Défaillances

L'ouvrage:
Après une soirée avec des collègues, Cass (la narratrice) rentre chez elle sous des trombes d'eau. Pour que le trajet soit plus court, elle passe par un raccourci dans la forêt. C'est là qu'elle tombe sur une voiture arrêtée avec une femme à bord. Craignant que ce soit un piège pour lui voler sa voiture, elle ne s'arrête pas pour demander à la conductrice si elle a besoin d'aide.
Le lendemain, elle apprend qu'une femme a été assassinée dans la nuit à l'endroit où elle ne s'est pas arrêtée. Peu de temps après, elle reçoit des appels muets. Elle est convaincue que le meurtrier l'a vue, et veut l'effrayer. Les choses se compliquent lorsqu'elle se rend compte qu'elle oublie des choses du quotidien.

Critique:
Ce roman m'a plu, même si j'ai quelques reproches à lui adresser. L'auteur a très vite su me faire entrer dans le quotidien de Cass, et partager ses angoisses. Je râlais un peu après certaines de ses réactions, mais je me disais aussi que n'étant pas impliquée, il m'était facile de voir des failles. Par exemple, à un moment, elle prend rendez-vous avec quelqu'un pour qu'il lui montre les alarmes que pourrait lui vendre son entreprise. Lors du rendez-vous, elle se met à paniquer et à imaginer que cet homme pourrait être n'importe qui venu pour la tuer. Un esprit rationnel pensera tout de suite que ce n'est pas plausible puisque Cass a donné rendez-vous à cette personne en appelant son entreprise.
Dans le même ordre d'idées, l'héroïne finit par craindre de répondre au téléphone à cause des appels muets. Or, elle sait que le numéro de la personne qui fait cela est masqué. Pourquoi ne regarde-t-elle pas son affichage lorsque le téléphone sonne, au lieu de décider de ne pas répondre?
D'un autre côté, la peur de la jeune femme est très bien exposée, et on comprend que dans sa situation, ses idées ne puissent pas toujours être claires. Si certains de ses raisonnements m'ont donné envie de la secouer, je ressentais également beaucoup d'empathie pour elle. Les choses étant racontées de son point de vue, j'avais beau rationaliser, je ressentais sa peur, sa tension, et comprenais le réflexe de Pavlov qu'elle avait développé vis-à-vis du téléphone.

Je trouve dommage d'avoir deviné 99% de l'énigme presque dès le départ. Je pense que l'auteur souhaite qu'on ait des soupçons et qu'ils aillent croissant, mais pas qu'on devine dès le deuxième jour (le roman est découpé en jours et s'étale sur environ trois mois). L'inconvénient est que je n'ai pas eu de surprises quant à cette révélation. J'ai quand même trouvé amusant de glaner tous les indices qui, à mesure que le roman avançait, corroboraient ma théorie. En outre, ma découverte n'a pas provoqué mon ennui, occupée que j'étais à suivre la narratrice et à analyser les choses autrement qu'elle.

Heureusement, B. A. Paris ne s'arrête pas après avoir élucidé le mystère. Elle nous montre «les coulisses», si j'ose dire. J'ai beaucoup apprécié cette originalité, parce qu'en général, dans ce genre de romans, on apprend qui est le «méchant», on a quelques explications sur la manière dont il s'y est pris, et c'est terminé. Ici, l'auteur décortique les choses, permettant au lecteur de voir comment telle situation a été créée, de prendre toute la mesure des personnages (même si j'avais deviné des éléments, certains dialogues m'ont atterrée), et de constater qu'il n'y a pas d'incohérences. Étant pinailleuse, j'en ai trouvé quelques-unes au long du roman. Certaines sont minimes, mais d'autres sont plus gênantes. Les voici.
Il est un peu gros qu'on parvienne à voir que le passager d'une voiture est une femme, mais qu'on ne la reconnaisse pas. (Celle-là n'est pas très gênante.)
Certains oublis de Cass arrivés avant les événements que relate le roman ne sont pas faciles à expliquer, notamment le fait d'oublier la moitié des courses au supermarché. On peut imaginer ce qui s'est passé, mais j'aurais voulu que cela soit aussi bien expliqué que les faits arrivant par la suite.

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À un moment, Rachel doit laisser un message sur le répondeur en se faisant passer pour l'entreprise qui pose les alarmes. Il est étrange que Cass ne reconnaisse pas sa voix. Certes, elle peut la modifier, et Cass est troublée lorsqu'elle entend le message auquel elle prête très peu attention, mais cela reste un peu gros.
Malgré le délabrement mental de Cass, il est curieux qu'elle ne voie pas que le micro-ondes, le lave-linge et la machine à café ne sont plus ceux dont elle a l'habitude de se servir. Je suppose que le couple infernal s'était arrangé pour que les appareils soient ressemblants, mais cela me paraît quand même tiré par les cheveux.
Il est également gros que la narratrice mette un point d'honneur à ne pas dire à Matthew qu'elle est passée par la forêt, cette nuit-là. À un moment, elle dit même qu'elle a davantage peur qu'il la quitte plutôt que le meurtrier la trouve...
Quelqu'un de très tatillon dira qu'il n'est pas crédible que Rachel n'ait pas effacé les SMS de son téléphone secret au fur et à mesure. Étant donné qu'on peut comprendre qu'elle les ait gardés, je ne retiens pas cela contre l'auteur.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Maud Rudigoz.

J'ai trouvé la comédienne particulièrement forte concernant certains dialogues, par exemple lorsqu'un personnage est en colère et l'autre effrayé. D'une manière générale, elle est très bien entrée dans la peau de Cass, et sa lecture vivante a contribué à me faire ressentir l'anxiété de l'héroïne.

Pour information: la structure du livre n'a pas pu être respectée.

Ce livre est une lecture commune avec mon mari.

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