Dans la course

L'ouvrage:
Tip et Teddy Doyle, la vingtaine, vivent avec leur père adoptif. Il est blanc, ils sont noirs.
Ce soir-là, le père et les fils s'attardent dans la rue après avoir entendu une conférence. C'est alors qu'une femme se jette sur Tip, lui évitant ainsi d'être percuté par une voiture. Les Doyle appellent une ambulance, et se chargent de Kenya, onze ans, la fille de la femme accidentée.

Critique:
Ce roman réunit des personnages qui n'auraient jamais dû se rencontrer. Les Doyle et Kenya viennent de milieux sociaux totalement différents, et leur collision (si on peut dire) peut sembler incongrue. Heureusement, l'auteur n'en fait pas des stéréotypes. Les Doyle sont conscients de ce que leur apporte leur aisance matérielle, mais cela ne les rend pas égoïstes et imbus d'eux-mêmes. Au début, le père paraît peut-être un peu fermé, à cause de ce qu'il pense après ce que leur révèle Kenya, mais n'importe qui aurait ce genre de pensées.
Tip commence par rejeter ce qu'implique la révélation de Kenya, mais là encore, c'est logique et compréhensible.
La différence sociale est montrée par des exemples de choses qui arrivent au quotidien, de petites choses auxquelles Teddy et Tip n'auraient pas forcément pensées...

En un roman sans temps morts, Ann Patchett nous fait découvrir des personnages humains qui tentent d'agir au mieux et de faire avec les blessures que leur inflige la vie. Certains font des choses qui semblent répréhensibles, mais ils sont toujours guidés par un souci de bien faire. Sullivan fait peut-être exception, si on pense à ce qu'il faisait en Afrique. Cependant, il est davantage perdu qu'autre chose.
Les Doyle sont forcés de côtoyer Kenya à cause d'une situation délicate, et il semble qu'ils apprennent à la connaître en accéléré. L'étrangeté de la situation les rapproche. Ensuite, Tip se découvre un point commun avec elle...

La fin est en demi-teinte. Cela ne me déplaît pas, mais je me demande pourquoi des personnages culpabilisent au point de se sentir obligés à certains choix. C'est expliqué, et compréhensible si on pense que ce genre de choses est incontrôlable. Seulement, il m'a semblé que dans ce cas, c'était peut-être un peu fort... Ça n'enlève rien à ce bon roman, tout en lui conférant davantage de gravité.

Il y a peut-être une faiblesse. Dans un chapitre sur Tennessee, on découvre quelque chose qu'elle a fait. Pour moi, cette chose n'est pas si facile à faire que ce que laisse entendre l'auteur. Elle tente de combler l'invraisemblance en expliquant les circonstances, etc. Soit, mais cela me paraît quand même un peu léger, d'autant que cela aurait dû ressortir avec ce qu'il advient de Kenya...

Éditeur: Jacqueline Chambon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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