chat sauvage en chute libre

L'ouvrage:
Australie.
Le narrateur est un jeune sangs mêlés de dix-neuf ans. Au début du roman, il sort de prison. C'est alors qu'il nous raconte son histoire.

Critique:
Ce livre est à lire, ne serait-ce que parce que le personnage principal (qui ne donne jamais son nom) suscite tout un tas de sentiments complexes et contradictoires chez le lecteur. On éprouve à la fois de la compassion et de la colère à l'égard de ce personnage dont la plainte lancinante est rythmée par des morceaux de musique tout aussi désespérés.

D'abord, il est broyé par la vie, par de mauvais choix (de sa part et de celle de sa mère), et surtout parce qu'il est un sangs mêlés en Australie dans les années 60. Le passé de l'Australie, les méfaits des colons, ce qu'impliquent ses origines... Il est le mariage impossible d'un blanc et d'une aborigène. Il est une preuve vivante de la spoliation des aborigènes par les colons. Il ne pourra que susciter le dégoût des uns et des autres. Il semble perdu, rejeté de toutes parts... à tel point qu'il finit par se sentir bien en prison où il a des repères...

On sent que l'aide que tente de lui apporter la société est si maladroite (c'est du moins ainsi qu'il semble la ressentir), qu'il la voit, au mieux comme quelque chose d'hypocrite et d'inadapté à sa situation, au pire comme une agression. C'est cristallisé dans la scène où il parle à l'étudiante «pro-aborigènes». Les propos de la jeune fille sont retranscrits de manière à ce que le lecteur s'en moque. Elle semble ne pas vraiment savoir argumenter ses propos, si ce n'est en utilisant des adjectifs trop forts qui sonnent faux.

D'autre part, le lecteur ne peut s'empêcher de se demander pourquoi. Pourquoi le jeune garçon n'a-t-il pas saisi toutes les occasions qui lui ont été présentées de s'insérer dans la société? Pourquoi n'a-t-il pas saisi les planches de salut, comme le travail qu'on lui a trouvé, ou même, le groupe d'étudiants qui l'accepte. Lorsque June discute avec lui, et lui démontre qu'il a fait quelque chose de sa vie, pourquoi s'englue-t-il dans un refus têtu d'avancer? Pourquoi présente-t-il une éternelle complainte d'écorché vif sans tenter de s'en sortir?
Lorsqu'il tourne l'étudiante «pro-aborigène» en dérision, pourquoi n'essaie-t-il pas de creuser? En effet, la jeune fille s'exprime maladroitement, mais elle a raison sur le fond, et c'est d'ailleurs de là que vient tout le problème.

Il est blasé, mais espère; il ne veut pas d'aide, mais en cherche désespérément; il se plaint que rien n'est là pour l'aider, mais il attend que tout lui tombe du ciel. Ses contradictions sont cristallisées dans la scène où il rencontre son oncle, et où celui-ci lui offre de l'argent.
Lorsqu'il évoque ses premières années, il rêve d'être riche pour racheter son enfance pauvre de garçonnet rejeté. Pourquoi, par fierté, n'a-t-il pas tout fait pour s'en sortir à la force du poignet (surtout qu'il avait des capacités), afin de pouvoir narguer avec morgue ses anciens détracteurs? Cela aurait été une belle victoire, une belle revanche sur la vie, sur ceux qui l'ont exclu.
Pourquoi, à neuf ans, commet-il un acte qu'il sait répréhensible, et passible d'une lourde peine? Parce qu'il souffre, parce que sa mère souffre; mais parce qu'il ne peut s'en empêcher, même en sachant que cela ne lui attirera que des ennuis.

Ce roman est oppressant, car il semble clairement dire que si on met le doigt dans l'engrenage, on n'en sortira pas. L'auteur nous jette le désespoir d'une génération à la figure, et nous assure qu'on ne peut rien y changer. Il compare le narrateur à sa mère et son oncle. Eux ont une vie bien rangée, mais sont très pauvres, et pas vraiment heureux. Il semble qu'il n'y ait pas d'issue. Quoi qu'on fasse, on ne sera pas heureux. Et bien sûr, le mal vient de la colonisation...
Je n'ai pas aimé cet aspect qui n'admet pas l'espoir. Pourtant, c'est un beau roman qui décrit sans complaisance ni mièvrerie, et peut-être avec un peu trop de cynisme, les errances du jeune narrateur. Ce labyrinthe de pensées et de sentiments complexes est représenté par la manière dont est construit le roman: entremêlant présent et passé.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Asphalte dans le cadre d'un partenariat proposé par Blog-O-Book.

Acheter « chat sauvage en chute libre » sur Amazon