Dans la neige

L'ouvrage:
Broomsville, petite ville du Colorado. Lucinda Hayes, quinze ans, est trouvée morte, dans un parc. Après cette découverte, trois habitants de la ville racontent l'enquête, se dévoilent... Il y a Cameron et Jade, deux adolescents, et Russ, un policier.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Le résumé peut annoncer de la banalité, et si certains faits sont effectivement ordinaires, l'autrice dépeint des personnages et une intrigue creusés. Parfois, des choses banales mènent à d'autres qui le sont moins. Par exemple, on découvre vite que Cameron était amoureux de Lucinda, et que cela tournait à l'obsession. Quoi de plus simple que de penser (comme certains de ses camarades) qu'il l'a tuée parce qu'il ne pouvait pas l'avoir? Quant à Jade, elle en voulait à Lucinda pour diverses raisons. N'aurait-elle pas pu la tuer dans un accès de colère? J'ai choisi de ne soupçonner aucun des narrateurs. La lecture du livre vous dira si j'avais raison ou pas.

Au long du roman, on découvre que si Jade est parfois agressive, et semble un peu perturbée, certains faits l'ont menée à cela. Je ne l'excuse en rien, et elle-même ne tente jamais de se chercher des excuses. Cependant, ce qu'elle vit explique sa façon d'être. Elle a très vite éveillé ma compassion, ainsi que Cameron et Russ. Chacun retient en lui-même des choses avec lesquelles il n'ose pas vivre. Comme souvent, la vie fait que chacun devra admettre ce qui ne va pas.
J'ai bien aimé le petit jeu de Jade concernant ce qu'on aimerait dire, mais qu'on ne peut pas dire, sous peine de passer pour un connard. Je me suis aperçue, en lisant la jeune fille, que je faisais parfois cela dans ma tête. ;-)

Russ n'a pas grand-chose à voir avec Lucinda, excepté qu'il enquête sur son meurtre, mais cette affaire le touche parce qu'elle fait qu'il va devoir fouiller du côté de la famille de son ancien coéquipier, du côté de son beau-frère...

Je ne sais pas trop quoi penser de Lucinda. On la voit à travers des regards peu objectifs. Cela ne m'a pas vraiment gênée, mais cela a fait que si j'ai forcément ressenti de la compassion pour elle, cela s'est teinté d'indifférence. Ce n'est pas plus mal. En général, soit on plaint énormément la victime, soit on la déteste. Ici, on a l'image d'une adolescente normale.

L'intrigue ne souffre d'aucun temps mort. Danya Kukafka ne tente pas de nous faire soupçonner tout le monde. Il est même amusant qu'à un moment, une personne paraisse suspecte à certains yeux, et qu'elle ne le soit pas du tout à ceux du lecteur. Je n'ai pas trouvé qui avait tué Lucinda, et je ne me suis pas doutée de la manière dont le lecteur finirait par le savoir. J'aurais pourtant dû.
Il y a une autre chose que le lecteur finit par apprendre. Je suis contente parce que malgré certains indices, je ne l'avais pas du tout trouvée avant que la romancière ne le décide.

J'ai beaucoup apprécié que le livre ne s'achève pas sur la découverte du coupable. L'autrice prend le temps de montrer l'après pour ses personnages. Je préfère toujours lorsque la fin d'un roman n'est pas précipitée. Ceux qui pensent comme moi accueilleront celle de «Dans la neige» avec plaisir.

Dans la VO, Cameron appelle sa mère «mom». Je trouve dommage que le traducteur l'ait gardé ainsi. Pourquoi ne pas l'avoir traduit par «maman», voire «m'man», s'il s'agissait de montrer l'abréviation? Autant en anglais, «mom» est logique puisqu'il est naturellement employé, autant en français, cela fait affecté puisque ce n'est pas un mot français.

Note qui paraîtra sûrement inutile: j'ai vu que dans la VO, c'est Candace Thaxton qui lit le rôle de Jade. J'aime beaucoup le jeu de cette comédienne, mais je suis très dubitative quant à sa capacité à prendre une voix adolescente. L'éditeur audio français a choisi une comédienne qui a la voix pour jouer des adolescentes. Je suis très étonnée que l'éditeur audio américain ait choisi cette comédienne, surtout que le rôle de Cameron est lu par Kirby Heyborne, qui, lui, a une voix pour jouer des adolescents. Je suis très loin de connaître toutes les comédiennes qui enregistrent des livres en anglais, mais je sais que certaines ont à la fois le talent et la voix, et auraient pu interpréter Jade: Phoebe Strole, Arielle Delisle, Becca Battoe, Em Eldridge, Rebecca Soler, Amy McFadden, et Andi Arndt (même si pour ces trois dernières, ce serait plus discutable).

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour les éditions Lizzie. Pierre-Henri Prunel lit les chapitres donnant le point de vue de Cameron, Clara Soares interprète ceux narrés par Jade, et Florian Wormser lit ceux montrant le point de vue de Russ.

Je n'avais entendu Pierre-Henri Prunel que dans des extraits (quand j'ai lu «Dans la neige», je n'avais pas encore lu «L'ombre de la baleine»), et j'avais un a priori positif quant à son jeu. Maintenant que je l'ai entendu sur tout un livre, je peux dire que je l'entendrai à nouveau avec plaisir. Sa voix est claire, il joue les émotions des personnages sans trop en faire.

J'avais apprécié le jeu de Clara Soares dans «Emma dans la nuit». Ici, elle n'a pas démérité. Entre le désespoir calme et la gaieté forcée, elle n'avait pas vraiment la partie facile.

Je n'avais entendu Florian Wormser que dans des extraits. J'ai beaucoup apprécié sa voix et son jeu. Lui non plus n'avait pas la partie facile, car les sentiments de Russ sont souvent racontés alors que le temps est passé, et qu'en plus, lui-même ne peut pas admettre tout ce qu'il ressent... Le comédien a toujours adopté le ton adéquat.
J'ai été un peu déçue qu'il prenne un accent espagnol pour Ivan, mais il n'en fait pas trop, et cela ne dure pas.
Je regrette que Pierre-Henri Prunel et Florian Wormser aient prononcé Loucinda. Ils auraient dû, à mon avis, le dire comme le fait Clara Soares, cela me paraît plus naturel.

Je suis contente, car il n'y avait pas de musique au début des chapitres.

Pour information, la structure du livre a été respectée.

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