Debout les morts

L'ouvrage:
Un matin, Sophia découvre, dans son jardin, un arbre qui n'y était pas la veille. Cela l'intrigue.

Marc Vandoosler est historien. Il étudie le Moyen-Âge. Actuellement, il est tellement dans la merde qu'il envisage de demander à Mathias (qui, lui, étudie la préhistoire), de partager le loyer d'une location. Il se trouve que cette maison est «la baraque pourrie» voisine de celle de Sophia...

Critique:
Fred Vargas réussit toujours à créer une intrigue apparemment classique, et à la faire sortir du lot en y insérant sa patte. Les trois historiens (qu'on appelle les évangélistes à cause des surnoms que leur donne le parrain de Marc), sont des personnages hauts en couleur. Ils sont attachants car très gentils. Ils retiennent l'attention par leurs particularités. Pour n'en citer qu'une, je parlerai du fait que Mathias est gêné par... les habits. Il s'y sent engoncé. Cette étrangeté, en plus de donner lieu à une scène comique, aidera Marc à élucider l'énigme qui tombe sur leurs têtes.

L'humour de Fred Vargas est exprimé ici par de multiples autres biais. Pour ne donner qu'un exemple, j'évoquerai l'idée que pour avoir l'air naturel, il faut manger, car personne n'a peur de quelqu'un qui mange. L'idée n'est d'ailleurs pas fausse. Elle mènera à d'extraordinaires festivals de tranches de pain...!

Il y a aussi (comme dans d'autres ouvrages de cette romancière) des phrases à la fois loufoques et pleines de sagesse. Par exemple: «La quête des paroxysmes oblige à se confronter à l'essentiel qui est ordinairement caché.»

On me dira que je m'attarde sur des détails, mais c'est ces détails qui font tout le sel des romans de Fred Vargas. C'est eux qui font ce qu'elle est. Sans ces loufoqueries, je ne la lirais pas.
Quant à l'intrigue policière, elle est assez classique. Elle recèle tout de même des chausse-trappes dans lesquels le lecteur se laissera prendre... ou pas. De toute façon, elle est cohérente. Fred Vargas n'en fait pas trop. Si elle propose une ou deux fausses pistes, c'est sans grandiloquence.
Ce que révèle la solution de l'énigme est plausible...

Ce roman est le premier mettant les évangélistes en scène. Il semblerait qu'après avoir sorti (et ressorti pour certains) les Adamsberg, les éditions Audiolib ressortent les ouvrages concernant ces trois sympathiques personnages (quatre en comptant l'oncle et parrain de Marc). Pour ces livres, ils n'ont pas repris les versions enregistrées pour les éditions Thélème. Cela ne m'a pas autant perturbée que lorsque «Pars vite et reviens tard» a été réenregistré, parce que j'aime beaucoup Philippe Allard, le comédien qui, apparemment, va enregistrer toute la série des évangélistes.

Je trouve dommage que Fred Vargas ne se soit pas prêtée au jeu de l'entretien final qu'Audiolib propose souvent à ses lecteurs. Ses romans finiront par être tous publiés chez cet éditeur: il aurait été sympathique qu'on l'entendît une ou plusieurs fois parler de son travail et de ce qu'elle pense de la lecture à voix haute.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Allard. Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Philippe Allard fait partie des comédiens qui, me semble-t-il, peuvent tout lire. Il a excellemment interprété des romans graves comme «Trois mille chevaux-vapeur», et voilà qu'il enregistre avec brio son deuxième Fred Vargas. Cette romancière n'est pas facile à lire à voix haute. Certains passages drôles doivent être lus sans exagération afin de garder toute leur force. D'autres doivent être davantage joués... Bref, le choix de ce comédien a été judicieux.

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