Au pays des vivants

L'ouvrage:
Elle s'appelle Abby Devero, elle a vingt-sept ans... elle doit se souvenir de tout cela. Il lui semble que sa mémoire ne lui restitue pas tout ce qu'elle a vécu. Et maintenant, elle est allongée dans l'obscurité, attachée, une cagoule sur la tête, un chiffon sale dans la bouche, un fil de fer autour du cou. Elle est sur une plate-forme de quelques mètres carrés. Si elle saute, elle se pend. Elle ne peut donc pas s'enfuir. L'homme vient, lui fait absorber le strict nécessaire à sa survie, lui fait faire ses besoins... Il la domine. Lorsqu'il lui retire la cagoule et le bâillon, elle lui parle, essayant de le convaincre de la laisser partir. Elle ne se souvient plus dans quelles circonstances il l'a agressée et kidnappée, sûrement parce qu'il lui a donné un grand coup sur la tête pour pouvoir la maîtriser.
Un jour, Abby décide d'en finir. Le seul pouvoir qu'elle a sur cet homme, c'est de se suicider avant qu'il ne la tue. Elle saute de la plate-forme.

Critique:
J'ai été déçue par «Feu de glace» et «Dans la peau», ce dernier traînant beaucoup trop, et mon personnage favori (Zoé), n'ayant pas survécu. «Dans la peau» avait tout de même une résolution intéressante.

J'ai eu raison de donner une autre chance à Nicci French (qui, au cas où vous ne le sauriez pas, écrivent à deux, comme Boileau-Narcejac), car «Au pays des vivants» m'a plu, même si certaines choses m'ont déçue.
D'abord, il y a le fait que la police ne croie pas Abby. Bien sûr, son histoire est difficile à croire, mais de bons policiers se doivent de vérifier toutes les hypothèses, et il est un peu étrange que les policier de ce roman se fient si vite aux apparences. Cela est rattrapé par la gêne extrême de Jack Cross, à la fin, et par ce que lui dit Abby quant à ce qui a été traumatisant pour elle, dans cette affaire. Ici, le lecteur jubile.
Ensuite, le coup de foudre est un peu gros... Mais cela est rattrapé par le fait qu'Abby revive certaines choses, et parce qu'à la fin, ils décident de reprendre les choses de manière plus lente.
Enfin, le livre souffre malheureusement de quelques longueurs, surtout quand Abby remet ses pas dans les siens (si j'ose dire), et va de Betty aux hippies à Arnold Slater, etc.

Malgré ces petits désagréments, ce livre est une réussite. D'abord, les auteurs ont su créer une ambiance autour de leur personnage principal. Le lecteur ressent très bien tout ce qu'éprouve Abby. Il la suit, tâtonne avec elle, est complètement immergé dans son histoire.
En outre, Abby est un personnage attachant. Elle est loin d'être parfaite, elle n'a pas toujours su agir comme il le fallait, mais au fond, c'est quelqu'un de bien, bien sans être la parfaite héroïne casse-pied des romans de Juliette Benzoni.

Les auteurs reprennent cette ficelle du personnage sur les traces de son passé. Seulement, ici, certaines choses changent, et de ce fait, renouvellent ce topos. D'abord, Abby n'a pas tout oublié de sa vie précédente. Ensuite, le ton général du livre et ses personnages font qu'il n'est pas du tout pénible de suivre la trace de quelqu'un qui a oublié des pans de son passé. Bien sûr, quand Abby trouve la clé de chez Joséphine, le lecteur devine tout de suite ce qu'elle met beaucoup de temps à comprendre, mais ce n'est pas si ennuyeux.
De plus, le personnage à la recherche de son passé ne découvre pas qu'il était un tueur sanguinaire, ne se rend pas compte qu'il a commis des horreurs avant de tout oublier. C'est reposant. A un moment, j'ai eu peur qu'Abby ait commis un meurtre avant d'oublier...

Une autre originalité de ce roman est qu'il débute par où, habituellement, les romans se terminent. Il commence par un moment plein de tension qui accroche le lecteur bien plus sûrement que les débuts classiques des thrillers. Par ailleurs, le lecteur sait qu'Abby ne pourra être sauvé par son gentil chéri qui est parfait, et qui arrivera sur son cheval blanc juste au moment où l'homme va la tuer. Ca, c'est ce qui arrive dans certains romans policiers insipides. Ici, les auteurs bousculent les lieux communs pour le plus grand intérêt du lecteur. Ils savent maintenir le suspense de diverses manières tout au long du roman.

Éditeur: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Danielle Shwartz pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Danielle Schwartz est une bonne lectrice. Mais pourquoi donne-t-elle un accent anglophone à des prénoms (comme Lauren, et parfois, Catherine) qui ont une prononciation tout à fait normale en français?

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