Chère Laurette, tome 2: À l'écoute du temps

L'ouvrage:
1952. Suite de la vie de la famille Morin.

Critique:
Je pense avoir préféré ce tome à «Des rêves plein la tête», que j'ai beaucoup aimé. Je reprochais au tome 1 de trop s'étaler dans le temps. Le tome 2 est aussi épais et se déroule sur un an, ce que j'ai beaucoup apprécié. L'ambiance est toujours la même. Le roman est toujours porté par des dialogues savoureux et des situations souvent cocasses. L'auteur prend le temps de dépeindre les conditions de vie de ses personnages. La famille Morin est dans le même appartement depuis vingt ans, et n'a pas beaucoup d'argent. Cela fait que les personnages font de leur mieux. D'1n autre côté, la soeur de Gérard (Colombe) et son mari ont davantage d'argent, et pas d'enfants. Ils n'hésitent pas à étaler leurs richesses devant Gérard et Laurette. De ce fait, Laurette oscille entre honte de sa condition et envie de celle de sa belle-soeur. Cela se comprend.

Parfois, une situation engendrée par la pauvreté de la famille est source de rire. Par exemple, personne ne va chez le dentiste, car c'est bien trop cher. À un moment, Gilles doit se faire arracher plusieurs dents. Il est effaré de ces «trous» à la place de ses dents. C'est alors que Richard, goguenard, lui dit qu'il pourra toujours emprunter le dentier de Gérard pour séduire les filles.

Ce tome se déroule «tranquillement», et est rythmé par le quotidien de la famille (l'école, les premières amours, les disputes entre frères et soeurs). Cela m'a beaucoup plu, car c'est raconté d'une plume alerte et réaliste. En outre, l'intérêt est relancé par une facétie du destin: Gérard et Laurette vont devoir héberger Lucie (la mère de Gérard) pendant presque trois semaines. Cela n'ira pas sans heurts. Certaines scènes sont (comme je m'y attendais) amusantes, mais j'ai surtout retenu le fait que la famille fait beaucoup de concessions, et que si Lucie les voit et semble les prendre en compte, elle ne peut s'empêcher d'être blessante. Par exemple, elle affirme qu'une demoiselle doit savoir jouer du piano, alors qu'il est évident (même pour quelqu'un qui n'est pas très futé) qu'il serait impossible à Gérard et Laurette de faire ce genre de dépenses. En outre, l'auteur souligne que Lucie ne s'est jamais montrée très aimante et généreuse avec ses petits-enfants, à l'inverse des parents de Laurette.
Enfin, Lucie ne peut s'empêcher de faire enrager sa belle-fille. Elle a d'ailleurs raison sur certains points, mais elle prodigue ses conseils de telle manière que n'importe qui s'en offusquerait. L'un d'eux porte sur le poids de notre héroïne. Ce sujet suscitera tour à tour le rire et l'exaspération du lecteur.

Ce tome permet aussi de mieux connaître les cinq enfants de Gérard et Laurette. Personnellement, je n'aime pas Jean-Louis, dont le caractère égoïste a sûrement été accentué par la préférence marquée de sa mère à son égard... préférence qui est assez casse-pieds. J'aime beaucoup Gilles et Richard. On remarquera que si Richard est le plus pénible, il semble aussi être celui ayant le plus grand coeur.
Denise est parfois un peu godiche avec son maquillage et ses romans-photos.

La fin est un tournant. Laurette va devoir réorganiser sa façon de vivre. Sachant que malgré ses défauts (dont son très mauvais caractère), elle est courageuse, il était évident qu'elle ferait ce qu'il faudrait pour s'en sortir. Il sera intéressant de voir les conséquences de ce tournant dans le tome 3.

Remarque annexe:
Je n'ai lu aucune autre saga de Michel David, mais j'ai lu les résumés des tomes 1 de ses autres séries. Il semblerait que les Morin rencontrent les personnages d'au moins une autre série. J'aime bien que les écrivains fassent cela.

Éditeur: Hurtubise.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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