Des yeux dans la nuit

L'ouvrage:
Nadine Lavoie est psychiatre. Elle travaille dans une clinique. Sa nouvelle patiente, Heather, a tenté de se suicider. À mesure de leurs discussions, la jeune femme évoque une communauté dans laquelle elle a vécu. Nadine s'aperçoit qu'elle connaît ces gens, ayant vécu parmi eux lorsqu'elle était adolescente. Évoquer cette communauté, et surtout son leader, met la psychiatre mal à l'aise. Elle va se plonger dans son passé afin de comprendre d'où lui vient cette gêne qui se transformera vite en mal être.

Critique:
J'ai trouvé sympathique que Nadine soit le personnage principal. Ceux qui ont lu les romans de Chevy Stevens dans l'ordre ne la connaissent qu'en tant que psychiatre. Ici, l'auteur lui donne davantage d'épaisseur: elle construit la personne autour du médecin.

Malheureusement, je n'ai pas autant aimé ce roman que les deux précédents. J'ai trouvé que tout était très lent à se mettre en place. Si dans les autres romans, on ne pouvait pas vraiment prévoir comment tourneraient les choses, ici, on sait très vite que les «énigmes» posées au départ ne trouveront une solution qu'à la fin. D'habitude, quelque chose est résolu, et cela pose une autre question, etc. Ici, j'ai trouvé qu'on se traînait vers la solution. En outre, j'avais deviné beaucoup de choses. Je savais ce que Nadine finirait par se rappeler à propos du «gourou» de la communauté, par exemple, et également ce qui était arrivé à Willow. Bien sûr, on ne peut pas tout trouver, mais après avoir reconstitué la plus grande partie du canevas, je me suis ennuyée à voir Nadine se traîner vers la solution.

J'ai aussi trouvé gros que Heather ait justement fait partie de cette communauté et qu'elle soit le déclencheur des souvenirs de Nadine. Bien sûr, il y avait un terrain favorable. La communauté s'attaquera en priorité à des êtres fragiles, manquant de confiance en eux. Il est donc normal qu'Heather ait atterri dans ses filets. Après, il est peut-être un peu plus discutable qu'elle se retrouve justement en thérapie avec Nadine.

J'ai aussi été gênée que l'héroïne ait à ce point occulté les choses. Là encore, cela peut s'expliquer: certains font cela pour survivre. De plus, la famille de Nadine était un terrain favorable.

Par contre, Chevy Stevens explore bien les relations compliquées entre Nadine et Lisa, sa fille. Il est malheureusement possible que toute avertie qu'elle soit, toute psychiatre qu'elle soit, l'héroïne ait manqué les signaux envoyés par sa fille. Ça peut paraître gros, mais ça ne l'est pas, car il est souvent difficile d'être objectif lorsqu'on est impliqué.

L'auteur expose également très bien la manière perverse dont des gens comme Aaron Quinn s'y prennent pour circonvenir ses proies. Il est facile d'avoir peur de Joseph, le frère d'Aaron, qui est une brute assoiffée de violence. Mais Aaron fait semblant d'apaiser, attire avec de belles paroles et de la fausse douceur, entraîne les gens fragiles à se perdre, à douter d'eux-mêmes, à s'en remettre totalement à lui en pensant qu'ils font ce qu'il faut. Chevy Stevens n'exagère absolument pas lorsqu'elle expose cette redoutable et terrifiante méthode de manipulation.

J'ai conscience d'être sévère avec ce roman. Je pense que c'est parce que je n'ai pas pu m'empêcher de le comparer aux deux autres thrillers de Chevy Stevens que j'ai adorés.

Éditeur français: l'Archipel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Joyce Bean pour les éditions Brilliance audio.

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