Wingshooters

L'ouvrage:
À huit ans, Michelle LeBeau va vivre chez ses grands-parents, Charlie et Helen, à Deerhorn, petit village du Wisconsin. Les habitants, très repliés autour de l'espèce de communauté qu'ils forment, acceptent mal l'enfant parce que sa mère est japonaise. Un jour, c'est la panique: un couple de noirs (les Garrett) s'installe à Deerhorn et y travaille.

Critique:
Ce roman m'a rappelé The year the colored sisters came to town, de Jacqueline Guidry, The wonder of Charlie Anne, de Kimberly Newton Fusco, Aurora Kentucky, de Carolyn D Wall, Out of darkness, d'Ashley Hope Perez, et Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, d'Harper Lee. On retrouve des thèmes abordés de manière complémentaire ou sous un autre angle. C'est une lecture assez dure psychologiquement, mais enrichissante.

L'histoire est racontée du point de vue d'une enfant qui est à la fois spectatrice et au coeur de l'action. Sans être aussi primesautière que Vivian Leigh (l'héroïne du roman de Jacqueline Guidry), ni aussi déterminée que Charlie Anne et Scout, Michelle perçoit tout ce qui se joue à Deerhorn en cette année 1974. Elle est très lucide quant à ce qu'elle ressent et ce qu'elle devine chez les autres. Bien sûr, son regard d'adulte racontant les faits des décennies plus tard met des mots sur les sensations que l'enfant n'a pas toujours pu nommer. Les sentiments de la narratrice vis-à-vis de son grand-père, par exemple, sont complexes, parce que celui-ci est plein de contradictions, et qu'elles ne sont pas anodines. La fillette ne peut se cacher qu'à l'instar de beaucoup d'habitants du village, Charlie est raciste, qu'il refuse de voir que le traitement appliqué aux Garrett est le même que celui infligé à sa petite-fille. Il vit très bien avec cela: pour lui, Michelle est une exception parce qu'elle est de son sang. Cela annule sa «différence» à ses yeux. Notre jeune héroïne, elle, ne parvient pas à vivre avec cette simplification. En outre, les non-dits sont légion. L'enfant devra faire le point sur ses sentiments seule: les affronter, les analyser, les digérer, les accepter. L'ambivalence de Charlie est une des forces du roman. Il ne peut être caractérisé par un seul paramètre. Cela ne se retrouve pas uniquement dans le fait qu'il est raciste. Il aime ses chiens et en prend soin, mais il adore chasser. Vous me direz que cela peut ne pas être incompatible: il bichonne ses chiens pour que ceux-ci soient de bons chasseurs...

Le racisme des villageois est assez violent: certaines discussions sont effrayantes. À Deerhorn, cela vient surtout du fait qu'on n'aime pas ce qui est différent, et qu'on a peur de ce qui semble trop exotique. Cependant, rien n'excuse la fermeture d'esprit et l'ignorance des villageois. Certains se démarquent un peu, comme Jim, qui, au départ, fait partie de la bande d'amis de Charlie, et qui a beaucoup de courage lorsqu'il s'agit d'aller contre ce que veulent deux d'entre eux. C'est un peu pareil pour Helen, qui, tant que les choses sont tues, parvient à vivre avec ce malaise dû au fait qu'elle se cache la vérité, et qui, à partir du moment où le docteur Gordon met des mots précis sur les faits, est obligée de voir la réalité. Tout comme pour Michelle (qui le fait seule), cela lui est douloureux. Helen souhaiterait continuer de trouver d'autres explications à certains faits, de prétendre qu'il est mal de se mêler des affaires des autres, mais cela ne lui est plus possible. Ce gouffre entre ce qu'on se raconte en se convainquant que c'est vrai et ce qu'on sait être vrai tout en se disant que si on ne l'exprime pas, cela n'a pas de réalité ou de prise, engendre un malaise, une sensation d'oppression qui a cours pendant presque tout le roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Johanna Parker pour les éditions Recorded Books.

J'aime bien Johanna Parker, même si je n'ai pas lu grand-chose qu'elle a enregistré. Ici, elle parvient à faire des voix un peu différentes pour Charlie, Helen, Earl sans que cela soit affecté.

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