jeudi, 9 août 2018

Les buveurs de lumière, de Jenni Fagan.

Les buveurs de lumière

L'ouvrage:
Londres, novembre 2020.
À trente-huit ans, Dylan McCray vient de perdre sa grand-mère et sa mère. C'est alors qu'il découvre qu'elles étaient criblées de dettes. Sa mère avait tout prévu, il a une possibilité de repli: une caravane garée à plus de 900 kilomètres de là, à Clachan Fells, en Écosse. Il s'y rend. Alors qu'un froid polaire envahit le monde, Dylan rencontre ses voisins de caravane, parmi lesquels Stella (douze ans) et sa mère (Constance).

Critique:
Je me méfiais un peu de ce roman en le commençant. Mes craintes ont vite été balayées. Je suis rapidement entrée dans la vie de ces gens attachants. Jenni Fagan parvient très bien à combiner des éléments dont l'assemblage paraît improbable. Ses personnages sont quelque peu étranges. Dylan, géant barbu et tatoué, piétine les apparences, puisque la sienne n'est pas un signe qu'il se range dans une catégorie quelconque. C'est juste un homme gentil qui tente de comprendre sa mère, et de trouver sa place dans la petite communauté de Clachan Fells.

Stella, parfois plus mature que sa mère, est celle par qui la plupart des émotions arrivent. Obligée de braver l'intolérance, la fillette vit les événements du mieux qu'elle le peut. Naturellement portée à la gentillesse et la drôlerie, elle prend goulûment tout ce que cette existence lui offre. C'est également elle la plus réaliste: elle ose formuler les craintes des adultes à haute voix.

Constance m'a un peu agacée, principalement à cause de son étrange rapport avec Alistair. Pourtant, je lui pardonne, car s'il y a une chose qu'elle fait bien, c'est aimer sa fille. Elle la protège, la défend, lui explique la vie sans fioritures et toujours avec bienveillance, et surtout, elle l'accepte. C'est probablement grâce à cet amour sain que Stella est si équilibrée. J'ai beaucoup aimé lire des épisodes de cette paisible relation entre une mère et sa fille.

Ces personnages au fort caractère sont confrontés à un climat devenu soudain très rude auquel ils doivent s'adapter. Cela contribue à l'ambiance parfois étrange du roman.
Par ailleurs, Stella doit faire face à des situations assez difficiles à gérer. Par exemple, la scène où elle est chez le médecin est consternante. La mère et la fille sont très claires, aucune n'a l'air de prendre le problème à la légère. Pourtant, le médecin reste coincé dans un carcan dont il ne sait pas lui-même pourquoi il existe. Stella et Constance ont beau lui donner des exemples assez parlants (de toute façon, même sans eux, il devrait être assez intelligent pour comprendre), il s'obstine.

D'un autre côté, c'est sûrement le caractère de la fillette qui fait qu'elle fera rire de situations graves. Par exemple, la gentille enfant désire aider son voisin à ranger sa caravane, et commence à le débarrasser de vieilleries. Lorsque j'ai compris sur quoi elle avait jeté son dévolu, je n'ai pas pu m'empêcher de rire à cause de ce qu'elle disait, tout en appréhendant la suite. J'aime beaucoup que les auteurs fassent ainsi: des situations graves assorties d'une dose d'humour. D'un autre côté, j'ai parfois été frustrée, sentant que les personnages (sauf Stella) avaient du mal à exprimer leurs sentiments.

Pour moi, la fin est un point d'interrogation. C'est au lecteur de choisir ce qu'il arrivera. Je n'ai pas réussi à trancher... Pourtant, certains indices font qu'on va plutôt pencher vers une solution. Certes, mais elle ne me plaît pas... Cela n'enlève rien à la justesse du roman, c'est seulement que je n'aimerais pas une telle fin.

Un roman grave, drôle, fin, abouti, soulevant certaines questions délicates avec naturel.

Éditeur: Métailié.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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samedi, 4 août 2018

Yggdrasil, tome 1: La prophétie, de Myriam Caillonneau.

Yggdrasil, tome 1: La prophétie

L'ouvrage:
La galaxie est dirigée par Dieu. Ceux qui ne croient pas en lui ou ne le montrent pas assez sont considérés hérétiques. Nayla Kaertan a vu une planète considérée rebelle être anéantie. Elle qui n'était déjà pas adepte d'une foi aveugle est devenue résistante. Or, voilà qu'elle entame quatre ans de circonscription dans un vaisseau de transport dans l'armée de Dieu. Affectée au pôle Sciences, elle commence par constater que son supérieur direct, le lieutenant Marden, est assez désagréable, ce qui la conforte dans l'idée que ces quatre ans vont être insupportables...

Critique:
Cette chronique n'est pas très facile à écrire. En effet, j'ai le sentiment d'être pleine de contradictions concernant ce roman. Par exemple, il m'a plu, et j'ai hâte de lire la suite. Cependant, j'ai peur que les personnages passent leur temps à se battre et à jouer au chat et à la souris... Autre exemple: je n'aime pas du tout les livres où le héros (ou l'héroïne) se rend compte qu'il est une sorte d'élu qui doit accomplir ceci ou cela, et pourtant, j'ai suivi les aventures de Nayla avec grand intérêt.

Autre chose m'a gênée... certains passages (notamment lorsqu'il est question de la déchirure) m'ont rappelé «La passe-miroir», de Christelle Dabos, comme si Myriam Caillonneau s'en était un peu inspirée. Cela m'a dérangée parce que j'aurais aimé que la référence soit clairement expliquée par l'auteur, surtout que c'est la seule chose qui m'a rappelé cette série: les trames des deux romans n'ont aucun rapport. Ceci dit, cela a peut-être été inconscient de sa part, ou bien j'ai vu une référence où il n'y en avait pas. Si c'est ainsi, je présente mes excuses à l'auteur pour cette remarque.

L'intrigue est bien menée. Nos héros connaissent de périlleuses aventures, évitent un piège pour en affronter un autre, font face à des cas de conscience... Je ne sais pas trop quoi penser de Dem. Je l'apprécie, mais ce que «voit» Nayla au chapitre 27 ne lui est pas favorable. Je pense quand même que Dem est sympathique.
Étrangement, Nayla m'a agacée. C'est la «gentille», donc j'aurais dû l'apprécier tout au long du roman. Pourtant, j'ai souvent trouvé qu'elle en faisait trop. Je lui préfère Mylera ou Leene Plaumec. Malgré cela, je l'apprécie. Je suppose que l'apprécier et être agacée par elle fait partie de mes nombreuses contradictions concernant ce roman.

L'écriture est fluide, le récit est rythmé.
Étant pinailleuse, je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer quelques maladresses syntaxiques. Par exemple, à un moment, Dem réconforte Nayla, et l'auteur dit «(...) lui dit-il avec une main sur son bras.» J'aurais écrit: «lui dit-il en posant une main sur son bras.»
Une autre fois, elle dit «elle se rappelait des fous rires» au lieu de «les fous rires» ou «elle se souvenait des fous rires». Une autre fois, elle dit «elle se rappelle Olima», et là, c'est une bonne tournure, parce qu'elle ne dit pas «d'Olima».

Je tiens à remercier Myriam Caillonneau pour sa dédicace, qui montre l'importance des chats pour certains d'entre nous. J'ai aussi compris pourquoi un peu de tristesse se dégage de cette dédicace, le chat n'étant plus là...

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Camille Lamache.

J'espère que je ne me trompe pas, mais je crois avoir lu, sur Twitter, que Myriam Caillonneau était très contente du travail de Camille Lamache sur «Yggdrasil». J'espère ne pas affirmer cela à tort. En tout cas, moi, j'ai aimé l'interprétation soignée de la comédienne. Elle parvient très bien à jouer tous les rôles sans aucune affectation, que ce soit dans les changements de voix ou dans les émotions exprimées. Cela n'a pas dû être simple. Entre les différents personnages et leurs forts sentiments, il devait être facile de surjouer, et de rendre certains passages mièvres. L'éditeur a su choisir la comédienne qui rend très bien le tout, se fondant parfaitement dans le texte et dans l'ambiance.
Je n'aurais pas prononcé Nayla comme l'a fait Camille Lamache (elle le prononce comme si cela s'écrivait Naïla), mais je préfère sa façon de prononcer à la mienne (je disais Neïla ou Nêla). En outre, je pense que cela a dû être concerté avec l'auteur.

Pour information, la structure du livre a été respectée.

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jeudi, 22 mars 2018

C'est le coeur qui lâche en dernier, de Margaret Atwood.

C'est le coeur qui lâche en dernier

L'ouvrage:
États-Unis. La misère et la criminalité sont de plus en plus présentes. Stan et Charmaine vivent dans leur voiture. Un jour, la jeune femme voit une publicité pour une ville où chaque habitant semble avoir une maison confortable, un bon travail... Le couple décide d'y tenter sa chance.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Bien sûr, on se doute vite que cette ville à l'air paradisiaque recèle quelque chose de bien moins plaisant. L'auteur n'en fait d'ailleurs pas un secret. Si j'ai eu envie de dire aux héros de ne pas se précipiter dans cet endroit, je me suis également demandé ce que je ferais si j'avais le choix entre une vie dans l'indigence et une vie en apparence sympathique, mais totalement surveillée.

Je pense qu'il y a un clin d'oeil au roman «Derrière l'épaule», de Jean-Pierre Andrevon. Outre que certaines façons de faire des dirigeants ressemblent à celles du roman, il est expliqué que Consilience est la descendante d'Harmonie, qui était le nom de la ville du roman d'Andrevon. Margaret Atwood explore le thème différemment. Une fois qu'on a identifié le problème, on tente d'en sortir... ou pas. Charmaine m'a agacée, surtout à cause de ce qu'elle fait lors des «déménagements». (Je le formule ainsi pour en dire le moins possible.) Cependant, on peut y voir une sorte de révolte contre les règles de Consilience.

Plus tard, l'auteur soulève d'autres idées. Par exemple, ses personnages sont en mesure de créer des robots presque plus réalistes que ce qu'ils sont censés imiter. Ah oui, mais la machine dérape, et rien ne se passe comme prévu. C'est un peu la même chose lorsqu'il s'agit d'obliger une femme à aimer le premier homme qu'elle verra après une opération. Sur Véronica, cela réussit très bien, ce qui donne lieu à un événement inattendu. Ces exemples (et d'autres) provoquent le rire. Margaret Atwood montre avec humour ce qu'il en coûte de vouloir imposer quelque chose. Cela m'a rappelé Serge Brussolo qui aime bien explorer les conséquences de la folie de certains hommes abusant de leur pouvoir. Seulement, lui le fait de manière à secouer le lecteur, lui montrant toutes les horreurs qui peuvent découler de cela.

Outre des idées savamment exprimées, l'intrigue fait qu'on ne s'ennuie pas. On découvre un élément, cela nous amène à autre chose, puis à autre chose, etc. La révélation de la toute fin met l'héroïne devant un choix qui lui semble difficile, et là encore, on se demandera ce qu'on ferait à sa place.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Comme d'habitude, j'ai été ravie de retrouver cette lectrice dont j'aime beaucoup les interprétations. Cependant, comme souvent (que ce soit elle ou un autre lecteur), je regrette qu'à trop vouloir prononcer certains noms à l'anglophone (ou à vouloir à tout prix ne pas les prononcer à la française), elle en fasse trop. Par exemple, il est expliqué que Consilience est un mot-valise formé de «condamné» et «résilience». Il n'y avait donc pas de raisons particulières de le prononcer à l'anglophone. Pour moi, il aurait été plus naturel que ce soit dit à la française. C'est pareil pour le nom de l'auteur: la lectrice tente de faire un «a» à l'anglophone, mais quel mal y a-t-il à prononcer Atwood avec un «a» à la française?

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jeudi, 1 mars 2018

Hypérion, de Dan Simmons.

Hypérion

L'ouvrage:
Futur.
Sept pèlerins se rendent sur la planète Hypérion. Leur but: le sanctuaire du gritche, figure mythologique, magique, dangereuse... Après que l'un d'eux a manifesté sa curiosité, chacun raconte pourquoi il est là.

Critique:
Il existe peu d'ouvrages de science-fiction contemporaine en audio. C'est pourquoi je ne connais pas beaucoup ce genre. Je trouve donc très bien qu'Audible ait produit cette série (entre autres).

Quant à mon ressenti, je ne me l'explique pas. Je n'ai pas accroché, sauf au chapitre 4 qui est le récit de Sol. Le roman est bien écrit (sauf de petites aspérités comme le mot «occasion» répété à quelques secondes d'intervalle). Chaque personnage a son style, son histoire. Le tout est très riche. Tout cela fait que je ne sais pas pourquoi je me suis ennuyée. Aucun (excepté Sol et sa famille) n'a su me toucher. Par exemple, j'ai compris les intentions de Kassad, et je les ai trouvées honorables, mais pendant les trois quarts de sa narration, j'attendais qu'il en vienne au fait. J'ai compati lors du récit du prêtre, mais en restant à distance. Lorsque Lamia décrivait des scènes de poursuite, qu'elle et son compagnon étaient en danger, ma sympathie allait vers eux, mais en même temps, je me disais que tout cela traînait. Cela a été pareil pour les autres intrigues. Les faits exposés glissaient sur moi.

Je sais que ce livre est très apprécié, et j'ai conscience que cet engouement est mérité, car l'auteur aborde certains thèmes de manière juste, comme par exemple, une civilisation qui veut en renverser une autre, ou la vanité de l'homme souhaitant recréer un poète disparu. Bien sûr, le chapitre qui m'a plu évoque également des thèmes importants. Sol remet Dieu en question, et il le fait dans la douleur. J'ai eu l'impression qu'à travers le regard du personnage, Dan Simmons fustige le mythe d'Abraham, en en démontrant toute l'horreur. Pour ceux qui n'auraient pas cette légende en tête, Dieu a commandé à Abraham de lui sacrifier son enfant, et a retenu son bras au dernier moment. Ce que Sol remet en cause est l'acceptation d'Abraham.
Au long du livre, il y a des références, des clins d'oeil humoristiques à des choses que nous connaissons, dont le romancier détourne les codes.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Matthieu Dahan.

Je ne connaissais pas du tout ce comédien. J'ai beaucoup apprécié son interprétation. Il est parvenu à modifier sa voix selon les personnages sans que cela soit affecté. Ce n'est pas facile à faire, car chacun a son style. Je pense, par exemple, au contraste entre Martin et Sol. Tout au long de l'ouvrage, le jeu du comédien est naturel, sa diction est soignée. Je l'entendrai à nouveau avec grand plaisir. J'espère qu'il enregistrera d'autres livres, et qu'ils me plairont. Pour ceux qui sont intéressés, il a enregistré la série «Hypérion» en entier.

Pour information: la structure du livre n'a pas pu être respectée. Les chapitres, assez conséquents, sont coupés en trois ou quatre pistes.

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jeudi, 14 décembre 2017

Ada, d'Antoine Bello.

Ada

L'ouvrage:
Ada est une intelligence artificielle mise au point par et pour la société Turing. Son objectif premier (une sorte d'entraînement avant de lui assigner une autre mission) était d'écrire un roman à l'eau de rose. Elle s'acquitte de sa tâche, mais apparemment, certains éléments ne sont pas au point. C'est alors qu'Ada disparaît. Franck Logan est le policier chargé de l'enquête.

Critique:
Je ne sais pas trop pourquoi, mais je m'attendais à un thriller échevelé. Ce n'est pas le cas, mais cela ne m'a pas gênée ou déçue. D'ailleurs, je ne sais pas vraiment comment l'auteur se serait débrouillé d'un thriller échevelé. Il prend le temps de présenter Ada au lecteur. On s'identifiera à Franck qui est aussi novice que nous, et à qui différentes personnes travaillant chez Turing vont expliquer comment a été conçue l'intelligence artificielle, comment elle «se comporte», etc. Ensuite, le romancier montre en détails la vie de Franck. À ce moment, je me suis demandé pourquoi il était si présent. Cela ne me déplaisait pas, mais je ne m'y attendais pas. Par exemple, on assiste à une de ses séances de création d'haïkus, on découvre sa famille, etc.

Certaines scènes sont assez drôles, notamment lorsque Franck décortique le livre écrit par Ada. Antoine Bello s'est amusé à reproduire les codes de ce type de livres de manière presque caricaturale, tout en y insérant d'hilarantes malfaçons dues au fait qu'Ada n'est pas totalement au point. Au-delà des romans de gare, il évoque l'écriture: comment elle peut être détournée, marchandée, frelatée. De plus, les événements contés dans «Ada» font réfléchir aux conséquences de la rapacité de certains. À court terme, ce serait ce qu'entrevoit Franck, mais à long terme, l'abrutissement des masses s'étendrait. Je ne peux pas trop en dire, mais tout est bien développé et analysé.

Quant à ce qui est révélé au policier, je ne l'ai pas vu venir, tout comme lui. Pourtant, il est certaines choses logiques auxquelles j'aurais dû m'attendre. Cela veut dire qu'avec moi, l'auteur a réussi son pari: je me suis laissée porter, sans chercher plus loin.

La fin m'a plu. Bien sûr, j'aurais aimé savoir quelle solution est la bonne, mais le romancier fait en sorte que le lecteur ne soit pas frustré.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Roger Guillard pour la Ligue Braille.
J'aime bien ce lecteur à la voix douce et sympathique. Il est peut-être un peu sobre, mais met le ton approprié. Sur la fin de l'ouvrage, il m'a semblé qu'il disait une ou deux fois un mot pour un autre, comme «opinions» à la place d'«options». Je sais que cela arrive lorsqu'on est très pris par la lecture, et qu'on ne s'en rend pas toujours compte.

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