Couleurs de l'incendie

L'Ouvrage:
1927. Lors de l'enterrement de Marcel Péricourt, un drame survient. Il aura de multiples conséquences. D'autre part, Gustave Joubert (fondé de pouvoirs de la banque Péricourt) et Charles (frère de Marcel) sont mécontents quant à la manière dont certaines choses tournent pour eux. Cela aussi aura de multiples conséquences...

Critique:
Même si on peut suivre ce roman sans bien se rappeler «Au revoir là-haut», je pense que les souvenirs parcellaires que j'en ai m'ont fait manquer certains clins d'oeil. Par exemple, j'avais oublié monsieur Dupré qu'apparemment, on voit brièvement dans «Au revoir là-haut». Lorsque le troisième volet sera sorti, je relirai certainement la trilogie d'une traite.

Pierre Lemaitre s'attache ici à Madeleine Péricourt (la soeur d'Édouard), et à ceux qui gravitent autour d'elle. D'un style vivant, il met ses personnages en scène. Madeleine évolue dans un monde qui ne fait pas encore la place aux femmes. Sa situation est particulière car elle hérite de l'affaire familiale sans avoir eu la pratique qui lui aurait permis de ne pas s'en laisser conter. Dans sa vie privée aussi, on retrouve cette sorte de contradiction: bien qu'elle soit avisée, ses choix ne sont pas toujours judicieux. C'est le lot de la plupart d'entre nous. Voilà pourquoi, à mon avis, il est très facile de s'identifier à elle. Quant à ses réactions face aux événements, elles me semblent logiques. Ce personnage soulève beaucoup de questions. Ce qu'elle subit est en partie dû à son aveuglement, elle se le reproche implacablement, et il lui est impossible de ne rien faire. Comment agirions-nous à sa place? Jusqu'où irions-nous pour obtenir une certaine forme de justice?

D'autres personnages féminins se battent avec d'autres arme. Léonce, par exemple, utilise sa séduction, Solange use de sa voix pour éveiller émotions et admiration. Restent les jumelles, filles de Charles. Les pauvres n'ont pas vraiment d'armes. Je les ai appréciées parce que l'auteur nous les dépeint sans complaisance, mais avec un peu de compassion. On ne peut s'empêcher de rire d'elles tout en les plaignant. Elles caressent un beau rêve impossible, mais leur situation ne les rend pas amères ou méchantes. Bien sûr, il y a une part d'inconscience dans leur insouciance.

Certains personnages font que l'amusement intervient dans des situations graves. Je pense surtout à Vladi qui, par son énergie et sa bonne humeur, abolit certaines barrières, mais aussi à Robert dont la lenteur d'esprit ne pourra que faire rire le lecteur.

Tout comme dans «Au revoir là-haut», le romancier décrit une époque en des lieux donnés. Entre ceux qui brassent beaucoup d'argent, la passion de Paul pour la musique et ce que cela entraîne, une sorte de frénésie journalistique, et les sombres agissements de certains, j'ai eu l'impression d'une effervescence. C'est sûrement également dû au rythme soutenu du roman.

Quant à l'intrigue, j'ai d'abord aimé ne pas savoir où Pierre Lemaitre m'emmenait. Au début de la deuxième partie, comprenant ce qui se dessinait, j'ai eu peur de m'ennuyer. Cela n'a pas été le cas. J'ai aimé lire comment certains s'y prenaient pour que ce qu'ils voulaient arrive. Quelque chose m'a déplu, mais ce n'est pas une incohérence. C'est une limite que franchit un personnage. Je n'en veux pas à l'auteur, d'abord parce qu'un autre protagoniste est d'accord avec moi, mais aussi parce que cela permet au lecteur de réfléchir quant au personnage qui le fait. Au sujet de cet acte qui m'a moins plu, j'ai retrouvé une façon de faire que l'auteur a employée dans un autre roman. Je ne veux pas dire qu'il s'est lui-même plagié, mais que son utilisation de la manipulation m'a rappelé ce roman.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par l'auteur.

Quelle joie de retrouver Pierre Lemaitre dont l'interprétation m'a ravie. Tout comme pour «Au revoir là-haut», il rend parfaitement la dimension orale du roman. Humour, gravité, émotion, ressentiment, étonnement... tout sonne juste. J'ai eu l'impression que l'auteur avait mis tout son coeur dans sa lecture, et qu'il y avait pris beaucoup de plaisir.

Comme d'habitude, l'entretien en fin d'ouvrage est très intéressant.

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