Cet instant-là

Note: Au cours de ma chronique, je dévoile certaines choses. Néanmoins, comme ce que je dis est vite révélé par l'auteur, je ne pense pas trahir le futur lecteur de ce roman.

L'ouvrage:Thomas Nesbitt a la cinquantaine. Il a passé sa vie à voyager, à écrire sur les pays qu'il a visités et leurs habitants. Son mariage s'est lentement désagrégé: il vient de recevoir les papiers du divorce. Alors qu'il se remet du choc, il reçoit un paquet d'Allemagne. Il renferme le journal de Petra Dussmann, qu'il a connue, il y a vingt-cinq ans, à Berlin. Thomas va se replonger dans son passé.

Critique:
La première chose qui m'a frappée, c'est que ce livre présente beaucoup de similitudes avec «La poursuite du bonheur». Ce n'est pas forcément une mauvaise chose. En effet, les événements et les ficelles ne sont pas les mêmes. C'est plutôt l'ambiance... Et bien sûr, on retrouve un certain cheminement. Par exemple, la structure est la même. Il y a aussi un pan de l'histoire pas forcément exploité dans d'autres romans. En tout cas, en ce qui concerne «Cet instant-là», je ne savais pas vraiment comment les choses se déroulaient, à Berlin, pendant la guerre froide. Le roman m'en a appris plus sur ce plan-là. En outre, à l'heure où les écrivains se montrent trop prolifiques concernant la deuxième guerre mondiale, il est bon de lire un roman qui aborde un autre thème. C'est proche, mais c'est autre chose.
Tout comme dans «La poursuite du bonheur», l'auteur aborde des thèmes qui, d'ordinaire, me rebutent: espionnage, agents doubles, services secrets, etc. Tout comme dans le roman sus-cité, j'ai été happée par l'intrigue et même par la façon dont ces thèmes sont abordés: de manière juste, intelligente, implacable, réaliste.

Comme dans «La poursuite du bonheur», les vies des protagonistes se retrouvent dirigées par l'histoire. Si certaines choses sont arrivées, c'est à cause du contexte historique. Bien sûr, c'est aussi parce que Thomas et Petra tout comme Jack et Sarah), n'ont pas toujours fait ce qu'il aurait fallu, mais ils n'ont été que des pantins entre les mains des puissants, comme on le leur dit, et comme ils le remarquent eux-mêmes.

Le romancier amène un peu plus finement le coup de foudre que d'autres auteurs. J'ai même fini par l'accepter (comme celui de Jack et Sarah). Cependant, je trouve cette ficelle trop facile, surtout pour un auteur comme Douglas Kennedy. Comme c'est lui, il parvient à ne pas rendre cela trop invraisemblable, mais c'est quand même dérangeant.

Pour poursuivre ma comparaison, si j'en voulais à Sarah de son intransigeance, de sa quasi-froideur, ici, les choses sont plus nuancées. Je sais que je n'aurais pas réagi comme le personnage qui, blessé, a tout saccagé, mais on peut comprendre qu'il ait été aveuglé par la douleur. De plus, la faute est partagée, même si une grande partie revient plutôt à l'un qu'à l'autre. Quand on n'est pas sûr de soi, qu'on a été meurtri par la vie, que quelqu'un s'applique à démolir nos certitudes avec une belle assurance, il est logique qu'on fasse des bêtises.
Je serais plus encline à blâmer les deux protagonistes pour ce qui s'est passé après... ou pour ce gui ne s'est pas passé. Ils s'en blâment tous les deux, et pourtant, ne font rien pour améliorer les choses... Trop de blessures, trop de souffrance... Justement, ils auraient peut-être pu faire quelque chose.

Il est un peu dommage que le roman soit structuré ainsi, car dès le départ, on sait que quelque chose a empêché Thomas de vivre avec celle qu'il aimait. Une autre structure aurait créé un peu de suspense. D'ailleurs, j'en ai un peu assez des romans où on vous annonce dès le début que ça s'est mal terminé. Et puis, pourquoi est-ce obligé de mal se terminer? En changeant de structure, l'auteur aurait quand même pu écrire un très beau livre, et lui faire une fin plus heureuse. On m'objectera qu'il n'y aurait pas d'histoire si ça se passait toujours bien. C'était peut-être le cas dans «La poursuite du bonheur», ou du moins, il aurait été difficile de modifier l'histoire, mais ici, c'était possible. Le livre aurait gardé sa force et sa beauté. Une histoire un peu moins désespérée ne l'aurait pas desservi.

J'aime beaucoup Alastair Fitsimon-Ross. Personnage blessé par la vie, cachant un grand coeur sous des dehors acariâtres, ayant souvent le mot pour rire (même si cela se teinte d'amertume)... Il semble à bout de ressources, blasé, et pourtant, il se montre extrêmement fort moralement, à l'instar de Petra. C'est un sage.

Plusieurs fois, pendant son expérience berlinoise, Thomas commente ce qu'il voit de manière presque détachée, voyant tout à travers le prisme de l'écrivain qui veut rendre compte de ce qu'il a vu. Cela fait parfois un peu froid, mais je suis sûre que les écrivains et les journalistes pensent ainsi.
Dans le même ordre d'idée, il est beaucoup fait allusion au premier livre de Thomas. Ce livre relate son expérience égyptienne. Je me demande si ce livre ne serait pas, en fait, «Au-delà des pyramides», que Douglas Kennedy a écrit, et que je n'ai pas lu... Comme c'est un récit de voyage, j'ai peur de le trouver moins à mon goût. Si je le lis un jour, il faudra que je reprenne «Cet instant-là» pour voir si les remarques faites pourraient s'appliquer à ce récit de voyage.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Résimont et Marcha Van Boven. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.

Comme d'habitude, Philippe Résimont a su interpréter ce roman, alliant sensibilité, sobriété, subtilité... Il a su modifier sa voix pour certains personnages de façon intelligente. D'ailleurs, la voix qu'il prend pour Alastair apporte un plus au personnage. Je l'imaginais tout à fait avec ce genre de voix, l'interprétation du comédien n'a fait que renforcer cela, en donnant davantage corps au personnage.
Je n'ai fait que peu d'allemand, mais je ne suis pas sûre que son accent soit toujours juste. Néanmoins, ce n'est pas désagréable.

Marcha Van Boven a une voix agréable, et sa lecture est fluide. Son jeu m'a plu. Elle aussi a su interpréter sans surjouer. J'espère qu'elle enregistrera d'autres romans.

Il y a de la musique au début de chaque chapitre. C'est raisonnable, mais je l'ai trouvée bien trop longue à chaque fois.

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