Aujourd'hui, c'est Anne-Marie Scaramuzzi, lectrice bénévole, qui répond à mes questions.

La Livrophile: Comment en êtes-vous arrivée à enregistrer des livres?
Anne-Marie Scaramuzzi: Une tante m'avait dit qu'on cherchait des gens pour enregistrer des bouquins. Et comme j'avais fait un peu de théâtre quand j'étais jeune, et que j'aime beaucoup lire, je me fais plaisir en faisant plaisir.
Au début, mon fils était petit, alors j'enregistrais chez moi. Je ne voulais pas le laisser seul pour aller enregistrer en studio, et puis de toute façon, il n'y avait pas de studios. Donc, il y avait des bruits de fond.

L: Avez-vous suivi une formation de comédienne? (Je vous demande cela, car vous êtes l'une des rares à savoir pleurer. Lorsqu'un personnage pleure, vous rendez cela de manière naturelle. J'admire votre maestria, car je pense qu'il est très difficile de ne pas surjouer un personnage qui pleure.)
A.-M. S.: Ah! Mais parfois, je pleure vraiment! Celui que je suis en train d'enregistrer est magnifique et très prenant. C'est l'histoire vraie d'un petit garçon de douze ans qui a une tumeur dans la tête. Le livre est écrit par la mère. Eh bien, je peux vous dire que la dernière fois, j'avais le mouchoir à côté du micro. J'ai dû m'y reprendre à trois fois. Et pourtant, je lis le passage que je vais enregistrer avant, à la maison!
Mais dire que j'ai fait du théâtre, c'est un grand mot. J'ai fait cinq ou six ans de diction.
L: Ah! Je suis toujours épatée de voir avec quel naturel vous pleurez.
A.-M. S.: Je trouve qu'il est plus difficile de rire naturellement que de pleurer.

L: Quel âge avez-vous?
A.-M. S.: J'ai soixante-cinq ans.

L: Pour vos lectures personnelles, avez-vous une préférence pour un genre de livres?
A.-M. S.: Le genre que j'enregistre. Je n'arrive pas à lire un livre à haute voix si je ne l'aime pas. Pour ça, je suis un peu pénible, je me chamaille parfois avec les techniciens et les responsables du livre audio. Je ne me gêne pas pour dire que je n'aime pas. Si je lis un livre que je n'aime pas, je ne le lis pas bien. Parfois, je lis certains livres imposés, mais pas de bon coeur.
L: Certains lecteurs bénévoles m'ont dit qu'ils lisaient ce qu'on leur imposait, sauf s'ils n'aimaient vraiment pas, ou se sentaient incapables de lire l'ouvrage. Il me semble pourtant qu'il est très difficile de lire un livre que l'on n'aime pas.
A.-M. S.: Oh bien sûr! C'est pareil pour tout. On a déjà assez de contraintes dans la vie, donc pourquoi s'imposer des loisirs qui seraient des contraintes?

L: Justement, avec les demandes des adhérents, comment faites-vous pour choisir un livre, si rien ne vous plaît parmi ceux qui sont sur les rayonnages de la BBR à ce moment?
A.-M. S.: Généralement, je regarde la quatrième de couverture. Mais le plus souvent, je propose des livres que j'ai lus et qui m'ont plu.

L: -Y a-t-il des genres de livres que vous n'enregistrez pas?
A-M. S.: Je ne suis pas du tout d'accord pour enregistrer des livres pornographiques. On se fiche de moi à ce propos, mais ça m'est égal. Je ne les lis pas pour moi-même, donc je ne vois pas pourquoi je les lirais pour quelqu'un.
L: Ah! Je n'en lis pas. Je n'aime pas non plus. J'ai essayé quelques romans érotiques, et j'ai laissé tomber.
A.-M. S.: Il paraît qu'il y a une forte demande.
L: Ah bon??! Ca m'étonne que ce soit beaucoup demandé...
A.-M. S.: Moi aussi, mais je vous répète ce que me disent les responsables de la bibliothèque.
Sinon, je n'aime pas trop la science-fiction.

L: Parmi les livres que vous avez enregistrés, quels sont ceux que vous avez préférés?
A.-M. S.: Beaucoup des livres que j'ai enregistrés m'ont marquée. J'en retiendrai trois: d'abord, la biographie de Geneviève de Gaulle Anthonioz qui est magnifique. C'était une femme exceptionnelle. Elle n'a pas beaucoup fait parler d'elle, elle a été déportée, puis elle a fait de grandes choses. Pour tout cela, c'était une grande dame!
Ensuite, j'ai beaucoup aimé «Théâtre dans la nuit», de Patrick Cauvin. C'est une histoire où l'amour est très fort.
J'ai aussi trouvé que la biographie de Françoise Giroud était un beau livre. Christine Ockrent écrit très bien.
Sinon, j'aurais bien aimé rencontrer Anne Pontillé, de qui j'ai enregistré l'autobiographie. J'aurais aimé savoir ce qu'elle était devenue, ce qu'elle avait fait de sa vie après être sortie du couvent.

L: Est-il arrivé qu'un livre à enregistrer vous tente, puis qu'après avoir approfondi, vous le trouviez beaucoup moins à votre goût? Pouvez-vous donner un ou plusieurs exemples?
A l'inverse, un livre qui ne vous tentait pas s'est-il révélé bien plus plaisant que prévu? Pouvez-vous donner un ou plusieurs exemples?
A.-M. S.: Non, parce que moi, c'est mon caractère: ou j'aime ou j'aime pas. Je suis assez entière, donc si j'aime au départ, j'aimerai à l'arrivée.

L: Avant d'enregistrer un livre, le lisez-vous plusieurs fois? Lisez-vous un chapitre, puis l'enregistrez-vous? Découvrez-vous le livre au moment où vous l'enregistrez? Vous imaginez-vous facilement les personnages? Expliquez votre démarche, vos habitudes.
A.-M. S.: Je le lis une fois pour moi entièrement. Puis, la veille de chaque séance d'enregistrement, je lis à haute voix les pages qui seront enregistrées le lendemain.

L: Combien de séances d'enregistrement faites-vous par semaine?
A.-M. S: Une. Il n'y a que deux cabines d'enregistrement, donc il n'y a pas tellement de créneaux.
L: Combien de temps dure une séance d'enregistrement (ça peut varier, apparemment)?
A.-M. S.: Une heure. Je ne peux pas faire deux heures à la suite, je ne reste pas assez concentrée. Et puis la voix se fatigue.

L: Qu'enregistrez-vous en ce moment?
A.-M. S.: Le livre dont je vous ai parlé plus tôt sur le petit garçon qui a une tumeur: «Raphaël», de Barbara Carpentier.
L: Savez-vous ce que vous allez enregistrer après?
A.-M. S.: Non. J'aurais beaucoup aimé enregistrer l'autobiographie de Simone Veil, mais la bibliothèque de Lausanne l'a déjà enregistrée.
J'aime enregistrer les biographies, et en plus, je n'aime pas les dialogues. Je trouve les dialogues difficiles à rendre.
L: Ah bon! Mais vous jouez bien quand il y a des dialogues!
A.-M. S.: Oh! Pourtant, c'est difficile! Quand il y a trois ou quatre personnages qui se parlent, je me demande si l'auditeur comprend bien les changements de personnage.
L: Si le lecteur met bien le ton, on s'y retrouve. Et vous, vous mettez bien le ton. Moi, en tout cas, je m'y retrouve toujours.

L: Etes-vous en contact avec d'autres lecteurs bénévoles?
A.-M. S.: Oui, avec madame Verrey. C'est une femme exceptionnelle.
L: Ah! Madame Verrey! Elle lit très bien! On sent qu'elle y met tout son coeur!

L: Faites-vous particulièrement attention à ne pas abîmer votre voix dans la vie de tous les jours?
A.-M. S.: Non. Absolument pas.

L: Fumez-vous?
A.-M. S.: Non.

L: Exercez-vous un métier en plus de cette activité de lectrice bénévole?
A.-M. S.: Mère de famille. C'est un métier aussi. Ingénieur de bien-être familial, ça fait plus riche. Si vous dites ça, vous en jetez, alors que si vous dites «je suis mère de famille», on dit: «Oh, c'est une nunuche.»
(Rires.)

L: Quels sont vos centres d'intérêt à part la lecture?
A.-M. S.: Je fais beaucoup de bricolage, beaucoup de peinture (sur porcelaine, sur soie), du patchwork, du point de croix.

Liste des livres enregistrés par Anne-Marie Scaramuzzi:
1996:
Palomino: Danielle Steel
Le capitaine Fracasse: Théophile Gauthier
Pourquoi dites-vous ça en riant?: Jean-Pierre Darras
Jean le Bleu: Jean Giono

1997:
La vie interdite: Didier Van Cauwelaert
L'infirmière: Henry Denker
Les histoires de la vie: J'ai peur du Monsieur: Virginie Dumont
La femme en moi: Madeleine Chapsal

1998:
Le vol du faucon: Daphné Dumaurier
Théâtre dans la nuit: Patrick Cauvin
Le pierrot de soleil: Claude Vincent

1999:
Malins plaisirs: Christine Arnothy
Meurtre en thalasso: Madeleine Chapsal
La conférence de Cintegabelle: Lydie Salvayre
Le sourire étrusque: José Luis Sampedro

2000:
Joe Dassin inconnu: Betty Truck
Torrentera: l'homme qui mourut deux fois: Patrick Cauvin
Toute honte bue: l'alcoolisme au féminin: Laure Charpentier
Promenades immobiles: Philippe Vigand

2001:
La terre des Vialhe ("Les gens de Saint-Libéral", tome 4): Claude Michelet
La demoiselle du presbytère: Yvette Frontenac
Le sourire de Sarah Bernhardt: Anne Delbée

2002:
Les belles du Midi, (Les hommes du canal", tome 2): Jean-Louis Magnon
L'amour n'a pas de saison: Madeleine Chapsal
Les affluents du ciel: Jean-Guy Soumy
J'ai quinze ans et je ne veux pas mourir; suivi de Il n'est pas si facile de vivre: Christine Arnothy

2003:
Les mémoires de Sophie: Sophie Desmarets
Le bois de lune: Françoise Bourdon
Frères et soeurs, une maladie d'amour: Marcel Rufo

2004:
Sur un air de Piaf: David Lelait
Sonate au clair de lune: Nicolas Bréhal
Françoise Giroud: une ambition française: Christine Ockrent
Entre eux la rivière: Nicole Meymat
La couleur du bon pain: Gilbert Bordes

2005:
Le cri du héron: Marie-Paule Armand

2006:
Elle voulait toucher le ciel: Yves Viollier

2007:
Juste un coin de ciel bleu: Gilbert Bordes
Dieu ne m'a pas parlé: vingt ans au couvent: Anne Pontillé
Le biscuit dans la poche: Yvette Horner
Les enfants d'Elisabeth: Hélène Legrais

Livre dont l'année n'est pas indiquée:
Geneviève de Gaulle Anthonioz, l'autre de Gaulle: Frédérique Neau-Dufour