Deux caravanes

L'ouvrage:
Ils viennent d'Ukraine (comme Andriy), de Chine, de Pologne (comme Yola et Marta), du Malawi (comme Emanuel)... ils sont en Angleterre pour trouver du travail, et espèrent avoir une vie meilleure.
Ils travaillent à la cueillette des fraises chez un fermier. C'est alors qu'une nouvelle débarque: Irina. Elle est ukrainienne, a dix-neuf ans, des rêves plein la tête, certaines idées un peu naïves, et ne se doutait pas que le travail d'une immigrée en Angleterre, c'était ça... Ils dorment tous dans des caravanes, une destinée aux hommes, l'autre aux femmes.

Alors que les habitués jaugent Irina, deux incidents précipitent l'éclatement de la petite communauté. Irina est enlevée par un individu qui souhaite la soumettre à ses basses envies, et la femme du fermier déclenche une guérilla. Nos héros doivent fuir.

Critique:
Ce qui est dommage, c'est que la quatrième de couverture fait de la publicité mensongère. On nous y dit que le livre décrit la misère avec un humour corrosif. Cela fait qu'au départ, j'ai été déçue. Cela ne veut pas dire que j'ai trouvé le livre mauvais, mais que, mon horizon d'attente ayant été trompé, j'ai eu du mal à me plonger dans ce livre.

Ce roman aborde sans complaisance un thème malheureusement trop connu et trop présent dans notre société: l'exploitation des immigrés. Marina Lewycka montre bien toutes les manières dont ils sont exploités et toutes les conséquences que cela peut avoir. Ils sont traités comme des machines. Je ne vois pas où est l'humour dans la façon de raconter de l'auteur.
Outre la façon dont sont traités les hommes, j'ai été choquée de la légèreté avec laquelle les «exploitants» traitent les animaux. Cela se voit lorsque Tomasz doit entasser des poulets destinés à l'abattoir dans des cageots. Comme Tomasz, on ne peut s'empêcher de faire un parallèle dérangeant.
Il y a bien une scène qui devrait susciter l'hilarité (d'ailleurs, Tomasz lui-même se surprend à rire, et à se détester pour cela), mais le pathétique et la tristesse de cette scène n'ont pas, pour moi, pu être occultés par le rire de surface.

L'auteur va encore plus loin en mettant en avant le contraste entre les immigrés et les gens riches, et en montrant la société de consommation dans toute sa bêtise, sa grandiloquence, son ineptie, et son absurdité.

Si ces thèmes sont exposés de manière réaliste, s'ils sont bien explorés, l'auteur ne nous apprend pas grand-chose. Malheureusement, nous savons tout ça, nous connaissons cette triste vérité. Tout ce que ça fait, c'est ruiner le moral du lecteur impuissant. Tout ce dont on se rend compte, c'est qu'on ne peut que constater ce qu'on sait déjà, et qu'on ne peut rien y faire...
Je ne dis pas qu'il ne faut pas en parler, mais je pensais que le livre serait plus percutant, qu'en plus de bien exposer les thèmes, l'auteur secouerait son lecteur. Comment? Je n'en sais rien, mais là, j'ai l'impression de piétiner.

Il y a peut-être quelques tentatives d'humour dans la façon de parler des immigrants, mais là encore, j'ai éprouvé plus de compassion que d'envie de rire.
Il y en aurait aussi dans la caricature qu'est Marta la bigote, mais cela m'a plutôt fait soupirer d'agacement.
L'auteur tente également de faire rire avec les baskets puantes de Tomasz. Cela fait sourire, mais sans plus.

Les personnages sont attachants et sympathiques au lecteur. Bien sûr, on prend parti pour eux parce qu'ils sont exploités, mais ils ont une personnalité attachante, sauf Yola et Marta qui m'ont agacée.
Le contraste entre Irina et Andriy est intéressant. Si elle est naïve et un peu casse-pieds avec ses idées arrêtées, elle apprend de ce qu'elle vit.
Quant à Andriy, il n'est pas parfait, il est plus aguerri qu'Irina, il a des sautes d'humeur, il montre maladroitement sa jalousie, etc.
Emanuel et Tomasz aussi sont sympathiques, et on peut découvrir leurs personnalités à travers ce qu'ils vivent.

L'histoire d'amour n'est pas trop mal amenée, même si on la sent venir.
Quant à la fin, elle va bien au reste du roman. Quelque chose m'a déçue, mais je ne peux pas trop en dire.

Le roman est à plusieurs voix. Normalement, ça ne me gêne pas. Mais dans les romans à plusieurs voix que j'ai lus, le nom de la personne qui parle était précisé à chaque fois. Ici, rien n'est indiqué, et en plus, on navigue entre la première et la troisième personne du singulier. C'est assez déroutant.
Et puis, j'ai trouvé un peu étrange que l'auteur fasse parler le chien. C'était peut-être une tentative d'humour... ou de nous montrer qu'il était embarqué dans la même galère que les hommes...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Les Deux Terres dans le cadre d'un partenariat proposé par Blog-O-Book.

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