Bon rétablissement

L'ouvrage:
Une nuit, Jean-Pierre Fabre, soixante-sept ans, est repêché dans la Seine. À l'hôpital, on soigne ses fractures. Un policier vient le voir afin de tenter d'éclaircir ce qui s'est passé. En effet, Jean-Pierre a tout oublié de cette soirée qu'il finit dans le fleuve. Notre héros profite de ce répit forcé pour se pencher sur sa vie.

Critique:
C'est d'une plume vive, d'un style enlevé que Marie-Sabine Roger nous raconte l'hospitalisation de Jean-Pierre. On s'y croirait: la nourriture fort peu ragoûtante, les infirmières, les odeurs, les visites, les heures des repas, le traintrain quotidien. Elle s'attarde sur la façon gâtifiante dont certains parlent aux malades, et en montre toute la bêtise. Simple sans jamais être simpliste, l'auteur nous conte ce petit récit sans temps morts.

Si la bonne humeur domine (le style de l'auteur, certaines répliques de Jean-Pierre), le narrateur glisse quelques notes plus graves et ô combien réalistes. Il parle de lui-même, et explique pourquoi il a manqué certaines choses dans sa vie. Son hospitalisation fait qu'il découvre la situation de certaines personnes, ce qui le choque quant à ce que la société laisse faire. J'ai apprécié le fait qu'il tente de contribuer, même un peu, à amoindrir les maux qu'il découvre. En outre, son hospitalisation fait que notre héros va rencontrer des gens qui lui feront voir certaines choses sous un autre angle, le feront s'ouvrir aux autres, lui que sa vie ennuyeuse préservait (en quelque sorte) de ces réalités... Parfois, il accorde même un peu trop vite sa confiance, comme on le lui fait remarquer... Il a également des réflexions qui m'ont paru sensées sur la vie, la mort, les réactions de chacun à un événement donné...
J'adore la façon dont il décrit à maintes reprises l'exaspération que lui inspire «la boulotte». Je ressentais la même chose que lui. J'ai adoré la repartie de «la boulotte» concernant «faut que j'ale». Bien sûr, au-delà du rire, on se désole qu'elle parle mal, et ait l'air d'être parachutée dans la vie sans rien en connaître.

À un moment, la belle-soeur de Jean-Pierre vient le voir. Comme elle est croyante, il explique qu'elle ramène tout à Dieu. S'ensuivent les considérations de Jean-Pierre quant à cela. Je suis tout à fait d'accord avec lui.

Ce roman est une petite note d'optimisme: il n'est jamais trop tard pour se désengluer d'une petite vie dans laquelle on s'ennuie, jamais trop tard pour faire confiance à quelqu'un qui le mérite, pour se faire des amis, etc.

Éditeur: le Rouergue.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.
Ce livre fait partie de ceux pour lequel il ne faut pas prendre une intonation trop sobre. Arlette Bratschi le lit exactement comme il faut: avec verve et dynamisme sans jamais trop en faire. D'autre part, elle s'est permis quelque chose qui, à mon avis, est une bonne trouvaille. Lorsqu'Hervé, le frère de Jean-Pierre, vient le voir, il ne parvient pas à prendre congé, et dit plusieurs fois: «Bon ben...». La lectrice a pris le parti d'adopter exactement le même ton à chaque «bon ben...». Je trouve cela judicieux, car cela renforce le comique de la situation.

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