Ceux qui dorment en ces murs

L'ouvrage:
Sao Carmino est une belle ville. Ses habitants ne s'en rendent pas compte. Ils ne la respectent pas. Il faut les punir. Le maître d'école s'en chargera. Si, après un avertissement, ils ne comprennent pas, il faudra les empêcher de nuire à jamais.

David, douze ans, est un habitant de Sao Carmino. Comme ses congénères, il connaît la légende du maître d'école. Il ne peut s'empêcher de l'associer aux mystérieux meurtres commis tous les 30 ou 31 du mois. Il est le neveu d'Abaca, qu'on appelle la sorcière, car elle connaît les plantes, et se dit enceinte d'un démon. David n'est pas à sa place, ici. Avant, il vivait dans l'aisance, à Rio. Son seul ami est Buzo, un apprenti-voyou au coeur tendre qui rêve de se frotter aux frères Zotès...

Critique:
C'est un thriller écrit par Brussolo, donc ça reste bon, mais il semble que l'auteur ait mélangé des ingrédients empruntés au hasard de ses autres romans. C'est une des raisons pour laquelle la sauce ne prend pas vraiment. Les frères Zotès sont un écho des frère Zoltan dans «La route obscure». L'expédition à laquelle est mêlé David, bien malgré lui, rappelle celle d'Anouna dans «Le labyrinthe de Pharaon». La recherche du cercueil rappelle le fol assemblage de morceaux de papier mural pour retrouver l'image d'une maison dans «Le sourire noir».
Cela fait longtemps que je n'ai pas lu de romans de Brussolo, que je ne me suis pas immergée dans son univers: je dois donc oublier un tas d'autres références à ses autres romans. Cela fait que des habitués de Brussolo vont facilement déchiffrer la mécanique du livre, et sauront où il va, ce qui fait qu'on devine pas mal de choses.
Dès que l'expédition est décidée, on sait que certains seront tués. On se doute même de la façon dont finira le trésor, ce qui, entre parenthèses, rappelle un peu la façon dont Rex se joue d'Antonia dans «La maison des murmures». Ce n'est pas la même chose, mais le même genre de chute après une quête avide et effrénée.
Cela fait que le suspense n'est pas vraiment au rendez-vous.

En général, les héros de Brussolo sont assez mous, et souvent soutenus ou poussés par des comparses plus audacieux et plus téméraires qu'eux. C'est une caractéristique des héros brussoliens. Seulement, David est encore plus mou que les héros habituels. Ils nous sont souvent sympathiques, et David l'est en quelque sorte, mais il n'est pas assez creusé. Il semble avoir été brossés à très grands traits, et ne pas avoir beaucoup de consistance.
Par ailleurs, lorsque les personnages principaux de Brussolo se lancent dans une quête, ils ont quelque chose à y gagner, ils ont un but, ce qui est logique. Ici, David n'est qu'un pion, il ne sert à rien ni à personne, sauf à aider Buzo après que celui-ci a remonté le cercueil. Bien sûr, c'est à David que s'adresse Seeburn pour pouvoir partir à la recherche du trésor, mais à part ça, David a l'air d'être un poids mort ballotté, et de ne pas trop réfléchir.
Il nous est tout de même un peu sympathique, car à l'instar des héros brussoliens, c'est quelqu'un de droit.

On retrouve le thème de la folie, cher à Brussolo. Mais il est moins bien exploité que dans des romans comme «Les enfants du crépuscule» ou «Le carnaval de fer». Dans ces romans, on va au bout de son obsession, on la concrétise. Ici, la folie pousse seulement deux personnes à tuer: l'un pour sauver la ville, l'autre parce qu'il se croit défié par tout ce qui passe.

On retrouve également le thème de la superstition qui ôte tout esprit critique, et pousse les gens à agir de manière inconsidérée. Le thème est très bien exploité, et poussé à l'extrême, comme sait si bien le faire Serge Brussolo.

Le livre est lent à démarrer, il traîne, surtout au début. On peut le prendre en cours, et on comprendra l'intrigue. La preuve en est que mon mari l'a lu à partir du chapitre 13, et il a compris l'histoire.

Comme à son habitude, Brussolo use d'un langage très cru, d'images choquantes, souvent sexuelles. Si cela ne plaît pas, on s'y habitue, car les idées et la façon dont elles sont exploitées sont fascinantes. Ici, cela m'a gênée, soit parce qu'il a forcé le trait, soit parce que les idées n'ont pas contrebalancé ce style, soit les deux.

Éditeur: Plon.
Les douze premiers chapitres de la version audio que j'ai entendue ont été enregistrés par Sophie Bourderon, et la suite par mon mari.

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