Demain

L'ouvrage:
Nous sommes le 19 décembre 2011. Matthew Chapiro, professeur de philosophie, voit approcher la date anniversaire de la mort de sa femme, Kate. Son souvenir est extrêmement douloureux.
C'est ce jour-là qu'il achète un ordinateur portable dans un vide-grenier. Le vendeur lui explique qu'il a appartenu à sa soeur, et que le disque dur a été formaté. Cependant, Matthew découvre des photos qui n'ont apparemment pas été effacées. L''adresse e-mail de la photographe se trouvant dessus, il la contacte pour lui proposer de les lui envoyer. Entre Matthew et Emma, le dialogue se noue très vite, au point qu'ils conviennent rapidement de se retrouver dans un restaurant italien où Matthew se rend souvent. Chacun honorera le rendez-vous à l'heure dite. Cependant, chacun attendra l'autre... L'histoire ne fait que commencer.

Critique:
Voilà plusieurs années que je n'ai lu de romans de Guillaume Musso. Le résumé de «Demain» m'a interpellée, et j'ai décidé d'essayer. Je n'ai pas été déçue, sachant que c'est le genre de romans qu'on lit pour ne pas réfléchir, pour se détendre et se laisser porter par l'intrigue.

L'idée de départ est intéressante, même si elle a déjà été maintes fois utilisée. Musso lui-même a déjà exploité cela d'une manière différente. Il fallait donc construire quelque chose autour. La première surprise passée, il faut bien que l'histoire continue. Il fallait que l'intrigue prenne une direction grâce à laquelle l'auteur pourrait créer du suspense et que le lecteur ne reste pas sur l'idée de base qui lui vient fatalement lorsqu'il comprend ce qui arrive. Il faut aussi que l'un des personnages (on ne sait pas encore lequel) s'efface, et donc, il faut que le lecteur puisse choisir sans remords lequel il souhaite que l'auteur «efface».

Comme je suis pinailleuse, je dirai que j'ai trouvé certains moments un peu lents. C'est surtout parce que j'avais deviné certaines choses, et que j'attendais que les personnages les voient, eux aussi. Je sais que c'est un mauvais procès, car l'auteur ne pouvait pas accélérer les étapes.
De même, la préparation d'Emma avant son rendez-vous m'a semblé trop durer. Il y a d'autres passages de ce genre où l'action retombe un peu parce que l'auteur s'attarde sur des détails. Là, par contre, je pense qu'il aurait pu aller plus vite.
Globalement, l'intrigue n'est pas lente, seuls des pans le sont. Même si j'avais deviné certaines choses, je n'avais pas tout trouvé. Et puis, le but est de voir comment l'auteur va arriver à cela sans que cela fasse cheveu sur la soupe. Il s'en tire bien.

J'ai été un peu choquée de l'attitude des personnages dans certaines situations. Je parle de Matthew lorsqu'il veut convaincre Emma de faire une certaine chose. Je ne parle pas de la menace (il n'aurait rien fait), mais du dialogue qui précède. Matthew va très loin, et même si on comprend son désarroi, cela ne lui donne pas le droit d'être aussi grossier. D'ailleurs, cela ne va pas trop à sa personnalité.
J'ai aussi été agacée par les coups de foudre... L'un d'eux peut s'expliquer, mais je les trouve quand même trop faciles.
J'ai également trouvé pénibles, car très théâtrales, les phrases du genre: «Il ne savait pas que cela allait bouleverser sa vie.». Je les imaginais assorties d'une musique niaise et très forte pour ponctuer leur mièvrerie. (Heureusement, l'éditeur n'a pas fait cela.)

Quant à la fin, elle m'a satisfaite, même si elle contient un élément qui me déplaît, et que l'un des personnages se contredit un peu. C'est le genre de fins qu'on attend de ce genre de romans. J'aurais été déçue que l'auteur ne se conforme pas à ce code. En général, j'aime quand on s'écarte des codes, mais pas dans ce genre de romans.

Les personnages paraissent un peu simples: les gentils, les méchants, les paumés... Bien sûr, les deux personnages principaux ne sont pas toujours sympathiques, mais au final, ils le deviennent. Cette «facilité» n'est pas bien grave si on sait à quoi s'attendre dès le départ. Ce livre ferait une bonne comédie sentimentale à l'américaine, avec Meg Ryan. À ce sujet, je trouve dommage qu'encore une fois, l'auteur (qui est français) situe son livre aux États-Unis.

Je n'ai pas lu tous les romans de Guillaume Musso, mais dans «Demain», il fait ce qu'il faisait dans ceux que j'ai lus, à savoir commencer ses chapitres par des citations. Cette façon de faire m'agace de plus en plus. Comme je l'ai dit dans ma chronique de «Mort d'encre», si je veux des citations, je m'achète un livre où certaines sont compilées. D'autre part, je trouve très lourd de vouloir à tout prix illustrer son propos avec des citations.

Remarques annexes:
L'histoire de la jeune fille qui s'est déshabillée et caressée devant une webcam croyant que son petit ami était à l'autre bout est peu crédible. En effet, la moindre des choses, c'est de s'assurer visuellement que la personne est bien celle que l'on croit.
Guillaume Musso fait cette erreur de syntaxe que beaucoup de monde fait. Exemple, la phrase: «(...) après avoir touché le jackpot, l'administration du casino lui avait fait remplir quelques papiers.» Ici, on dirait que c'est l'administration du casino qui a touché le jackpot. Pour qu'Emma soit grammaticalement le sujet de «toucher», il aurait fallu écrire: «(...) après qu'elle avait touché le jackpot, l'administration du casino lui avait fait remplir quelques papiers.»

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Olivier Blond. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Le comédien a une voix agréable. Il a su jouer sans cabotiner. Je pense que dans certains passages, il aurait été facile de tomber dans le mièvre. Le lecteur ne l'a pas fait. En outre, j'ai été soulagée quand j'ai entendu qu'il ne tentait pas de prononcer April avec un accent. Il fait bien un peu l'accent pour certains noms de lieux, mais cela reste acceptable (pour moi qui y suis allergique).

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