L'ouvrage:
Valentine est mariée depuis seize ans, elle a un fils (Nathan) de six ans. Ce jour-là, dans le hall de son immeuble, elle croise Susette (la soixantaine) qui, comprend-elle, emménage juste en face de chez elle. Cette rencontre est un tournant dans la vie de la jeune femme.

Critique:
J'avais un peu peur de lire ce roman, car il y a quelques années, j'ai abandonné «En ton âme et conscience» que je trouvais mièvre. Le résumé de «Celle que je suis» m'a attirée, et j'ai décidé d'essayer. Certains lecteurs tatillons diront peut-être qu'il y a un peu de mièvrerie, mais il ne m'a pas semblé, ou du moins, elle ne m'a pas été insupportable. Il y a bien un cliché (celui dont la mère de Vincent est l'instigatrice) mais je l'ai pardonné à l'autrice parce qu'il lui fallait bien un moyen d'en arriver où elle le souhaitait, et parce que ce n'est qu'une toute petite partie du roman. Certes, cela change toute la vie de Valentine...
Quant à l'autre chose qui pourrait paraître grosse, la romancière a bien joué, car elle a trouvé le moyen pour que ce soit crédible, et même logique.

La romancière s'attaque, dans cet ouvrage, à un sujet important: la maltraitance conjugale. Elle explore le thème sous toutes ses coutures. Bien sûr, elle évoque la réaction des gens lambda. Je ne savais pas que certains pensaient que si une personne maltraitée par son conjoint restait avec lui, c'était parce qu'elle aimait cela. Cela m'a choquée. Quant à moi, je fais partie de ceux qui pensent que la personne doit trouver le courage de fuir. Je sais également que ce n'est pas simple. Valentine expose tout ce qui fait qu'elle ne peut s'y résoudre, et même si j'ai eu envie de lui crier: «Va-t'en! Tu vas y arriver!», je comprenais très bien qu'elle n'y parvienne pas. Depuis longtemps, je partage l'opinion de Claire Norton quant au fait qu'il n'y a pas de profils de personnes «maltraitables». Je pense, comme l'autrice, que nous le sommes tous potentiellement, et que certains tombent malheureusement sur celui ou celle qui sait trouver la faille. Par exemple, une personne qui entend, çà et là, de petites phrases dépréciatrices de la part de son conjoint, finira par les croire, même un peu...
Claire Norton dit aussi à son lecteur que peut-être, sans le savoir, il côtoie des personnes maltraitées. J'espère que si je me rendais compte que j'en côtoie une, je tenterais de l'aider. Je dis «j'espère» car je pense qu'on ne peut savoir comment on réagirait dans ce genre de situations tant qu'on n'y a pas été confronté.

L'écrivain aborde une question que je commente toujours quand je la trouve dans les romans, celle du pardon. J'ai apprécié qu'elle fasse dire différentes choses à ses personnages à ce sujet. On trouve bien sûr l'idée que le pardon libère, mais Valentine la nuance. Puis Claire Norton elle-même la nuance. En effet, au départ, je comprenais tout à fait Valentine qui ne pouvait pardonner à une personne. Puis les circonstances de ce qu'a fait cette personne sont expliquées tant à Valentine qu'au lecteur, et cela change la donne. D'un autre côté, Valentine explique, à très juste titre, que le fait d'avoir pardonné un acte impardonnable fait qu'à présent, elle ne fait plus grand cas de la libération morale qu'engendre le pardon. Quant à ce sujet précis, nous ne pouvons qu'abonder dans son sens. J'ai donc aimé qu'à l'inverse d'autres romanciers prônant le pardon à tout-va, l'autrice nuance son propos.

Étant une horrible bonne femme, je ne peux m'empêcher de pointer du doigt des erreurs de syntaxe. D'abord, il y a celle que je ne laisse jamais passer: on pardonne quelque chose à quelqu'un, on ne pardonne pas quelqu'un. Ensuite, il y a une phrase qu'à mon avis, personne (entre l'autrice et le (ou les) correcteur(s) n'a relue attentivement. Elle est au chapitre 22: «Cette nuit-là encore, Valentine refit le même cauchemar de la nuit précédente.» Phrase pléonasme... ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sophie Frison pour les éditions Lizzie.
Sophie Frison fait partie des comédiens que je retrouve avec plaisir. Ici, elle a joué toute une palette de sentiments et de nuances sans difficultés apparentes. Par exemple, des répliques légèrement sarcastiques, d'autres pleines de colère, d'autres souriantes, d'autres désespérées... La comédienne a rendu tout cela sans excès.