Au revoir là-haut

L'ouvrage:
1918.
La guerre touche à sa fin. Le soldat Albert Maillard a failli y laisser la vie. Il a été sauvé par Édouard Péricourt. C'est là qu'un obus a emporté la moitié inférieure du visage d'Édouard. Ces événements tisseront une étrange amitié entre les deux hommes, faite de complicité et d'amertume.

Critique:
Si, comme moi, vous vous méfiez des livres primés, oubliez que ce livre l'a été.

Pierre Lemaitre parle très bien d'une époque. J'ai appris certaines choses: je ne savais pas que les poilus étaient à ce point déconsidérés, ou tout au moins négligés, après la première guerre. Bien sûr, on leur dit le contraire, mais dans les faits, il ne sont pas vraiment épaulés par la société.

L'auteur prend le temps de planter un décor, d'exposer des personnages complexes. On me dira que Pradel est tout sauf complexe: certes, mais il illustre très bien un certain type de personnes. Il est très crédible!

C'est sûrement Édouard qui m'a le plus déstabilisée. Plein de rêves brisés, de contradictions, il n'est pas toujours facile à comprendre. Il m'a souvent agacée, mais il est impossible de savoir comment on réagirait à sa place.
Les réactions de monsieur Péricourt (aussi bien avant qu'après la guerre) sont assez prévisibles, et pourtant, cela ne m'a pas gênée. Pierre Lemaitre montre cet homme dans son décor, dans sa classe sociale, on comprend qu'il réagisse ainsi.
C'est sûrement Albert que j'ai le mieux compris. Il en agacera peut-être certains avec son extrême timidité, ses colères subites (il faut reconnaître qu'il y a de quoi), sa naïveté, et parfois, son inertie. Il a plutôt éveillé ma compassion. D'autre part, j'ai bien aimé la manière humoristique dont l'auteur propose ce que j'appelle le «petit guide pour mieux connaître Albert» fait de sentences ou de considérations assenées par la mère dudit Albert.
J'aurais des choses à dire sur les femmes du roman, mais l'auteur le fait très bien dans l'entretien qu'il accorde à madame Valérie Lévy-Soussan, directrice d'Audiolib, et qui se trouve en fin d'ouvrage.

Il y a également un personnage atypique qui nous surprendra jusqu'au bout: Joseph Merlin. Comment ne pas ressentir à la fois dégoût, compassion, amusement, et admiration pour ce personnage qui ne peut laisser indifférent?

Ensuite, le romancier décrit et analyse bien événements, sentiments, réactions, mais aussi la société de l'époque. Ce roman sonne vrai.
Ce n'est pas un roman policier, mais la structure le rappelle un peu. Par exemple, on ne sait pas trop où l'auteur va nous mener. L'agencement des événements fait que certaines personnes sont appelées à se croiser à nouveau, alors qu'elles n'auraient pas pensé cela possible. Enfin, lorsqu'une petite énigme (porteuse d'autres) se dessine, il est impossible de prévoir comment se termineront les choses, même si on peut supposer.

Je regrette que la quatrième de couverture (censée présenter le début du livre), résume le milieu afin d'attirer le lecteur. Cela ne m'a pas gênée, car je me suis très vite plongée dans le roman, mais quelqu'un qui chercherait à débuter avec l'événement conté par la quatrième de couverture serait déçu.

Comme toujours, l'entretien en fin d'ouvrage est très intéressant. Pierre Lemaitre y parle de ce qui l'a inspiré, des raisons pour lesquelles il a écrit ce roman, et de bien d'autres choses.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par l'auteur.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
D'après ce que dit l'auteur dans l'entretien, c'est lui qui a tenu à enregistrer «Au revoir là-haut». Pour moi, c'est un choix judicieux. Je n'imagine pas ce roman interprété par un autre maintenant que je l'ai entendu lu par son auteur. D'abord, il me semble qu'aucun n'aurait pu en rendre avec tant de justesse la dimension orale. On remarque très vite, par des tournures de phrases, que ce livre est fait pour être entendu. Pierre Lemaitre retranscrit très bien cela: il est naturel, y met le soupçon de jeu qui convient, n'exagère jamais. Il souligne d'ailleurs, dans l'entretien, la dimension orale du roman.
D'autre part, il ne modifie pas sa voix (à peine la hausse-t-il d'un demi-ton) lorsqu'il s'agit d'interpréter des femmes, et c'est très bien ainsi.
Pierre Lemaitre a su donner l'ampleur voulue par un jeu subtil, nuancé. Son interprétation est parfaite.

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