Dimanche 29 juin, est passé sur France 2 «Les aventures de Rabbi Jacob». L'audiodescription n'est pas celle du DVD édité par TF1. D'une manière générale, je trouve dommage qu'il puisse exister plusieurs audiodescriptions d'un même film à cause d'histoires de gros sous, de mésententes, ou parce que certains ne cherchent pas à savoir si le travail n'a pas déjà été fait, etc, alors qu'il existe si peu de films audiodécrits.
Possédant le DVD, j'ai comparé quelques scènes.

L'audiodescription du film passé le 29 juin sur France 2 a été écrite et dite par Patricia Bardon. Ce n'est pas précisé, mais je suppose que cela a été réalisé par MFP (filiale du groupe France Télévision chargée de l'audiodescription des films qui passent sur ses chaînes). Celle du DVD a été réalisée par l'AVH, écrite et enregistrée par Marie-Luce Plumauzille et Frédéric Gonant.
J'ai été surprise des différences, parfois flagrantes, entre les deux versions :

Exemples:
Lorsque Victor remonte dans sa voiture après qu'il a vu le mariage de la femme noire:
Audiodescription de MFP: «Pivert reste exprès debout, la main sur la hanche.»
Audiodescription de l'AVH: «Il finit par les narguer en prenant tout son temps pour monter dans la DS.»

Lorsque Victor apprend que Salomon est juif:
MFP: «Pivert se fige, halluciné.»
AVH: «Victor est estomaqué.»

Après le premier plongeon de Victor dans la cuve de pâte à chewing-gum:
MFP: «Il ressort, transformé en bonhomme chewing-gum vert.»
AVH: «Victor se relève, il est recouvert de pâte à chewing-gum des pieds à la tête.»

Une fois que Victor a vu ceux qui veulent tuer Slimane:
MFP: «Pivert regarde ses pieds. Ses chaussures se défont des semelles collées au sol. Il tombe en arrière, hors de ses semelles. Il se relève, marche à quatre pattes.»
AVH: «Les semelles de ses chaussures restent collées au sol par le chewing-gum. Il est incliné à 45 degrés. L'homme ne le voit pas. Les semelles de Victor commencent à se détacher. L'homme se remet en faction. Les semelles cèdent. Victor s'éloigne à quatre pattes.»

Lorsque Victor fait le Pivert au téléphone pour que Farez comprenne la signification de son nom:
MFP: rien.
AVH: «Farez est amusé.»

Victor, toujours couvert de chewing-gum, se lève:
MFP: «Pivert fonce, le fauteuil reste collé derrière lui.»
AVH: «Victor fonce vers la porte. Sa chaise reste collée à ses fesses.»

Quant à la scène de la danse, la description de MFP est assez courte et répétitive. De plus, elle fait allusion à des références que l'on n'a pas forcément. L'audiodescriptrice parle d'une danse comique inspirée des danses folkloriques des pays de l'Est, d'une parodie de french cancan, puis d'une parodie de danse cosaque. La description de l'AVH est bien plus complète. Les mouvements sont décrits en détails.

D'autre part, certains effets comiques importants ne sont pas signalés par la description de MFP. On trouve cela tout au long du film. Je mets en exemple la scène où Victor demande à Farez de le laisser en vie afin qu'il assiste au mariage de sa fille, puis de lui envoyer une lettre piégée. Pour plus de clarté, je ne mets que ce que disent les audiodescripteurs, et je sépare chaque intervention de points de suspension entre parenthèses.
MFP: «Il mime, avec deux doigts, quelqu'un qui marche. Quelqu'un qui regarde dans un oeilleton. (...) Aziz prend une gifle.»
AVH: «Il fait comme s'il buvait son café, (...) Avec deux doigts, il mime qu'il marche vers la porte, regarde à travers l'oeilleton. Farez est captivé. (...) Farez sourit. (...) Il fait un grand geste, donne un coup dans le nez d'Aziz.»

Enfin, Frédéric Gonant et Marie-Luce Plumauzille ne jouent pas (ce qui est normal), mais leurs voix sont chaleureuses, leur intonation est adaptée. On sent qu'ils sourient, prennent plaisir à traduire les images, leurs voix se fondent dans l'ambiance bon enfant du film. D'un autre côté, par moments, j'avais l'impression que Patricia Bardon s'ennuyait à mourir.

Pour moi, l'audiodescription de l'AVH est bien meilleure. Certaines indications sont dites de manière plus fluide, s'insèrent mieux dans le déroulement du film. En outre, le vocabulaire est plus recherché, plus riche, plus étoffé. Il fait naître des images plus vives et précises.

J'avais lu quelque part que certains acteurs de l'audiodescription craignaient qu'une baisse de qualité s'installe si on s'éloignait d'un certain cadre de travail. Je ne peux que partager ces craintes. Malheureusement, il semblerait que France Télévision s'attache uniquement à respecter les quotas fixés et non à la qualité du produit, ainsi qu'au respect des personnes qui ont besoin de l'audiodescription pour comprendre la totalité d'un film. C'est vraiment dommage.

PS : Certaines indications importantes ont également été oubliées dans l'audiodescription de «La chèvre», diffusé sur France 4.