruption, et pourquoi nous devons nous attendre à être «disruptés».

Critique:
Depuis deux malheureuses expériences, quand un documentaire me tente (surtout lorsqu'il a un rapport avec un aspect de la société), je réfléchis avant de m'y attaquer, de peur de tomber sur des essayistes imbus d'eux-mêmes, comme ce fut deux fois le cas. Ici, mes craintes ont vite été balayées. Je ne suis pas absolument d'accord avec tout ce que dit l'auteur, mais je n'ai pas eu l'impression qu'il donnait une leçon. Il explique comment il se fait que le monde soit en mouvement, et que ceux qui ne participent pas à ce mouvement risquent de se retrouver sur le carreau. Il donne aussi quelques petites pistes qui aideraient à participer à ces rapides changements. Ses «critiques» vont majoritairement aux chefs d'entreprises qui ne parviennent pas à voir le monde autrement, à tenter d'autres approches, etc. L'accélération des choses est impulsée par ceux qui mettent en place des idées touchant le plus de personnes possible, et étant susceptibles de tout faire bouger à très grande échelle. Le premier exemple que donne Stéphane Mallard est celui de l'intelligence artificielle. Il explique qu'en très peu de temps, elle sera capable de faire énormément de choses. Pour donner un exemple (qui est très loin d'être le seul et de représenter jusqu'où cela peut aller, mais qui m'a fait rire), il évoque des intelligences artificielles organisant un dîner entre leurs possesseurs qui sont amis. Connaissant les goûts de chacun, les intelligences artificielles peuvent, en très peu de temps, décider d'un menu qui plaira à tous les convives.

L'auteur évoque aussi les ambitions de certains réseaux sociaux, comme Facebook et Twitter. Ne les utilisant pas (je demande à quelqu'un de mettre mes pages à jour), et n'étant pas preneuse de tout ce qu'ils proposent (aussi bien maintenant que dans le futur), cela m'a laissée froide, mais j'ai compris en quoi cela attirerait la plupart des gens, c'est-à-dire ceux qui les utilisent déjà à plein régime.

Stéphane Mallard conseille à tous (et pas seulement aux chefs d'entreprises) d'entrer dans ce monde innovant, et d'y participer. Pour moi, il a raison, mais certains de ses avis ne sont pas aisés à mettre en pratique. Par exemple, il explique que pour être un grand novateur, il ne faut pas avoir peur de la prise de risques. Certes, mais parfois, cela n'est pas réalisable. Imaginons que je prenne le risque de faire le travail que je souhaite faire depuis... peu de temps après ma naissance ( ;-) ): éditer des livres audio (ou du moins participer à l'édition de livres audio). Dans un secteur en progression, mais qui reste tout de même peu prôné par la société, pour avoir une possibilité de faire partie de ceux qui réussissent, il faudrait que je «disrupte» le secteur avec des idées qui auraient la chance de séduire la plupart. Il faudrait d'abord que j'aie l'opportunité d'être engagée par l'un des gros éditeurs présents sur le marché du livre audio... et j'ai beau être motivée, j'imagine que les éditeurs audio ne réagissent pas comme les dirigeants d'Apple qui, selon Stéphane Mallard, embauchent ceux qui, en voyant le Mac, ont les yeux qui brillent...

Autre chose m'a fait un peu tiquer. Je sais qu'il y a une part de mauvaise foi dans ce reproche, mais côtoyant des adolescents tous les jours, je pense que malheureusement, je peux avoir raison. Stéphane Mallard, exemples à l'appui, explique que les «disrupteurs» potentiels sont ceux qui n'obéissent pas aux règles, n'entrent pas dans la norme, qui ne travaillent pas en classe... Je pense qu'il aurait dû distinguer ceux qui ne travaillent pas, mais qui finissent par se rattraper de ceux qui ne font rien parce qu'ils pensent qu'ils seront toujours aidés par leurs parents, la société, l'état... J'approuve l'idée que quelqu'un de trop scolaire ne saura pas sortir d'un raisonnement pour en appliquer un autre qui conviendrait pourtant. Je dis d'ailleurs souvent à mes élèves que je suis là pour leur apprendre à réfléchir, à interroger les idées étudiées en classe, à avoir l'esprit critique, à avoir de la méthode, et je suis ravie quand ce que nous étudions leur inspire des débats bien argumentés. D'un autre côté, pour pouvoir bien exprimer ses idées et être pris au sérieux, il faut connaître un minimum la grammaire de sa langue. Pour moi, un élève qui tente d'écrire en maîtrisant la syntaxe, les accords, la conjugaison, et la ponctuation sera plus apte à la réflexion et donc à l'innovation qu'un élève qui ne maîtrise rien de cela, et argumente: «Bof, de toute façon, on comprend ce que j'écris, pourquoi je ferais un effort?» Quant à ce qui est d'être contre les règles, je ne peux m'empêcher d'imaginer certains adolescents pensant (et c'est là qu'on peut me taxer de mauvaise foi): «Stéphane Malard, il dit que pour disrupter le monde, et donc gagner plein de pognon, il faut être contre les règles! Allez, je vais faire tout ce qui me plaît, quand ça me plaît, et où ça me plaît, sans rien respecter!» Certes, mon argument est un peu fort, mais je me méfie...

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par l'auteur.

L'auteur adopte un ton adéquat: il n'est ni supérieur ni soporifique.

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée: certains chapitres sont coupés en deux pistes.

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