De la part d'Hannah

L'ouvrage:
1961. Hannah Saumur, dix ans, sort du sanatorium où elle est depuis trois ans. Il s'avère qu'elle n'a jamais eu la tuberculose. La fillette rentre chez elle, apprend à vivre à nouveau avec son père, ses grands-parents, l'école, les villageois...

Critique:
Voilà un livre comme j'en rencontre trop peu: positif. En effet, il me semble qu'il y a de plus en plus de romans qui surenchérissent dans l'horreur, le sombre, le désespéré. Bien sûr, Hannah conte des événements qui ne sont pas toujours gais, c'est ce qui fait d'ailleurs que le roman est crédible et échappe à la mièvrerie. Cependant, tout n'est pas toujours obligé de finir de manière atroce.

J'ai souvent souri au cours de ma lecture. Cela vient d'abord du style adopté par Laurent Malot. Il entre très bien dans la peau de cette enfant espiègle, attachante, qui balaie les non-dits et les malentendus, qui crie son besoin de dire et de savoir les choses, et qui est loin d'avoir sa langue dans sa poche. Son langage est d'ailleurs très peu châtié. Pourtant, l'auteur ne tombe jamais dans le vulgaire, ce qui aurait tout gâché, à mon avis. Notre héroïne ne se prive pas d'utiliser de l'argot et même quelques gros mots, mais c'est écrit de telle manière que cela sonne juste. Il est difficile d'écrire ainsi sans trop en faire. L'auteur s'en tire parfaitement. Au long de ma lecture, j'imaginais très bien Hannah, assise à côté de moi, me racontant ses histoires. L'écriture est fluide, vivante, sans grandiloquence.

L'enfant parsème son récit de réflexions tour à tour amusantes et pleines de bon sens. Par exemple, son amie et elle voient un homme aller à la maison close du village. Commentaire d'Hannah: «On aurait dit un banquier ou un américain.»
Par ailleurs, elle est assez mûre pour comprendre et affirmer que les rumeurs font mal. Son regard sur la vie est parfois un peu naïf, mais souvent juste.

J'ai apprécié les récits épiques que l'intrépide fillette fait quant aux combats (toujours à la loyale) ayant cours entre elle et ses camarades. On ne pourra s'empêcher de faire le parallèle (à l'instar de l'héroïne) avec les joutes oratoires des adultes.

C'est de ce style vif et léger, c'est avec cet humour frais et sympathique que l'auteur aborde certains thèmes assez graves comme l'ostracisme dû au racisme primaire, à l'intolérance de ceux qui se replient sur leur refus de la différence. Les paroles d'Hannah et les exemples qu'elle donne sont bien plus percutants, à mon avis, que n'importe quelle leçon de morale.
Comment ne pas rire avec Hannah et Sarah lorsque celles-ci s'érigent en justicières?

À mi-chemin entre l'insouciance de l'enfance et le monde des adultes, Hannah vit un moment clé, son récit est presque un parcours initiatique. Elle découvre des choses, des sentiments...Elle tente de comprendre la vie, par exemple, lorsqu'elle fait des réflexions sur certains livres qu'elle lit («L'enfant» et «La métamorphose». Ce qu'elle dit peut paraître simple, et pourtant, c'est les premières choses qui viennent en tête. Par ses observations et comparaisons, elle tente d'ancrer ces personnages dans la réalité, le quotidien. Elle simplifie ce qui est compliqué sans pour autant être simpliste.

Il n'y a que le père de l'héroïne que je n'ai pas vraiment compris... Cela n'est pas forcément un point négatif. L'auteur montre des gens sympathiques, d'autres antipathiques pour diverses raisons. On a du mal à comprendre ce qui a poussé les parents d'Hannah l'un vers l'autre, et pourquoi le père est ainsi, mais ce n'est pas si grave. Il restera un personnage plutôt antipathique avec une part d'ombre. Cela arrive aussi dans la vie.

Ce livre est un coup de coeur. Je le recommande chaudement!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Robert Laffont.

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