Boomerang

L'ouvrage:
2007.
Antoine Rey veut faire une surprise à sa soeur, Mélanie. À l'occasion de son anniversaire, il l'emmène à Noir-Moutier, là où la famille Rey passa ses étés jusqu'en 1973. L'année suivante, en 1974, leur mère, Clarisse, était morte. C'est à partir de ce moment que leur père, François, a cessé d'être heureux.
Ces quelques jours dans le paysage de leur enfance font ressurgir des souvenirs que Mélanie avait oubliés.

Critique:
Tatiana de Rosnay analyse certains thèmes avec justesse et délicatesse.
Le plus présent est sûrement, comme le souligne Antoine, celui de la mort. Outre le travail d'Angèle, il y a les morts brutales de Clarisse et de Pauline. L'auteur rappelle à quel point tout peut basculer à une vitesse confondante, et pour des raisons très bêtes. Ici, c'est surtout l'ignorance et la négligence qui sont en cause.
Est également exploité le thème de la tolérance. Certains personnages se ferment totalement à quelque chose qui, pour eux, est nuisible, et ils ne peuvent même pas dire pourquoi ça l'est. Je suis toujours effarée de découvrir qu'au vingt-et-unième siècle, des gens peuvent encore refuser ce que refusent certains membres de la famille Rey. La réaction de Mélanie m'a beaucoup déçue, d'ailleurs.

L'histoire ne souffre pas de longueurs, sauf peut-être quand Antoine et Mélanie attendent la confession de Gaspard.
L'auteur nous réserve quelques surprises. Je me suis doutée de l'une d'elles.
La fin est en accord avec le reste du roman.

L'écriture de Tatiana de Rosnay est fluide, sans fioritures, sans phrases compliquées. Certaines réflexions d'Antoine sonnent comme des devises, des petites phrases à garder précieusement.

Le personnage d'Antoine est certainement le mieux construit du roman. Il passe son temps à se sous-estimer, à mettre en avant son manque de confiance en lui-même. Il prend de l'assurance au long du livre. Il lui arrive d'agir bêtement, mais cela le rend plus humain. Il a passé sa vie à s'effacer, et au début du livre, il ne sait pas encore qu'Astrid lui a rendu service en le quittant. Le lecteur ressent très bien la souffrance d'Antoine qui n'arrive pas à oublier sa femme, qui voit ses enfants se transformer, et qui ne maîtrise plus rien. Il ne veut et ne peut pas agir de manière ferme à cause de la sévérité excessive de son propre père.
Au final, ce sera Antoine le plus persévérant, le plus tolérant. Il saura tirer le meilleur de ce qu'il va vivre, de ce qu'il va découvrir.
L'auteur a su faire un portrait touchant et réaliste de cet homme qui, en deux ans, va connaître une espèce de transformation.

Le personnage de Mélanie m'a plutôt agacée. Et pourtant, elle est vraisemblable. Elle a simplement un caractère qui ne me plaît pas.
D'abord, j'ai été exaspérée par son obsession de l'homme. Mélanie, il lui faut un homme, quitte à en prendre un qui ne l'aime pas. C'est d'ailleurs ce qui se passe: au début, Antoine veut la consoler d'une rupture avec un homme dont il était clair pour tous, Mélanie la première, qu'il ne l'avait jamais aimée. C'est à cause de gens comme Mélanie que tant d'êtres qui ne s'aiment pas vraiment se mettent ensemble, quitte à finir par se séparer.
Bien sûr, il y a d'autres cas de figure, mais je n'aime pas l'idée du «mieux vaut être mal accompagné que seul» prônée par Mélanie.
Ensuite, elle finit par préférer le mensonge, le secret, le silence, l'ensevelissement dans le non-dit. Quelle attitude méprisable! Elle prétend qu'elle ne veut pas blesser son père, mais rien ne l'empêchait de savoir la vérité sans la dire à son père.

François est un personnage intéressant. Il peut sembler cliché, mais il m'a semblé très réaliste. Clarisse avait apporté de la fantaisie, du rire, de la joie à sa vie guindée et morne. Il est prévisible qu'il ait cessé de vivre à sa mort, et ait passé sa vie à en mourir. Il ait logique qu'il n'ai pas su élever ses enfants, alors que son coeur était brisé.
Cela explique la façon dont Antoine et Mélanie se sont construits.

J'ai aimé Angèle. Tolérante, indépendante, casse-cou, gaie, directe, voire un peu brusque... Elle sais tirer le meilleur parti de la vie, et insuffle confiance et assurance à Antoine.

Qu'on aime ou pas les personnage du roman, ils ne laisseront pas le lecteur indifférent. Ils sont analysés de manière pertinente, et même ceux qu'on voit peu (Joséphine, Régine, solange, etc), attirent l'attention.

Un livre juste, bien pensé, bien écrit. À lire!

Éditeur: Héloïse d'Ormesson.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Olivier Annen pour la Bibliothèque Braille Romande.
Olivier Annen a très bien interprété ce roman. Il a su prêter sa voix à Antoine, est parvenu à lui donner corps, ainsi qu'aux autres personnages, grâce à une lecture sensible, toute en finesse, et dénuée de cabotinage.

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