jeudi, 14 décembre 2017

Ada, d'Antoine Bello.

Ada

L'ouvrage:
Ada est une intelligence artificielle mise au point par et pour la société Turing. Son objectif premier (une sorte d'entraînement avant de lui assigner une autre mission) était d'écrire un roman à l'eau de rose. Elle s'acquitte de sa tâche, mais apparemment, certains éléments ne sont pas au point. C'est alors qu'Ada disparaît. Franck Logan est le policier chargé de l'enquête.

Critique:
Je ne sais pas trop pourquoi, mais je m'attendais à un thriller échevelé. Ce n'est pas le cas, mais cela ne m'a pas gênée ou déçue. D'ailleurs, je ne sais pas vraiment comment l'auteur se serait débrouillé d'un thriller échevelé. Il prend le temps de présenter Ada au lecteur. On s'identifiera à Franck qui est aussi novice que nous, et à qui différentes personnes travaillant chez Turing vont expliquer comment a été conçue l'intelligence artificielle, comment elle «se comporte», etc. Ensuite, le romancier montre en détails la vie de Franck. À ce moment, je me suis demandé pourquoi il était si présent. Cela ne me déplaisait pas, mais je ne m'y attendais pas. Par exemple, on assiste à une de ses séances de création d'haïkus, on découvre sa famille, etc.

Certaines scènes sont assez drôles, notamment lorsque Franck décortique le livre écrit par Ada. Antoine Bello s'est amusé à reproduire les codes de ce type de livres de manière presque caricaturale, tout en y insérant d'hilarantes malfaçons dues au fait qu'Ada n'est pas totalement au point. Au-delà des romans de gare, il évoque l'écriture: comment elle peut être détournée, marchandée, frelatée. De plus, les événements contés dans «Ada» font réfléchir aux conséquences de la rapacité de certains. À court terme, ce serait ce qu'entrevoit Franck, mais à long terme, l'abrutissement des masses s'étendrait. Je ne peux pas trop en dire, mais tout est bien développé et analysé.

Quant à ce qui est révélé au policier, je ne l'ai pas vu venir, tout comme lui. Pourtant, il est certaines choses logiques auxquelles j'aurais dû m'attendre. Cela veut dire qu'avec moi, l'auteur a réussi son pari: je me suis laissée porter, sans chercher plus loin.

La fin m'a plu. Bien sûr, j'aurais aimé savoir quelle solution est la bonne, mais le romancier fait en sorte que le lecteur ne soit pas frustré.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Roger Guillard pour la Ligue Braille.
J'aime bien ce lecteur à la voix douce et sympathique. Il est peut-être un peu sobre, mais met le ton approprié. Sur la fin de l'ouvrage, il m'a semblé qu'il disait une ou deux fois un mot pour un autre, comme «opinions» à la place d'«options». Je sais que cela arrive lorsqu'on est très pris par la lecture, et qu'on ne s'en rend pas toujours compte.

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jeudi, 7 décembre 2017

Les brigades du chaos, de Serge Brussolo.

Les brigades du chaos T1

L'ouvrage:
Los Angeles, 2025.
MaThias Faning travaille à la morgue. Il est chargé d'extraire les derniers souvenirs des assassinés, au cas où ils auraient vu leur meurtrier. Sa femme est dépendante du Rubout, une drogue qui fait oublier les derniers événements vécus. Plus on en prend, plus on oublie.

Koban est un géant né sur Mars. Il a été en contact avec la poussière des martiens, ce qui lui a laissé d'étranges séquelles. Aujourd'hui, il pense avoir une mission à accomplir.

Critique:
Ce livre a été coupé en trois tomes, mais ce découpage n'a pas lieu d'être.

J'ai aimé la mise en place du roman parce que Brussolo déborde d'imagination. Il nous plonge dans cet univers de science-fiction où beaucoup de choses captivantes ont cours. Les inventions mentionnées dans le résumé sont exploitées de différentes manières. Leur utilisation première est détournée, ce qui n'étonnera pas venant des hommes. J'ai bien sûr adoré voir comment certaines choses étaient perverties.

Brussolo aimant mêler les genres, il insère du fantastique et un peu de suspense. Ce mélange donne un roman riche. J'ai suivi avec intérêt la progression des personnages. Au départ, on ne sait pas trop où va l'auteur, ce qui est une bonne chose. Ensuite, il y a une partie que j'ai moins aimée: celle où les protagonistes sont dans le flou, et le professeur Mikofsky raconte ce qui est arrivé à la Terre. C'est aussi à ce moment que de curieux phénomènes arrivent à cause des interventions de Koban. Certains m'ont paru un peu lents. Mais cela ne dure pas.

La solution que trouve le professeur Mikofsky pour éviter la catastrophe m'a laissée perplexe. D'abord, elle est très simple, et je ne l'ai pas devinée. Cela veut dire que j'ai été assez immergée dans l'histoire pour ne pas trop me poser de questions. Ensuite, il ne peut pas être sûr que cette solution ne signifie pas chasser un mal par un autre, à cause de ses conséquences. D'un autre côté, il est logique que Brussolo ait inventé quelque chose de ce genre.

Éditeur: Fleuve noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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lundi, 31 juillet 2017

Ashes ashes, de Jo Treggiari.

Ashes ashes

L'ouvrage:
Après qu'un virus a décimé la population, Lucy Holloway, seule rescapée de sa famille, tente de survivre depuis au moins un an. C'est alors qu'elle rencontre quelques survivants. Épuisée d'être seule, effrayée par les redoutables balayeurs qui enlèvent n'importe qui n'importe quand, Lucy se joint à cette petite bande.

Critique:
Globalement, ce roman m'a plu. Pourtant, il ne se démarque pas vraiment. Jo Treggiari a repris les ingrédients du genre, et en a fait un roman post-apocalyptique. L'héroïne est impétueuse, comme ses consoeurs du genre. Cependant, elle ne m'a pas agacée. À un moment, elle veut combattre les balayeurs contre toute raison. Malgré son entêtement insensé, j'ai très bien compris son point de vue. Je n'ai pu m'empêcher de la comparer à Katnis, l'héroïne de «Hunger games». Je l'ai trouvée plus humaine, car moins grandiloquente.

Il y a une ressemblance un peu trop forte à mon goût avec «Les chroniques lunaires». Je pense à ce qui concerne l'héroïne et le virus, son sang... Je parle de ce que j'ai lu, mais si ça se trouve, d'autres livres utilisent ce schéma. J'espère que non, car cela peut devenir lassant.

Certains rebondissements ne sont pas de vraies surprises. Par exemple, ce que fait Del à un moment... Dans le même ordre d'idées, il est un peu gros que Lucy et Aiden acceptent une tasse de café de leurs ennemis sans sourciller.
C'est la même chose en ce qui concerne certaines découvertes quant aux balayeurs. La traque qui a lieu vers la fin relance l'intérêt du lecteur, mais en fait, rien de ce qui la concerne n'est vraiment surprenant.
Je pense que c'est surtout dû au fait que ce roman arrive après d'autres qui ont déjà utilisé ces ficelles.

Quant à l'histoire d'amour, elle s'insère assez bien dans l'intrigue. Elle n'est pas gênante comme elle peut l'être dans «Hunger games». En outre, elle fait partie des topoï du genre.

Ma chronique n'est pas vraiment positive. J'ai pourtant passé un bon moment avec ce roman dans lequel je me suis facilement plongée, qui allie aventure, énigmes, personnages sympathiques...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Oasis Audio.

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lundi, 12 juin 2017

The immortalist, de Scott Britz.

The immortalist

À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
La virologue Cricket Rensselaer-Wright revient aux États-Unis, après un séjour en Afrique. Elle se rend à l'institut de recherches où exerça son père. Non loin, habitent son ancien mari (Hank) et leur fille (Emmy). C'est à cette occasion que la jeune femme revoit son mentor, également ami de son défunt père: Charles Gifford. Celui-ci lui demande de rester pour assister à la loterie qui aura lieu dans cinq jours et qui désignera cent personnes pouvant se faire injecter le vecteur Methuselah, gène de l'immortalité, mis au point par Gifford.

Critique:
J'ai aimé cette lecture, mais les défauts du roman font que je ne le recommanderai pas.

Dans ce genre de thrillers, le lecteur est supposé s'attacher au héros ou à l'héroïne. Ici, ce rôle revient à Cricket. Il est bon qu'elle ne soit pas parfaite afin de ne pas être terriblement agaçante, mais les défauts qu'a choisi de lui attribuer l'auteur la montrent comme quelqu'un de très bête, à mon avis. Elle n'a pas été une bonne mère pour Emmy, et soudain, elle débarque et entend jouer son rôle. C'est très bien, mais quelqu'un qui aurait décidé d'être une bonne mère aurait commencé par s'installer dans la ville, et aurait voulu essayer de mieux connaître sa fille en la laissant dans son environnement. Que nenni! Cricket, qui semble très capricieuse, veut que sa fille parte avec elle immédiatement. Bien sûr, cela énerve Emmy qui répète à sa mère sur tous les tons qu'elle ne souhaite pas partir avec elle pour plusieurs raisons, la principale étant que Cricket a été tellement absente (même lorsqu'elle était encore mariée au père d'Emmy) que l'adolescente a l'impression de ne pas la connaître. Cricket (qui n'a peut-être pas connecté tous ses neurones) s'obstine, pique des colères, puis se lamente parce qu'Emmy ne veut plus la voir. Cela ne la rend pas particulièrement sympathique.
Il y a bien un moment où elle se repent pour ses mauvaises actions, mais pour moi, cela vient un peu tard. On dirait que l'auteur a pensé: «Bon, maintenant, il faudrait que sa fille se mette à l'aimer. Oui, mais alors, il faudrait qu'elle reconnaisse à quel point elle a été c****.» D'autre part, notre héroïne (et pas seulement elle) pense qu'un adultère moral est moins grave qu'un adultère physique. À partir du moment où il n'y a pas eu fusion des corps, le fait de l'avoir ardemment souhaité importe peu...

Vous allez me dire que je pinaille, que le plus important, c'est cette histoire de gène de l'immortalité. Soit. Seulement, là encore, Scott Britz a un peu gâché ce qui aurait pu ne pas l'être. D'abord, le lecteur un peu futé sait qu'il y aura forcément des complications. Ensuite, l'auteur donne trop d'indices: dès que la première complication arrive, je savais qui l'avait causée. Je savais à quoi c'était lié. Les personnages le découvrent assez tard. Attendre cette trouvaille est un peu long. En plus, rien ne les pousse à chercher de ce côté, sauf... l'instinct de Cricket. Comme elle me tapait passablement sur le système, le fait que son seul instinct ait raison m'a un peu agacée.

Il y a d'autres étrangetés. Par exemple, si on fait chauffer quelque chose au micro-ondes, puis qu'on ouvre le micro-ondes tout de suite après, je suppose que des vapeurs de ce qui a chauffé se répandent aux alentours. Notre virologue y fait chauffer ce qu'elle considère être un dangereux virus, et personne n'est protégé (même pas elle) lorsqu'elle ouvre le micro-ondes ensuite. Cherchez l'erreur.
Si on peut comprendre que l'obstination de Gifford l'emmène très loin, voire jusqu'à la folie, alors on aura du mal à comprendre ce qu'il pense à la fin. Ce n'est pas très logique, étant donné sa conduite tout au long du roman.

En fait, j'ai aimé lire ce roman, mais je me rends compte que je n'en tire pas grand-chose de positif... J'ai suivi avec intérêt la lutte et les recherches de Cricket pour vaincre ce virus inconnu et foudroyant. J'ai apprécié certains personnages, comme Hank, le docteur Wagner (qui est perdu dans ses recherches et en est parfois comique), Emmy qui n'a pas la langue dans sa poche, et semble bien plus équilibrée que sa mère...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Simon and Schuster Audio.

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lundi, 12 décembre 2016

Des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes.

Des fleurs pour Algernon

Note: ma chronique porte sur le roman. Ce dernier fut écrit après la nouvelle.

L'ouvrage:
Des scientifiques ont mis au point une technique pour développer l'intelligence. Après l'avoir testée sur une souris du nom d'Algernon, ils veulent un humain pour cobaye. Aiguillonnés par miss Kinnian, une institutrice qui donne des cours à des adultes attardés, ils choisissent Charlie Gordon. Celui-ci a un QI de 70 et une énorme envie d'apprendre.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Daniel Keyes aborde plusieurs thèmes avec justesse. Par exemple, les conséquences de l'opération faite à Charlie sont nombreuses. Certes, son intelligence croît, mais cela lui fait découvrir certaines réalités qui le blessent. Il s'est tissé un cocon de bien-être où les choses semblaient simples et où il pensait avoir des amis, et il se rend compte que c'est bien plus complexe. Lorsqu'il comprend que ses soi-disant amis se moquent de lui, il en souffre. Seulement, lui-même se montre parfois condescendant envers ceux qui n'ont pas sa capacité à assimiler et à comprendre. L'auteur ne veut pas dire que l'intelligence apporte la méchanceté, car Alice, elle, n'est jamais moqueuse ou injuste.
Quant aux différents docteurs et savants, Charlie leur en veut de ne voir en lui qu'un cobaye témoignant de leur réussite. Il est vrai qu'on aurait pu s'attendre à davantage d'humanité de leur part, mais ils ne sont pas toujours obsédés par leurs résultats. En outre, l'un d'eux invite Charlie à se pencher sur les circonstances, sur la vie du savant qui semble le plus antipathique. Il est quand même vrai que ces hommes manquent d'empathie, et si Charlie est là pour le leur faire remarquer, Algernon, elle, ne le peut pas.

D'autre part, l'opération permet à Charlie de retrouver des souvenirs enfouis dans son inconscient et de les analyser avec ses facultés décuplées. Là encore, il se demandera si c'est une bonne chose, car il connaîtra le comportement de ses parents envers lui. Pour ma part, je n'ai pas compris sa mère. Certes, elle a commencé par refuser de voir la vérité, puis a voulu se débarrasser du problème. Certains la verront peut-être comme perdue, impuissante. Je lui en ai plutôt voulu, car elle aurait, avant tout, dû être une mère.

Par différents biais, Daniel Keyes soulève une question qu'on retrouve dans certains romans de science-fiction: n'est-il pas dangereux de «jouer» avec ce qu'on ne maîtrise pas, en l'occurrence le cerveau?

Remarque annexe:
Je n'ai pas vraiment compris pourquoi une souris femelle avait un prénom masculin. Ou bien, Algernon est-il un prénom mixte?

Éditeur: J'ai Lu.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bertrand Baumann pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Bertrand Baumann fait partie des lecteurs que je retrouve avec plaisir. Sa lecture est fluide et vivante. Pour ce roman, il n'avait pas la partie facile. En effet, au début, le narrateur a un QI de 70, et cela transparaît forcément dans ce qu'il dit (écrit en l'occurrence) et dans sa manière de le dire (l'écrire). Bertrand Baumann a trouvé le juste milieu quant à cette interprétation. À l'entendre, on sent cela, mais il ne le caricature pas. Je le souligne parce que je pense que ce n'est pas facile à faire, d'autant que j'ai essayé de lire ce roman, il y a quelques années, et que le lecteur bénévole qui l'a enregistré (pour une autre bibliothèque sonore) surjouait, à mon avis, caricaturant Charlie lorsqu'il avait un QI de 70. Cela m'a fait poser le roman.
D'autre part, au début es à la fin, Charlie fait beaucoup de fautes d'orthographe. Le lecteur en explique quelques-unes (les plus grosses, les plus récurrentes), mais ne s'arrête pas toutes les cinq secondes pour signaler une faute. Il a su trouver la dose d'informations à donner pour que l'auditeur ait une bonne idée des fautes sans que cela ne gêne la lecture.
Enfin, j'ai déjà râlé parce que je trouvais qu'il prononçait les noms anglophones de manière trop marquée: ici, j'ai trouvé que cela allait. Là aussi, il a trouvé le juste milieu.

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