jeudi, 5 novembre 2020

Le petit paradis, de Joyce Carol Oates.

Le petit paradis

L'ouvrage:
Après les attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis ont mis au point un plan réduisant les risques que cela arrive à nouveau. L'héroïne, Adriane Strohl, dix-sept ans, évolue donc dans un monde où, entre autres, peu de choses sont enseignées. Après qu'elle a posé trop de questions dans un discours qu'elle devait prononcer à l'occasion de l'obtention d'un prix, elle est envoyée en exil en 1959.

Critique:
Depuis plusieurs années (pas loin de vingt), je souhaite lire Joyce Carol Oates tout en me méfiant d'elle. Certains résumés de ses romans m'attiraient, mais à entendre vanter sa pertinence, je craignais qu'elle ne soit comme Philip Roth et Nancy Huston: beaucoup les encensent, et je ne les supporte pas. Je me suis lancée dans ce roman parce que le résumé me tentait, mais aussi parce qu'il est enregistré par Andi Arndt, dont j'apprécie beaucoup le jeu, et qui, malheureusement pour moi, lit peu de romans qui me tentent. Ce roman m'a plu, j'essaierai donc d'autres écrits de cette autrice.

Lorsqu'Adriane commence à décrire la société dans laquelle elle vit, on se rend vite compte qu'on est dans une sorte de totalitarisme. D'autres ont décrit ce genre, et certains ont fini par m'ennuyer. Ici, cela n'a pas été le cas. Le thème et la façon de l'aborder a beau avoir été plusieurs fois exploité, Joyce Carol Oates a su faire en sorte que sa description, tout en rappelant des choses connues, soit originale.

L'héroïne m'a tout de suite été sympathique. Au départ, son but n'est absolument pas d'être subversive. Elle veut seulement satisfaire sa curiosité naturelle. Elle sait comment faire pour ne pas être remarquée, mais n'y parvient pas toujours. Elle sait que creuser certaines choses est risqué, mais elle n'imagine pas que les questions qu'elle se pose peuvent être vues comme subversives. Lorsqu'elle se retrouve dans une université en 1959, elle garde cette candeur.
Il y a une scène à la fois grave et drôle: celle de la machine à écrire...

J'ai apprécié que Joyce Carol Oates ne nous montre pas le monde de 1959 comme parfait par rapport à celui où évoluait Adriane avant. Elle s'attache à montrer les mauvais côtés du monde post 11 septembre, mais aussi certaines aspérités de celui des années 60. Par exemple, elle évoque un chercheur qui travaille à l'université où va son héroïne. Ce professeur veut prouver les effets positifs des choses comme les électrochocs, la lobotomie, etc. Pendant longtemps, on a usé et abusé de ces méthodes, et à mon avis, ceux qui les utilisaient savaient qu'elles ne causaient que dommages.

L'intrigue suit son cours sans temps morts, sans incohérences. Cependant, à la fin, certaines questions restent. En fait, soit c'est moi qui n'ai pas tout compris, soit l'autrice reste nébuleuse sur certains éléments à dessein. Par exemple, que signifie la rencontre d'Adriane et de celui que j'appellerai docteur Cosgrove? J'en ai bien une idée, mais j'aurais voulu que tout soit expliqué en détails. Qu'est-il arrivé à Wolfman? Là encore, je pense savoir, mais si cela est possible, pourquoi Cosgrove, lui, est-il toujours vivant?... Adriane finira-t-elle par se souvenir? D'ailleurs, que se passera-t-il au moment où son exil prendra fin? Donc, comme pour d'autres romans, j'aurais souhaité des chapitres supplémentaires. Là, il y a un goût d'inachevé. Il n'empêche que ce livre m'a beaucoup plu, et que je le recommande.

Éditeur français: Points.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Andi Arndt pour les éditions Harper Audio.

J'ai été contente de retrouver Andi Arndt et son jeu «cool, calm, and clear», tel que défini sur son site et dans sa signature. Là encore, elle ne m'a pas déçue, et a parfaitement illustré cette définition.

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lundi, 20 juillet 2020

Métro 2035, de Dmitry Glukhovsky.

Métro 2035

Note: Ce roman est la suite de «Métro 2034».

L'ouvrage:
2035. Les moscovites vivent toujours dans les stations du métro. Un jour, à la surface, Artyom a entendu un signal radio. Il espère donc qu'il existe d'autres survivants, et peut-être même, des endroits de la Terre qui ne seraient pas soumis aux radiations. De ce fait, il se rend tous les jours à la surface, et envoie des signaux radio, espérant une réponse. À VDNKH, on le prend pour un fou.
Un jour, Homère entre en contact avec lui, et lui dit qu'il est vrai qu'il y a des survivants ailleurs.

Critique:
Ce troisième tome de la série m'a beaucoup plu. J'ai retrouvé Artyom et Homère avec plaisir. Je ne sais pas ce que j'aurais fait à la place d'Artyom: personne ne veut l'écouter, et il s'évertue à ne pas abandonner ses semblables. Il paraît ne jamais se lasser de se répéter, voyant pourtant qu'il est décrié, voire davantage...
J'ai compris Homère qui, sans être une mauvaise personne, finit par expliquer à Artyom ce que veulent les gens. Homère n'est pas du tout à blâmer, à l'inverse d'autres personnages qui disent aimer les autres et les assujettissent, mais il finit par se résigner à faire ce qu'il peut pour que tout le monde ait une vie à peu près correcte... Oui, mais elle n'est pas si bonne que ça, cette vie...

Quant à l'intrigue, elle est bien menée. Il y a des rebondissements: ils arrivent à propos, et l'auteur n'exagère pas. Il ne s'amuse pas à faire d'inimaginables coups de théâtre qui gâcheraient tout. Ses «révélations» sont plutôt crédibles quand on sait comment peuvent se comporter ceux qui tiennent le pouvoir... De plus, même si la vie souterraine n'est pas bonne, certains ne veulent surtout pas la quitter. Comme le dit le père adoptif d'Artyom, ils ont leurs repères, ils ne peuvent pas s'en séparer pour un «peut-être».

Pendant son périple, Artyom découvre forcément la manière de vivre des stations dans lesquelles il passe. Là encore, je pense que l'auteur n'exagère pas. Il est logique que tel élément fasse que les choses tournent de telle manière. Je n'ai pas été surprise qu'Artyom rencontre l'extrême pauvreté (illustrée, entre autres, par le premier possesseur de la poule). D'une manière générale, l'auteur décrit très bien les comportements de cette société et de ceux qui la dirigent. Il soulève donc d'intéressantes questions...

L'évolution des relations entre Artyom et Anna m'a un peu interpellée. Au départ, j'ai à peu près compris pourquoi Artyom ne veut plus vivre avec Anna, mais ensuite, j'ai trouvé son évolution un peu étrange. Elle m'a plu parce que je préfère quand ça se termine bien, et parce qu'Anna m'a été sympathique, mais je ne l'ai pas vraiment comprise.

Le roman a une véritable fin, mais cette fin ne ferme pas la porte à une suite. Je ne sais pas trop ce qui arriverait, parce qu'Artyom, s'il veut aider les autres, n'est pas stupide. De plus, je pense que l'auteur a très bien (donc suffisamment) exploré la psychologie des uns et des autres (que ce soit en groupe ou de manière individuelle). Cependant, je pense qu'il ne serait pas impossible qu'il y ait une suite.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julien Chatelet.

Dans ce tome 3, Julien Chatelet a dû jouer une galerie de personnages et de sentiments. Il n'avait pas la partie facile, et s'en est très bien tiré: jamais trop sobre, jamais affecté, son ton est toujours adéquat.

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jeudi, 16 juillet 2020

Métro 2034, de Dmitry Glukhovsky.

Métro 2034

Note: Ce roman est la suite de «Métro 2033».

L'ouvrage:
2034. La station Sevastopolskaya attend une caravane de réapprovisionnement. Le groupe de reconnaissance envoyé à sa rencontre ne revient pas. Hunter, arrivé depuis peu, décide de tenter d'élucider ce mystère. Il emmène Homère (vieil homme surnommé ainsi car il est avide d'histoires à entendre et à raconter) avec lui.

Critique:
Je me demandais comment il pouvait y avoir une suite à la fin de «Métro 2033». Cette suite m'a plu, même si j'ai regretté qu'on voie très peu Artyom. Je me suis vite attachée à Homère et à Sacha. Quant à Hunter, il m'a rapidement agacée. Pourtant, il ne fait que subir les conséquences du genre de traumatisme vécu par Artyom, puisqu'il a subi à peu près le même.

Tout comme dans «Métro 2033», nous assistons à un périple semé de péripéties. Certains personnages vont, en quelque sorte, à la rencontre d'eux-mêmes, car ils sont confrontés à des situations dans lesquelles ils doivent décider quel genre de personnes ils seront. Léonide, par exemple, m'a autant déplu qu'à Homère. Cependant, il a su prendre certaines décisions importantes, et a montré qu'il n'était pas seulement un garçon un peu superficiel. Dans ce monde post-apocalyptique, Homère et lui apportent un parfum de Moyen-Âge: le vieil homme raconte des histoires, Le musicien joue de la flûte. Ce qui arrive dans ce roman n'est pas sans évoquer les événements du tome précédent, d'abord parce qu'Hunter a été traumatisé par ceux-ci, mais aussi parce qu'une erreur similaire est commise. Tout comme dans le tome 1, c'est très réaliste, malheureusement pour les personnages. Ces échos du tome 1 ne sont pas du tout synonymes d'ennui. L'auteur ne se répète pas. De plus, il n'y a pas de temps morts.

Sacha est sympathique. J'ai seulement trouvé un peu lourd qu'elle pense qu'Hunter a besoin d'elle, qu'elle s'accroche à lui... Elle n'a pas forcément tort, mais sa façon de le brandir m'a agacée. Ce n'est pas très grave, car c'est la seule chose qui m'a gênée à son sujet. Du reste, j'ai apprécié sa persévérance à vouloir sauver la station.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julien Chatelet.

Le comédien n'a pas démérité. Il n'a pas fait d'horribles effets de voix pour Sacha (qui est une fille) ou Homère (qui est un vieillard). Cela aurait dénaturé son jeu. Il a donc pris les voix adéquates pour chacun, et a joué leurs sentiments sans affectation.

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mardi, 11 février 2020

Métro 2033, de Dmitry Glukhovsky.

Métro 2033

L'ouvrage:
2033. La terre est devenue inhabitable car radioactive. Certains se sont réfugiés sous terre, dans les couloirs du métro. Artyom vit, avec son père adoptif, dans la station VDNKH.
Un jour, son ami et lui décident de faire partie d'une expédition apportant des vivres à une station amie. Artyom a une autre raison de partir...

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Par certains côtés, il m'a rappelé «Neverwhere». Non que son auteur ait copié sur Neil Gaiman, mais l'ambiance m'y a fait penser. De plus, il y a quelques clins d'oeil, comme par exemple Chasseur, ou le fait que le monde où vit Artyom soit souterrain.

Notre héros va de péripéties en mésaventures. Il est emporté dans un tourbillon d'événements, dont certains lui sont presque fatals. Mais il y a aussi des éléments amusants, qui, en plus, s'enchaînent. Je pense à la course de rats, à ses conséquences, à la manière dont Artyom parvient à fuir ces conséquences, et enfin à la nature de ceux qui finissent par le recueillir. Ces personnages sont l'occasion pour l'auteur de critiquer toute forme de fanatisme.
Tout cela pour dire que malgré son épaisseur, le roman ne souffre pas de temps morts. À mon avis, il fait partie de ces livres dans lesquels on découvre quelque chose de nouveau à chaque relecture. En effet, il foisonne d'aventures, de thèmes assez importants (le racisme, le fait que l'homme dégrade la terre, la recherche des racines...).

Au cours de son périple, Artyom croisera des gens qui se montreront aimables et secourables, puis qui disparaîtront de la vie du jeune homme. C'est un peu déroutant, mais c'est la vie.

Ce que nous apprenons à la fin m'a rappelé un roman de Serge Brussolo. D'ailleurs, outre «Neverwhere», l'ambiance du roman (surtout l'enchaînement des péripéties) m'a rappelé l'écriture de Brussolo d'une manière générale. Cette fin rappelle aussi au lecteur de ne jamais se fier aux apparences. Cette remarque est extrêmement banale, voire remâchée, mais il faut bien que je donne mon ressenti sans dire ce qu'est cette fin. En tout cas, je ne m'y attendais pas.

Je sais qu'il y a une suite (elle sort prochainement en audio), et j'ai hâte de voir ce qu'elle réserve. Je suis contente que les choses ne se terminent pas ainsi, mais je me demande comment elles vont pouvoir repartir. Eh bien, je le saurai en lisant le tome 2.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julien Chatelet.

Je retrouve toujours ce comédien avec plaisir. Ici, il n'a pas démérité. Il se glisse dans la peau des personnages, et leur donne vie sans exagération. Par exemple, à un moment, il doit jouer quelqu'un qui veut absolument sortir ses compagnons de l'espèce d'hallucination dans laquelle ils sont plongés. Le personnage, pris de frénésie, se met à chanter, espérant secouer ses acolytes. Julien Chatelet joue parfaitement cette scène: on sent la détermination du personnage, on entend son sentiment d'urgence.

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jeudi, 23 janvier 2020

L'empire de sable, de Kayla Olsen.

L'empire de sable

L'ouvrage:
En 2055, le monde fut bouleversé, et des hommes se désignant comme les loups, prirent le pouvoir. Tous les «privilégiés» furent envoyés au goulag, et les «loups» investirent leurs maisons, et profitèrent du luxe qu'ils leur avaient arraché.
Eden est adolescente, et fait partie des anciens privilégiés. Cela fait deux ans qu'elle prépare son évasion. Ce jour-là, elle va mettre son plan à exécution.

Critique:
Ce lire me tentait moyennement parce que j'avais peur que ce soit un de ces romans à la «Hunger games». De plus, des avis disaient que l'autrice en faisait trop. Cependant, le livre étant enregistré par Adeline Chetail (dont j'aime le jeu), et ces denrées étant rares, je me suis laissée tenter. Mon sentiment est mitigé.
D'une manière générale, il n'y a pas de temps morts. Comme le disent des avis, certains rebondissements sont trop gros, mais en tout cas, on ne s'ennuie pas. Les pièges de la jungle sont sûrement les rebondissements qui m'ont le plus plu. Parmi ceux que j'ai trouvés gros, il en est un auquel je m'attendais, et j'espérais que Kayla Olsen ne ferait pas quelque chose de si spectaculaire... Hé si, elle l'a fait! ;-)

Au départ, j'étais contente, parce qu'on ne suivait que des filles: sachant depuis le début qu'Eden était hétérosexuelle, je pensais échapper à une histoire d'amour sirupeuse. Malheureusement, l'autrice a sorti des garçons de sa manche.

Eden ne m'a pas autant cassé les pieds que Katniss («Hunger games»). Elle ne tente pas de faire croire au lecteur qu'elle est parfaite (à l'inverse de Katniss), elle essaie de ne pas trop juger ce qu'elle ne comprend pas (je pense surtout à Alexa) même si elle est tentée. De plus, j'ai compris sa douleur lorsqu'elle se rappelle certaines choses, son attachement quasi fanatique au guide de son père, et Tout cela fait que je m'identifiais facilement à elle.
Quant aux autres personnages, je les ai globalement appréciés (les «gentils», en tout cas), sauf Finnley. Je n'ai pas réussi à accrocher avec elle.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Adeline Chetail pour les éditions Lizzie.

J'apprécie beaucoup cette comédienne lorsque j'entends ses doublages. Cela fait longtemps que j'espère qu'elle va enregistrer des livres. Dans ce roman, son interprétation a répondu à mes attentes. Elle rend l'ambiance, les sentiments des protagonistes, et n'est ni trop sobre ni cabotine. Malheureusement pour moi, le seul autre livre qu'elle a enregistré ne me tente pas du tout. J'espère qu'elle en enregistrera beaucoup d'autres qui me tenteront.

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