Borderline

L'ouvrage:
Vincent vit avec sa fille, Gemma, dans les collines d'un village australien. Un jour, en rentrant chez lui, il découvre une femme en état de choc, serrant un bébé contre elle. Il ne sait pas que sa vie vient de prendre un tournant.

Critique:
Ce roman m'a globalement plu. L'ambiance est oppressante. On découvre des personnages blessés, qui se cherchent, qui ont du mal à communiquer, et qui, pourtant, semblent deviner certaines choses. La femme que Vincent aide au départ, par exemple, paraît sentir (alors qu'elle le connaît peu) qu'il ne la trahira pas, ne lui fera jamais intentionnellement du mal.

C'est sûrement Gemma qui décrit le mieux Vincent. Ce qu'elle dit est prouvé par les actes de son père. Il attire les femmes à problèmes. Il ne peut s'empêcher de vouloir les «recoller». Avec l'inconnue qu'il trouve au début, il a fort à faire. Mais une immense colère couve chez cet homme doux que la vie n'a pas épargné. Gemma l'évoque lorsqu'elle raconte le vol commis par sa mère. De plus, Vincent nage en eaux troubles, car lorsqu'il décrit sa relation avec Mary, on a l'impression que les souffrances qu'elle engendre lui plaisent.

L'inconnue (on finit par apprendre son prénom, mais je tente d'en dévoiler le moins possible) paraît compliquée, voire un peu dérangée, au premier abord. Puis on se rend compte qu'elle a souvent du mal à exprimer ses pensées, a vécu des événements traumatisants... Elle fait parfois des choses extravagantes (je pense surtout à la scène où elle se brûle les pieds), n'hésite pas à forcer un homme qu'elle connaît à peine à la prendre sous sa protection...

Gemma est la plus lucide de cet étrange trio. Elle est un peu perdue, mais connaît la valeur des actes de chacun. Elle tente de se frayer un chemin dans le monde des adultes, et découvre (Mais est-ce vraiment une surprise pour elle?) que cela ne va pas sans heurts.

L'histoire se déroule sans temps morts. L'écriture est fluide. Le style est à l'image des personnages principaux: un peu cabossé. Le récit est au passé composé, la syntaxe est parfois distordue (mais en aucun cas mauvaise). Le style n'est pas poussif, mais il en a l'apparence. Il va bien aux personnages, à leur histoire.

Je n'adresserai qu'un reproche. Le lecteur se doute très vite qu'il y aura un «affrontement». C'est préparé presque dès le début, et cela revient tout au long du livre. C'est inévitable. À l'issue de l'affrontement, l'auteur fait une fin qui m'a satisfaite, qui ne semble ni bâclée ni invraisemblable. Mais voilà qu'elle veut ajouter quelque chose! Cela se comprend. Seulement, c'est là qu'elle fait ce que font beaucoup d'auteurs, et qui me déplaît de plus en plus: elle a sûrement souhaité créer une fin brutale, voire une chute. Cela fait qu'elle laisse le lecteur avec des questions. Bien sûr, on se doute de certains éléments, mais au-delà d'apprécier ou pas la manière dont finit l'histoire, je trouve qu'on aurait pu en savoir davantage.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Vincent Coppey pour la Bibliothèque Braille Romande.

J'ai découvert ce lecteur avec ce roman. Je l'ai apprécié. Il a su imprégner sa lecture de l'ambiance du récit.

Acheter « Borderline » sur Amazon