Chapardeuse

L'ouvrage:
Lucy Hull est bibliothécaire. Elle travaille au rayon pour la jeunesse. Elle conseille les enfants, leur lit des passages de livres à voix haute... Un jour, la mère de l'un d'eux, Ian Drake, vient la voir pour lui donner une liste de sujets qui ne doivent pas figurer dans les lectures de son fils. Peu après, Lucy apprend que l'enfant est sous la tutelle d'un pasteur... Un concours de circonstances fait que la bibliothécaire se retrouve sur les routes avec Ian.

Critique:
Ce roman est inégal. C'est vraiment dommage, car certaines choses sont de très bonnes trouvailles. Par exemple, Lucy est un personnage attachant. Elle est révoltée par la manière dont les parents de Ian agissent envers le garçonnet. D'autre part, beaucoup de passages mélangent habilement drôlerie et gravité. Toutes les horreurs que pense l'héroïne quant au pasteur sont amusantes (on sait très bien qu'elle ne fera jamais rien de ce genre contre lui), mais graves aussi parce qu'elles montrent son impuissance à donner la liberté de penser à un enfant.
La narratrice fait souvent des réflexions très justes sur la vie, sur la façon d'agir des gens... En outre, je partage son avis: les livres peuvent nous sauver. Leur diversité ouvre l'esprit. Ils forgent l'opinion, montrent un éventail de façons de penser... Et puis, notre héroïne fait beaucoup d'allusions à différents livres.

Le père de Lucy est un personnage haut en couleur. Il est comique, souvent sans le vouloir, mais cache une blessure que sa fille découvre peu à peu, avec incrédulité et compassion. Tim aussi est hors du commun. C'est justement son originalité et son ouverture d'esprit qui font que la narratrice s'adresse à lui, à la fin.

D'un autre côté, j'ai trouvé que Rebecca Makkai traînait beaucoup. Je me suis souvent ennuyée lors du périple de nos deux fugitifs. Par exemple, lorsqu'ils vont à l'église, la scène se veut cocasse, mais l'auteur en faisait trop. En outre, Lucy a beau expliquer son état d'esprit quand cela a commencé, il est étrange qu'elle n'ait pas envisagé les ennuis qui découleraient de cette fuite. Bien sûr, c'est expliqué, et c'est compréhensible, mais cela ne m'a pas vraiment convaincue.
Le quiproquo entre notre héroïne et la mère de Ian se révèle finalement utile, mais la chose m'a paru un peu bancale. En effet, la mère aurait dû elle-même aller à la bibliothèque après la disparition de son fils. On me rétorquera que son manque d'implication est logique, il va avec sa fermeture d'esprit et son égoïsme. Peut-être, mais j'aurais plutôt vu ce genre de femmes se mêler de tout.
Ce qui est fait autour de la grand-mère de Ian est comme une espèce d'énigme, mais là aussi, j'ai été agacée. J'ai trouvé cela gros et lent.
La recherche du village aussi m'a paru lente. Je ne voyais pas l'intérêt. Cela me paraissait surjoué de la part de Ian. De plus, la jeune femme et son petit protégé ne se disent pas le plus important. Bien sûr, tout est sous-entendu, et certaines choses sont à moitié dites à travers des conversations sur des livres. Cependant, j'aurais préféré que tout soit mis à plat.
Enfin, j'aurais aimé une fin plus tranchée, où on aurait su, et où on n'aurait pas eu à se contenter de l'imagination de la narratrice qui se raccroche à ce qu'elle voudrait qui arrive. On me dira que c'est impossible puisque la jeune femme écrit alors que Ian n'a pas dix-huit ans. Il suffisait que l'auteur situe son récit un peu plus tard.

Il y a des échos de «Lolita», comme si Rebecca Makkai avait voulu faire un «Lolita» léger, dénué du motif premier d'Humbert. La plus évidente des ressemblances est le périple sans but précis dans lequel Lucy et Ian s'embarquent. La jeune femme demande au petit garçon de décider où ils iront, tout comme Lo décide de la route, du moins, lors du second voyage. Lucy elle-même dit que si elle était un personnage et devait se placer par ordre alphabétique parmi d'autres, elle serait juste avant Humbert. Nos deux voyageurs sont suivis par une étrange voiture...

Éditeur français: Gallimard
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emily Bauer pour les éditions Highbridge Audio.
La lectrice a une voix agréable. Son intonation est toujours appropriée. Elle a su se fondre dans le style de Rebecca Makkai. En outre, lorsqu'elle joue le père de Lucy et Léo, elle prend un accent russe. En général, les lecteurs exagèrent lorsqu'ils font cela, ce qui m'agace. Ce n'est pas le cas ici. Bien sûr, je n'aurais pas supporté qu'elle prenne un accent sur tout le livre, mais sa façon de faire est plus discrète et bien moins pénible que chez d'autres.

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