Changer l'eau des fleurs

L'ouvrage:
Violette est garde-cimetière depuis vingt ans. Ce jour-là, Julien Seul vient repérer l'endroit où sa mère, Irène, souhaite que ces cendres reposent. C'est sur la tombe d'un certain Gabriel Prudent. Julien est très étonné, car il ne connaît pas ce monsieur. En outre, pourquoi sa mère ne souhaite-t-elle pas reposer auprès de celui qui fut son mari? Les choses pourraient s'arrêter là, mais outre que Julien va trouver un élément qui lui permettra de tout comprendre, il désire revoir Violette...

Critique:
Il y a déjà eu une édition audio de ce roman. Je ne m'y suis pas attardée à l'époque de sa sortie, parce que je trouvais qu'on parlait trop de Valérie Perrin. Ayant apprécié «Trois», je me suis dit qu'il faudrait que je me penche sur les autres romans de l'autrice, et Audiolib a sorti cette version avant que je mette mon plan à exécution. Je dois dire que j'ai été soulagée de n'avoir pas lu la première version avant, car Françoise Cadol est, à mes oreilles, une excellente comédienne. Je ne sais pas quelle était la qualité de la prestation de Marine Royer, qui a enregistré la première version audio du livre pour Audible, mais il est peu de comédiennes qui surpasseraient Françoise Cadol. je n'ai donc pas hésité longtemps à tenter ce roman, sachant qui l'avait enregistré. Il m'a plu, même si, en bonne pinailleuse, j'ai quelques petits reproches à lui adresser.

Violette raconte son histoire au lecteur. C'est un personnage lumineux. Elle n'a pas toujours eu de chance, elle a touché le fond, elle a trop donné à quelqu'un qui ne le méritait pas, elle est celle à qui beaucoup s'identifieront. Elle est pleine d'attentions, et heureusement, elle a pu trouver des mains secourables quand elle en avait le plus besoin.

Mêlées à l'histoire de Violette, il y a celles d'autres personnages. Celle d'Irène est sûrement celle que j'ai le moins aimée, car pour moi, d'une manière générale, les coups de foudre sont irrecevables tant ils sont invraisemblables et niais. D'ailleurs, Gabriel revit son histoire avec Irène à travers un film que j'ai détesté. De plus, au cas où ce ne serait pas assez, la romancière ajoute de l'invraisemblance: au moment où Gabriel et Irène pourraient se retrouver, elle invoque une raison peu crédible pour que cela n'arrive pas.

Le roman est traversé par une énigme. J'en ai voulu à l'autrice de ne nous en donner la solution que vers la fin, mais elle pourrait me rétorquer que Violette, elle, a attendu vingt ans. Quant à la solution de cette énigme, je n'y aurais pas pensé. Elle ne souffre d'aucune incohérence. J'ai quand même cru, avant que les personnages racontent comment cela s'était passé, qu'ils l'avaient fait exprès. Certes, ce ne sont pas d'aimables protagonistes, mais je les ai rapidement faits plus noirs qu'ils (surtout l'un) ne l'étaient. J'avais même une idée de ce qu'aurait pu être leur mobile. Pour moi, ils n'ont pas assez souffert, même s'ils sont moins horribles que ce que je suis allée jusqu'à imaginer.

Entre deux tranches de récit bouleversant, Violette nous fait rire en évoquant le petit monde qui gravite autour d'elle. J'imagine un film tiré de ce roman où on verrait Gaston parvenir à se blesser avec un bol en plastique, où on entendrait Elvis chanter en yaourt, où on assisterait aux fous rires du père Cédric à l'écoute d'un récit de Nono... Cette ambiance bon enfant, fraternelle, chaleureuse, Valérie Perrin la décrit très bien.

L'autrice tente de convaincre le lecteur que Philippe (que Violette appelle toujours par ses prénom et nom, comme si elle mettait, par ce biais, une distance entre eux) n'est pas aussi affreux que le montrent ses actes. Cependant, je ne lui ai rien pardonné. Certes, il a souffert, mais il a fait souffrir en sachant très bien ce qu'il faisait, et quand il aurait pu apporter une réponse, il a refusé. Il s'est traité de tous les noms, et a pleurniché qu'il ne pouvait plus supporter celui qu'il était avant... Il ne pouvait même pas le supporter le temps de faire une bonne action. Et la seule fois où il a à nouveau endossé sa peau, c'est pour menacer. S'il n'y avait pas eu une personne plus aimable, plus posée, plus altruiste que lui, Violette n'aurait jamais su. Surtout qu'à la fin, il aurait dû être heureux de donner à Violette ce qu'elle demandait.

Chaque chapitre commence par une citation. Je n'aime pas trop cela, même si ce sont de jolies phrases pleines de sensibilité et de raison. Au détour de certains chapitres, on trouve d'autres phrases exprimant très bien certains côtés de la vie, notamment lorsque Violette évoque Léonine.

Remarque annexe:
Le titre du roman m'a remis en tête la chanson «Canoë rose», de Viktor Lazlo... ;-)

Service presse des éditions Audiolib par l'intermédiaire de la plateforme de lecture NetGalley.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Cadol.

Comme je m'y attendais, la prestation de Françoise Cadol est irréprochable. Avec justesse, finesse, sensibilité, avec sa diction soignée, et sa voix douce, elle donne vie aux personnages, elle retranscrit parfaitement l'ambiance de chaque chapitre, elle ignore le cabotinage et l'excès de sobriété. De plus, je tiens à souligner qu'elle maîtrise les règles de prononciation du «e» muet en poésie. En effet, certains débuts de chapitres sont en vers, et elle les interprète sans failles. Et là encore, elle ne tombe ni dans la préciosité ni dans le larmoiement. Son jeu reste naturel. À un moment, Violette évoque «La trilogie marseillaise», et partage une ou deux répliques avec le lecteur. Le jeu de la comédienne reste naturel: on n'a pas l'impression qu'elle joue.
Je terminerai en disant que j'ai l'impression que la voix de cette comédienne n'a pas changé depuis le doublage de la série «Jamais deux sans trois», en 1990-1991, série que je dois être presque la seule à connaître, et à avoir regardé... C'est malheureusement souvent le cas des séries que j'apprécie. ;-)

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