Anges de fer, paradis d'acier

L'ouvrage:
Depuis trois ans, David travaille pour Nothanos 3. La forteresse papale étant régulièrement attaquée, la Terre n'étant plus un endroit sûr, Nothanos décide d'établir une colonie sur la planète Almoha. Seulement, celle-ci est aride et stérile. Il y a une solution pour la rendre habitable. David va faire partie de la mission.

Critique:
Voilà un roman de Serge Brussolo comme je les aime! Il semble aller à cent à l'heure, il fourmille d'idées toutes plus saugrenues les unes que les autres. Pour donner quelques exemples, on trouve des rats qui absorbent de la ferraille, et l'excrètent sous forme de billes explosives. On trouve des moutons-hérissons dont la viande est immangeable, mais les excréments sont délicieux... Ce que j'appellerai le «coeur» dAlmoha (pour ne pas trop en dévoiler) est également quelque chose d'assez spectaculaire. Brussolo s'est amusé à pousser la folie et l'absurde très loin, comme il le fait dans d'autres romans. Il semblerait que certains lecteurs aient trouvé qu'il allait trop loin. Je n'en fais pas partie. D'abord, je préfère une tonne d'idées farfelues, la création d'un monde régi par l'absurde ou le déjanté, un monde où il est impossible au lecteur de s'ennuyer, plutôt que des romans qui traînent et semblent trop classiques pour être du Brussolo. Je pense à «Le masque d'argile» ou «Le suaire écarlate». Il me semble qu'à l'inverse d'autres romans fourmillant d'idées étranges, celui-ci a une dimension déjantée. En effet, certaines idées m'ont paru très drôles. Les exemples d'idées étranges que j'ai donnés, s'ils sont source d'angoisse pour les personnages, sont assez amusants pour le lecteur. J'ai lu beaucoup d'ouvrages de cet auteur, et il me semble que c'est dans ce roman que la dimension amusante est la plus présente. On trouve également un immense lombric immobile qui, lorsqu'on marche dessus, contracte sa peau afin de guider l'imprudent jusqu'à sa gueule... Mes exemples ne sont qu'un infime échantillon des idées qui abondent dans ce roman.

Outre les idées déjantées, peut-être certains ont-ils été gênés par des idées qui pourraient paraître «subversives». Là encore, on retrouve la patte de Brussolo. Il se moque allègrement de tout (ici, c'est majoritairement les croyances religieuses), en partant de situations existantes et en les amplifiant, en montrant ce qu'elles pourraient devenir si l'homme continuait ses exagérations. Autre exemple: il explique qu'à un moment, pendant l'histoire de l'humanité, les dirigeants ont eu peur du savoir...

J'ai aimé retrouver certaines idées exploitées différemment dans d'autres romans. Par exemple, les hommes se changeant en poisson et oubliant tout («L'oeil de la pieuvre»), le mélange en un seul être de l'animal et du végétal («Le carnaval de fer»), le temps, l'intelligence et l'imbécillité, le rajeunissement et le vieillissement, etc.

David est un personnage brussolien. C'est lui le plus lucide sur la situation du monde. Il reste en retrait, il voudrait qu'une relation normale entre lui et ses enfants soit possible... Il m'a quand même agacée, car il ne voulait pas comprendre ce qu'était ses enfants. Le plus exaspérant est que son attachement est venu tard. Au départ (dans «Frontière barbare»), sa femme comptait plus que tout, et il ne se préoccupait pas vraiment de ses enfants. Il semblerait donc que l'affection de David soit faussée par sa culpabilité. À la fin, cela le fait agir en dépit du bon sens.

Grâce à toutes ses idées, Brussolo crée une intrigue pendant laquelle on n'a pas le temps de s'ennuyer. Rien ne traîne, on est emporté, immergé dans l'univers créé. La fin est peut-être un peu rapide. Certaines pistes sont données pendant une partie du roman, puis ne sont pas exploitées quand elles auraient pu l'être. Certains éléments sont un peu vite évacués... C'est dommage. C'est le seul bémol que je mettrai.

Éditeur: Gallimard, collection Folio SF.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

Acheter « Anges de fer, paradis d'acier » sur Amazon