Agônia

Si vous n'avez pas lu «Peur», ne lisez ni «Agônia» («Peur» y est résumé, et ce roman en est la suite), ni mon résumé.

L'ouvrage:
Le maître est mort. Cependant, un autre acte étrange survient. Laura ne peut s'empêcher de penser que cette terrible aventure n'est pas terminée.

D'autre part, la jeune femme se pose des questions quant à son couple. Pour la première fois, elle a fui au lieu de communiquer avec son mari. Comment sortir de cette impasse?

Critique:
Pour moi, le point le plus fort de ce roman est que l'auteur s'attarde intelligemment sur la vie et la psychologie des personnages principaux. Dans «Peur», je me suis beaucoup attachée à Éric, Laura, leurs amis. De ce fait, j'ai beaucoup apprécié que leur vie prenne tant de place.
D'autre part, comme dans «Peur», tout ceci (même et surtout les passages graves) est narré avec bonne humeur. Les personnages décochent des répliques bien senties tout en s'analysant parfaitement. Ils ne recouvrent pas tout d'un rire faussement joyeux, non: ils tentent de tirer le meilleur parti de situations parfois terribles. Leur rire ne les voile pas: il fait qu'ils parviennent mieux à les affronter.
Outre ces protagonistes, nous côtoyons à nouveau, et plus longuement, le docteur Pilon. Celui-ci se révèle être un sacré numéro!
Il est également intéressant de rencontrer la famille de Laura pour plusieurs raisons.

Quant à l'enquête, j'attendais Thierry Serfaty au tournant. Ce livre narrant les conséquences des événements de «Peur», j'étais persuadée que l'enquête traînerait, le lecteur sachant déjà beaucoup de choses. L'auteur s'en est d'abord tiré en racontant le tout de manière passionnante. En outre, il met en pratique les souhaits de celui qui se prend pour le nouveau maître de manière particulièrement réaliste. Ces événements attendus deviennent donc captivants. Bien sûr, cela l'oblige à utiliser la célèbre ficelle du retardement de révélations. Malheureusement, il le fait de manière assez grossière, par exemple, après la «fugue» d'Anna. Il y a aussi toutes les suppositions faites par la police après la mort d'un personnage. Le fait qu'Éric et Laura n'envisagent pas tout de suite ce que j'ai deviné est très peu crédible.
Ensuite, un nouvel élément est introduit. Ce n'est pas forcément une bonne chose, car cela menace de rendre le tout peu crédible, cette découverte semblant avoir été ajoutée pour créer un spectaculaire rebondissement. Elle me paraît plutôt fade. Par ailleurs, à la fin, elle est la cause de mon impression de bâclé. En effet, tout est bien expliqué, mais une chose découlant de cette découverte m'a paru un peu hasardeuse.

Certains personnages deviennent fous, laissant aller trop loin une envie qui, au départ, est légitime. En effet, il est bon de tenter d'affronter ses peurs. Cependant, chacun doit le faire à son rythme, et surtout, les malades assoiffés de pouvoir que finissent par devenir certains protagonistes n'ont pas lieu d'être. J'ai su gré à l'auteur de partir de quelque chose de légitime et valable.

Si Gaël est très bien analysé, j'aurais aimé en savoir davantage sur ses sentiments après son affrontement avec Éric. C'est encore une petite faiblesse du roman: que va devenir Gaël? Comment vivra-t-il? Que voudra-t-il? Je ne pense pas que ses idées sectaires seront balayées juste à cause de la façon dont ont tourné les choses.
J'ai apprécié Marlène qui semble ne pas vouloir trop s'endurcir.

J'ai apprécié que chaque début de chapitre signale où se passe l'action. L'indication n'est pas forcément utile, car en lisant, on peut savoir où on est. Cependant, grâce à ces précisions, on le sait tout de suite: pas besoin de parcourir quelques lignes de texte.

Remarques annexes:
En général, ce sont les femmes qui veulent des enfants et les hommes qui sont réticents. J'ai aimé que les choses diffèrent ici.
Thierry Serfaty fait partie des rares personnes qui emploient le mot «alternative» à bon escient.

Éditeur: Michel Lafon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lisiane Ledent pour la Ligue Braille.

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