Abandoned

Note: À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Le grand jour est arrivé: Callie se marie. Tout est parfait. Mais pendant la fête, une voiture débarque à vive allure. On en expulse quelqu'un devant les convives, et le véhicule repart tout aussi vite. La femme, jetée tel un paquet, c'est Heather Hollister, disparue depuis huit ans. Elle est vivante.

Critique:
Encore une fois, Cody McFadyen décrit des actes affreux, commis par quelqu'un qui va jusqu'au bout du mal. Ce tome 4 m'a fait ressentir une autre sorte de peur. En effet, si les «malades» des autres tomes étaient effrayants, au moins, on pouvait se dire qu'ils étaient fous. Cela se voyait. Ici, le coupable semble tout à fait conscient de tout ce qu'il fait, et du mal que cela cause. Il n'est pas forcément fou, mais il n'a aucune conscience. Il a été élevé avec l'idée qu'il faut broyer avant de l'être, qu'il faut annihiler la volonté afin de triompher, que pour gagner sa vie, il faut semer terreur et chaos. On me dira que c'est une sorte de folie. Peut-être, mais elle est froide, réfléchie, très proche de la raison... Le coupable a un raisonnement fou, peut-être, mais il a l'air plus averti que malade.

L'auteur parsème le début de son récit de retours en arrière qui ne sont pas très gênants parce qu'ils ne durent pas, mais aussi parce qu'ils aident à comprendre la psychologie du coupable. On n'a pas seulement le profil que finit par établir l'équipe de Smoky, et c'est bien plus intéressant. On cerne mieux, et de manière moins artificielle, la personnalité du coupable et de son père. J'ai d'ailleurs trouvé le père fort moralement. Après ce qui lui est arrivé, il aurait pu être pire que ça...
Ces retours en arrière montrent aussi qu'ils sont liés au présent. Comme c'est logique, l'auteur ne fait pas patienter son lecteur trop longtemps avant de lui montrer le lien.

À côté de cela, il y a d'autres personnages qui semblent vraiment fous. Par exemple, Douglas. À un moment, Smoky lui dit qu'il est une caricature. Ce n'est pas faux. Tant d'égoïsme, de bêtise, de refus de se remettre en question en une seule personne, c'est fort! Malheureusement, des gens comme ça existent... Toutes les raisons qu'il donne pour qu'on excuse ses actes sont terrifiantes. Comment peut-il envisager d'être excusé! J'avoue qu'à l'instar de Smoky, j'ai été contente qu'il soit maltraité, en prison.

Certains personnages sont confrontés à des choses terribles, surtout Smoky, ce qui la pousse assez loin... À ce sujet, on comprend qu'ils franchissent une étape lorsqu'Allan explique qu'il y a cinq ans, il aurait fait un rapport sur la conduite agressive (quasi non-professionnelle) de Smoky envers Douglas, mais là, il s'en fiche, parce que son aversion pour Douglas prend le dessus. C'est là qu'il comprend qu'il est peut-être temps pour lui de prendre sa retraite, qu'il a peut-être vu trop d'horreurs, qu'il doit partir avant de ne plus pouvoir profiter de la vie.
À l'inverse, Smoky semble tenir plus que jamais à son travail. À travers ce qu'en dit Tommy et la façon d'être de la jeune femme, il semble que son travail prenne de plus en plus de place, qu'elle puisse de moins en moins s'en passer, comme d'une drogue. Outre que c'est un peu effrayant, je trouve réducteur pour une personne d'être à ce point prise par son travail. C'est bien plus agréable de faire un travail qu'on aime, mais je trouve dommage de n'être plus rien sans son travail. Smoky n'a pas tant de centres d'intérêt que ça. Elle est intelligente, mais on dirait qu'elle n'est vraiment à l'aise que dans son travail ou que parce qu'il lui prend presque tout son temps.

Dans ce tome, Bonnie a treize ans, et elle se cherche. Au départ, elle a réussi à être positive. Après ce qu'elle avait vécu, ce n'était pas forcément aisé. Ici, elle flirte avec le côté sombre qu'elle a côtoyé. Bien sûr, elle fait cela pour tenter de comprendre, et même s'il était nécessaire que Smoky agisse comme elle l'a fait, on peut comprendre (sans excuser) ce qu'a ressenti la jeune adolescente. Même si c'est dérangeant, il est logique que Bonnie ait eu ce genre d'idées. L'auteur a su lui donner davantage d'épaisseur. Je ne sais pas s'il y aura un tome 5 (le tome 4 date de 2009), mais il serait intéressant de voir comment évoluerait Bonnie. Comme je pense qu'au final, elle ferait les bons choix, cela serait une note d'espoir.

L'interrogatoire final m'a paru un peu long. Surtout que Smoky pose certaines questions dont les réponses sont logiques. Par exemple: pourquoi les victimes sont gardées en vie jusqu'à un certain moment. Il ne faut pas être agent du FBI pour deviner la réponse.
En outre, là encore, le coupable est démasqué parce qu'il le veut bien. Il explique que c'est pour pouvoir tout contrôler, et que s'il s'était contenté de s'enfuir sans se manifester, le hasard aurait fait qu'on l'aurait trouvé. Je trouve cet argument très léger. Cela rend l'ensemble bancal, pour moi.

Pour ce qui suit, je suis obligée de dévoiler un pan de l'intrigue. Ce n'est pas une chose qui va gâcher la lecture, mais c'est à propos de Smoky. Si vous ne voulez pas savoir, passez au paragraphe suivant.
L'auteur tombe dans le politiquement correct, ce que je trouve assez indigne et même hypocrite de sa part. Il nous dévoile les pires déviances de ce monde, et... Smoky est enceinte. La doctoresse qu'elle va voir lui explique qu'à son âge, il y a plus de dangers que son enfant soit atteint du syndrome de Down, et qu'on va surveiller cela. Et quand Smoky s'alarme, elle lui dit que de toute façon, ce qui comptera, au final, c'est le bébé, qu'il ait ce syndrome ou pas. Elle illustre ce propos pompeux par une question idiote: Smoky aurait-elle moins aimé sa première fille si elle avait eu ce syndrome. Et Smoky, sotte, répond en minaudant: bien sûr que non. Je trouve cet argument malvenu. En effet, si Alexa avait eu le syndrome de Down, elle n'aurait pas été la Alexa qu'a connue Smoky. Ensuite, notre héroïne affirme que la doctoresse a raison, que ce qui compte, c'est qu'elle veut cet enfant, et voilà. Mis à part qu'elle fait pleurer dans les chaumières, je trouve cette affirmation très légère. Avant d'avoir un enfant, il faut sérieusement se demander si on est capable de l'aimer sans restrictions, et d'accepter un handicap. Sachant que tous les handicaps n'ont pas les mêmes «inconvénients», le parent doit se demander ce qu'il est prêt à accepter. Il faut aussi penser à l'enfant. Il aura besoin de davantage d'attention et de soins qu'un enfant sans handicap. Smoky qui travaille vingt heures par jour (j'exagère, mais si peu), serait-elle capable de ralentir, voire d'arrêter de travailler pour se consacrer à son enfant? Bien sûr, Tommy l'aiderait, mais cela ne suffirait pas. Il faut aussi penser à l'après. Que deviendra l'enfant, s'il ne peut pas s'assumer une fois que ses parents auront disparu?
Je peux paraître très dure, mais je pense qu'il faut se poser ce genre de questions. Smoky étant posée et pondérée, je m'étonne qu'elle ait réagi comme une midinette, sans même réfléchir aux conséquences que cela pourrait entraîner. Cela ne va pas à son personnage. Soit, c'est politiquement correct... et cela me déçoit. J'aurais compris cela de la part de Danielle Steel, mais pas de celle de Cody McFadyen.

Attention! Passez aux renseignements sur la version audio si vous n'avez pas lu le livre.
Il n'est pas très crédible qu'on ait pris la coupable pour un homme tout au long du livre. L'auteur essaie de s'en sortir en expliquant que sa voix devient plus grave quand elle joue les hommes, etc. Mais il est impossible de masculiniser une voix féminine. Une femme peut avoir une voix très grave, on pourra toujours deviner (même si on peut hésiter), qu'elle est une femme. Il aurait été facile pour l'auteur de rendre cela crédible. Élevée comme un garçon, se sentant homme, la femme aurait pu prendre des hormones ce qui aurait modifié sa voix es sa pilosité, etc.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Joyce Bean pour les éditions Brilliance audio.

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