Car voici que le jour vient

L'ouvrage:
Gilles Bayonne est à nouveau face à une enquête. Un prêtre a été assassiné... il a été dévoré vif par des rats. En outre, on ne sait pas comment le meurtrier a pu pénétrer dans l'église.

Critique:
J'ai préféré cette seconde enquête. D'abord, j'ai trouvé le début du roman moins lent que celui de «Un chien du diable». De plus, si l'énigme est «classique», les thèmes abordés sont toujours actuels... malheureusement. Quant au déroulement de l'énigme, l'auteur a utilisé des ficelles connues. Cependant, elles ne sont pas trop grosses, parce qu'elle a su creuser ses personnages. Cela fait la différence. Comme dans le tome 1, le lecteur méprisera les victimes (car le prêtre n'est pas la seule) dont Gilles devra élucider la mort. Ils sont l'exemple parfait de la bêtise, et de la noirceur dont est capable l'âme humaine. J'ai beau avoir lu beaucoup de romans décrivant cette btise, je n'ai pas pu lire leurs actes sans dégoût. Comment ne pas approuver leur bourreau? Je les aurais même fait davantage souffrir... cela aurait été difficile. Il était tout de même inutile que le «bourreau» sacrifiât des gens innocents. Il explique ses raisons, mais je trouve que l'auteur aurait pu agencer son histoire de telle façon que seules les monstres auraient été punis. Elle fait sûrement cela pour montrer que le «meurtrier» souffre tellement, est si aveuglé par son besoin de vengeance, qu'il N'a pu agir autrement, tout en sachant (car il le dit lui-même) que c'était «mal».
Quant à l'identité du coupable, je ne l'ai pas devinée, même si j'aurais dû m'en douter. Là encore, la ficelle est classique, mais l'auteur a su la faire passer.

La fin, à travers les réactions de Pique-Lune, est une bonne illustration de ce qu'est la vie. L'auteur résume bien cela. D'une manière générale, elle parsème son récit de phrases sur la vie, les hommes, les choses... phrases pertinentes, percutantes, d'autres très poétiques...je regrette de ne pas les avoir notées. L'auteur a un style riche, savoureux, tour à tour poétique et plein de verve.

J'ai aimé le passage où Gilles et Pique-Lune discutent avec le «renifleux». Celui-ci leur indique qu'il n'a pas besoin de ses yeux pour deviner beaucoup de choses. L'auteur montre intelligemment cette autre façon de «voir», et rappelle à son lecteur que la vue n'est pas le seul sens dont il dispose.

D'un autre côté, j'ai été ravie de retrouver les personnages. Ils m'ont paru davantage fouillés que dans le tome 1. Il est intéressant de voir que Gilles et Pique-Lune se ressemblent beaucoup! Tous deux ne supportent pas l'injustice, et acceptent mal d'être assujettis, ou de devoir agir d'une certaine manière vis-à-vis de quelqu'un qui a davantage de pouvoir, et qui en abuse.
Tous deux se respectent, chacun sait qu'il a à apprendre de l'autre et de la vie. On ressent très bien leur tendre complicité.
Tout comme dans le tome 1, Gilles s'illustre dans une scène opposant un marchand à un enfant. La scène fait écho à celle du tome 1, mais cela ne m'a pas ennuyée. Elle a été, une fois de plus, l'occasion pour l'auteur de montrer à la fois comment se passaient certaines choses, et le caractère sage, emporté, et épris de justice de Gilles.

Le personnage de Joséphine est sympathique. Drôle et tendre, elle fleure bon la paix, la générosité, la simplicité, la bonne cuisine, l'amour bourru mais indéfectible. On a envie d'être houspillé par elle.

L'auteur insère des scènes cocasses dans son intrigue. Outre la présence toujours signe de rire de Joséphine, il y a la lubie de Clotilde, la soeur de Gilles. J'aime beaucoup la manière dont le jeune homme l'en guérit... Après tout, c'était une bonne façon d'éprouver la foi de la jeune fille.
N'oublions pas le passage où Pique-Lune, terrassé par sa rage de dents, se retrouve à la merci du chirurgien-barbier, et tremble d'effroi, alors qu'il n'hésite pas à braver des dangers autrement plus périlleux.

On trouve également une pincée d'aventure, surtout avec ce qui arrive à Pique-Lune. Le jeune garçon va toujours se fourrer dans les ennuis, et s'en sort souvent de manière rocambolesque. Débrouillard, alerte, primesautier, ayant une faconde à toute épreuve, ce nouveau Gavroche m'a ravie.

Éditeur: Denoël.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuelle Lemée pour le service Lecture Sonore de l'Unadev
La lectrice joue sans trop en faire. Son interprétation est vivante, mais elle ne force pas le trait. Parfois, sa lecture est quelque peu saccadée, et on se rend compte que son ton (pour certaines phrases) n'est pas approprié. Ce n'est qu'un désagrément mineur.

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