L'ouvrage:
1943. Gina vit à Budapest avec son père (général) et sa gouvernante. Elle passe des après-midis festifs chez sa tante, son père et elle s'adorent, sa gouvernante l'éduque et lui fait découvrir les arts. Cette vie que chérit l'enfant prend brutalement fin lorsque son père décide qu'elle ira dans un pensionnat pour jeunes filles: Matula...

Critique:
Récemment, j'ai lu (en cherchant quelque chose concernant Magda Szabó) que «Le faon» critiquait le régime en place à l'époque où il a été écrit. N'ayant vu aucune critique du pouvoir dans ce roman, l'ayant apparemment lu au premier niveau, je me dis que j'ai dû rater beaucoup de choses dans les écrits de Magda Szabó. J'ai apprécié tous les livres d'elle que j'ai lus, mais je présente mes excuses à ceux qui verraient une hérésie dans mes chroniques, car je parle toujours du roman, sans creuser... Il en ira de même pour «Abigaël».

La quatrième de couverture en dit trop. Le récit m'ayant beaucoup plu, en savoir un peu trop ne m'a pas gênée, mais je conseille quand même de ne pas lire la quatrième de couverture jusqu'au bout.
«Abigaël» est d'abord l'histoire d'une jeune fille que la vie force à grandir trop vite. Entre ce qu'elle vit à Matula (surtout au début) et ce que son père se voit contraint de lui apprendre, les leçons sont rudes, mais portent leurs fruits. Elles ne mettent pas la jeune héroïne à terre: celle-ci apprend à composer avec.

J'ai été un peu étonnée de la violence d'un élément qui arrive dans les premiers chapitres, et se prolonge jusqu'à l'alerte aérienne. Je ne peux pas dire quel est cet élément, car je souhaite en dévoiler le moins possible. En y réfléchissant, je comprends qu'il ait pu être si excessif: l'effet de groupe, le sentiment que la trahison est immense, le besoin de s'unir contre cette trahison... De plus, ce genre de choses peut avoir facilement lieu entre des enfants, ceux-ci savent être très cruels.
Peut-être faut-il aussi y voir quelque chose qui critique un aspect du pouvoir de l'époque... Le livre se déroule pendant la guerre: peut-être l'autrice veut-elle montrer que la guerre est stupide, et n'engendre que souffrance... Mais ça, messieurs et mesdames tout le monde le savent très bien.

Au long de l'histoire, un mystère plane. Le lecteur trouve très vite qui est la clé de ce mystère. Je trouve un peu dommage que l'autrice fasse tant d'appels du pied pour qu'on le devine, mais au moins, je n'ai pas eu envie de relire le roman pour collecter les indices: je les rassemblais pendant ma première lecture. Gina n'est pas plus bête qu'une autre, et s'est obstinée à ne pas vouloir le deviner, à ne pas vouloir voir au-delà des apparences. Certes, si j'avais été impliquée comme elle, j'aurais peut-être été dupée.

Par petites touches, avec sobriété, Magda Szabó évoque la résistance. Sa façon de faire m'a plu.

À certains moments, de petits apartés de l'autrice donnent certaines indications quant à la vie de Gina après le pensionnat. Cela fait qu'on peut reconstituer certaines choses, notamment concernant le mystère, mais j'aurais aimé des chapitres supplémentaires avec davantage de précisions. Je reconnais qu'il n'y en a pas besoin, mais même si tout est dit, je trouve que certains éléments sont très rapides. Ça doit surtout tenir au fait que le livre m'a beaucoup plu, et que je souhaitais que le plaisir se prolongeât. ;-)

Éditeur: Viviane Hamy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Martine Moinat fait partie des lecteurs que je retrouve avec plaisir. J'aime beaucoup sa lecture, et en plus, elle m'a fait découvrir des livres vers lesquels je ne serais pas allée. Quand je pense à Magda Szabó, je l'associe toujours à Martine Moinat, car sur les six écrits (en comptant «Abigaël») de cette autrice que j'ai lus, quatre sont enregistrés par cette lectrice.
Ici, j'ai constaté que Martine Moinat ne faisait pas comme la plupart des gens, qui, à mon avis, se trompent, et prononçait «moeurs» sans dire le «s». Comme je l'ai déjà dit dans je ne sais plus quelle chronique, je n'ai jamais eu de cours sur la prononciation de ce mot, j'ai toujours entendu les gens dire «moeurse», et j'ai présumé que cela se prononçait comme ça. Et puis, un jour, j'ai réfléchi (enfin!) et je me suis dit qu'après tout, on ne disait pas «les soeurse» ou «les coeurse», donc pourquoi dire «moeurse»? Maintenant, je fais attention à la manière dont les gens (et surtout les comédiens et les lecteurs bénévoles) disent «moeurs», ainsi que «s'égailler», «gageur», et «dégingandé», mots sur lesquels certains se trompent. ;-) Comme j'aime beaucoup la lecture de Martine Moinat, je suis contente qu'elle prononce «moeurs» comme je pense que cela doit se prononcer.