jeudi, 22 mars 2018

C'est le coeur qui lâche en dernier, de Margaret Atwood.

C'est le coeur qui lâche en dernier

L'ouvrage:
États-Unis. La misère et la criminalité sont de plus en plus présentes. Stan et Charmaine vivent dans leur voiture. Un jour, la jeune femme voit une publicité pour une ville où chaque habitant semble avoir une maison confortable, un bon travail... Le couple décide d'y tenter sa chance.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Bien sûr, on se doute vite que cette ville à l'air paradisiaque recèle quelque chose de bien moins plaisant. L'auteur n'en fait d'ailleurs pas un secret. Si j'ai eu envie de dire aux héros de ne pas se précipiter dans cet endroit, je me suis également demandé ce que je ferais si j'avais le choix entre une vie dans l'indigence et une vie en apparence sympathique, mais totalement surveillée.

Je pense qu'il y a un clin d'oeil au roman «Derrière l'épaule», de Jean-Pierre Andrevon. Outre que certaines façons de faire des dirigeants ressemblent à celles du roman, il est expliqué que Consilience est la descendante d'Harmonie, qui était le nom de la ville du roman d'Andrevon. Margaret Atwood explore le thème différemment. Une fois qu'on a identifié le problème, on tente d'en sortir... ou pas. Charmaine m'a agacée, surtout à cause de ce qu'elle fait lors des «déménagements». (Je le formule ainsi pour en dire le moins possible.) Cependant, on peut y voir une sorte de révolte contre les règles de Consilience.

Plus tard, l'auteur soulève d'autres idées. Par exemple, ses personnages sont en mesure de créer des robots presque plus réalistes que ce qu'ils sont censés imiter. Ah oui, mais la machine dérape, et rien ne se passe comme prévu. C'est un peu la même chose lorsqu'il s'agit d'obliger une femme à aimer le premier homme qu'elle verra après une opération. Sur Véronica, cela réussit très bien, ce qui donne lieu à un événement inattendu. Ces exemples (et d'autres) provoquent le rire. Margaret Atwood montre avec humour ce qu'il en coûte de vouloir imposer quelque chose. Cela m'a rappelé Serge Brussolo qui aime bien explorer les conséquences de la folie de certains hommes abusant de leur pouvoir. Seulement, lui le fait de manière à secouer le lecteur, lui montrant toutes les horreurs qui peuvent découler de cela.

Outre des idées savamment exprimées, l'intrigue fait qu'on ne s'ennuie pas. On découvre un élément, cela nous amène à autre chose, puis à autre chose, etc. La révélation de la toute fin met l'héroïne devant un choix qui lui semble difficile, et là encore, on se demandera ce qu'on ferait à sa place.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Comme d'habitude, j'ai été ravie de retrouver cette lectrice dont j'aime beaucoup les interprétations. Cependant, comme souvent (que ce soit elle ou un autre lecteur), je regrette qu'à trop vouloir prononcer certains noms à l'anglophone (ou à vouloir à tout prix ne pas les prononcer à la française), elle en fasse trop. Par exemple, il est expliqué que Consilience est un mot-valise formé de «condamné» et «résilience». Il n'y avait donc pas de raisons particulières de le prononcer à l'anglophone. Pour moi, il aurait été plus naturel que ce soit dit à la française. C'est pareil pour le nom de l'auteur: la lectrice tente de faire un «a» à l'anglophone, mais quel mal y a-t-il à prononcer Atwood avec un «a» à la française?

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jeudi, 1 mars 2018

Hypérion, de Dan Simmons.

Hypérion

L'ouvrage:
Futur.
Sept pèlerins se rendent sur la planète Hypérion. Leur but: le sanctuaire du gritche, figure mythologique, magique, dangereuse... Après que l'un d'eux a manifesté sa curiosité, chacun raconte pourquoi il est là.

Critique:
Il existe peu d'ouvrages de science-fiction contemporaine en audio. C'est pourquoi je ne connais pas beaucoup ce genre. Je trouve donc très bien qu'Audible ait produit cette série (entre autres).

Quant à mon ressenti, je ne me l'explique pas. Je n'ai pas accroché, sauf au chapitre 4 qui est le récit de Sol. Le roman est bien écrit (sauf de petites aspérités comme le mot «occasion» répété à quelques secondes d'intervalle). Chaque personnage a son style, son histoire. Le tout est très riche. Tout cela fait que je ne sais pas pourquoi je me suis ennuyée. Aucun (excepté Sol et sa famille) n'a su me toucher. Par exemple, j'ai compris les intentions de Kassad, et je les ai trouvées honorables, mais pendant les trois quarts de sa narration, j'attendais qu'il en vienne au fait. J'ai compati lors du récit du prêtre, mais en restant à distance. Lorsque Lamia décrivait des scènes de poursuite, qu'elle et son compagnon étaient en danger, ma sympathie allait vers eux, mais en même temps, je me disais que tout cela traînait. Cela a été pareil pour les autres intrigues. Les faits exposés glissaient sur moi.

Je sais que ce livre est très apprécié, et j'ai conscience que cet engouement est mérité, car l'auteur aborde certains thèmes de manière juste, comme par exemple, une civilisation qui veut en renverser une autre, ou la vanité de l'homme souhaitant recréer un poète disparu. Bien sûr, le chapitre qui m'a plu évoque également des thèmes importants. Sol remet Dieu en question, et il le fait dans la douleur. J'ai eu l'impression qu'à travers le regard du personnage, Dan Simmons fustige le mythe d'Abraham, en en démontrant toute l'horreur. Pour ceux qui n'auraient pas cette légende en tête, Dieu a commandé à Abraham de lui sacrifier son enfant, et a retenu son bras au dernier moment. Ce que Sol remet en cause est l'acceptation d'Abraham.
Au long du livre, il y a des références, des clins d'oeil humoristiques à des choses que nous connaissons, dont le romancier détourne les codes.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Matthieu Dahan.

Je ne connaissais pas du tout ce comédien. J'ai beaucoup apprécié son interprétation. Il est parvenu à modifier sa voix selon les personnages sans que cela soit affecté. Ce n'est pas facile à faire, car chacun a son style. Je pense, par exemple, au contraste entre Martin et Sol. Tout au long de l'ouvrage, le jeu du comédien est naturel, sa diction est soignée. Je l'entendrai à nouveau avec grand plaisir. J'espère qu'il enregistrera d'autres livres, et qu'ils me plairont. Pour ceux qui sont intéressés, il a enregistré la série «Hypérion» en entier.

Pour information: la structure du livre n'a pas pu être respectée. Les chapitres, assez conséquents, sont coupés en trois ou quatre pistes.

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123 lectures

jeudi, 14 décembre 2017

Ada, d'Antoine Bello.

Ada

L'ouvrage:
Ada est une intelligence artificielle mise au point par et pour la société Turing. Son objectif premier (une sorte d'entraînement avant de lui assigner une autre mission) était d'écrire un roman à l'eau de rose. Elle s'acquitte de sa tâche, mais apparemment, certains éléments ne sont pas au point. C'est alors qu'Ada disparaît. Franck Logan est le policier chargé de l'enquête.

Critique:
Je ne sais pas trop pourquoi, mais je m'attendais à un thriller échevelé. Ce n'est pas le cas, mais cela ne m'a pas gênée ou déçue. D'ailleurs, je ne sais pas vraiment comment l'auteur se serait débrouillé d'un thriller échevelé. Il prend le temps de présenter Ada au lecteur. On s'identifiera à Franck qui est aussi novice que nous, et à qui différentes personnes travaillant chez Turing vont expliquer comment a été conçue l'intelligence artificielle, comment elle «se comporte», etc. Ensuite, le romancier montre en détails la vie de Franck. À ce moment, je me suis demandé pourquoi il était si présent. Cela ne me déplaisait pas, mais je ne m'y attendais pas. Par exemple, on assiste à une de ses séances de création d'haïkus, on découvre sa famille, etc.

Certaines scènes sont assez drôles, notamment lorsque Franck décortique le livre écrit par Ada. Antoine Bello s'est amusé à reproduire les codes de ce type de livres de manière presque caricaturale, tout en y insérant d'hilarantes malfaçons dues au fait qu'Ada n'est pas totalement au point. Au-delà des romans de gare, il évoque l'écriture: comment elle peut être détournée, marchandée, frelatée. De plus, les événements contés dans «Ada» font réfléchir aux conséquences de la rapacité de certains. À court terme, ce serait ce qu'entrevoit Franck, mais à long terme, l'abrutissement des masses s'étendrait. Je ne peux pas trop en dire, mais tout est bien développé et analysé.

Quant à ce qui est révélé au policier, je ne l'ai pas vu venir, tout comme lui. Pourtant, il est certaines choses logiques auxquelles j'aurais dû m'attendre. Cela veut dire qu'avec moi, l'auteur a réussi son pari: je me suis laissée porter, sans chercher plus loin.

La fin m'a plu. Bien sûr, j'aurais aimé savoir quelle solution est la bonne, mais le romancier fait en sorte que le lecteur ne soit pas frustré.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Roger Guillard pour la Ligue Braille.
J'aime bien ce lecteur à la voix douce et sympathique. Il est peut-être un peu sobre, mais met le ton approprié. Sur la fin de l'ouvrage, il m'a semblé qu'il disait une ou deux fois un mot pour un autre, comme «opinions» à la place d'«options». Je sais que cela arrive lorsqu'on est très pris par la lecture, et qu'on ne s'en rend pas toujours compte.

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jeudi, 7 décembre 2017

Les brigades du chaos, de Serge Brussolo.

Les brigades du chaos T1

L'ouvrage:
Los Angeles, 2025.
MaThias Faning travaille à la morgue. Il est chargé d'extraire les derniers souvenirs des assassinés, au cas où ils auraient vu leur meurtrier. Sa femme est dépendante du Rubout, une drogue qui fait oublier les derniers événements vécus. Plus on en prend, plus on oublie.

Koban est un géant né sur Mars. Il a été en contact avec la poussière des martiens, ce qui lui a laissé d'étranges séquelles. Aujourd'hui, il pense avoir une mission à accomplir.

Critique:
Ce livre a été coupé en trois tomes, mais ce découpage n'a pas lieu d'être.

J'ai aimé la mise en place du roman parce que Brussolo déborde d'imagination. Il nous plonge dans cet univers de science-fiction où beaucoup de choses captivantes ont cours. Les inventions mentionnées dans le résumé sont exploitées de différentes manières. Leur utilisation première est détournée, ce qui n'étonnera pas venant des hommes. J'ai bien sûr adoré voir comment certaines choses étaient perverties.

Brussolo aimant mêler les genres, il insère du fantastique et un peu de suspense. Ce mélange donne un roman riche. J'ai suivi avec intérêt la progression des personnages. Au départ, on ne sait pas trop où va l'auteur, ce qui est une bonne chose. Ensuite, il y a une partie que j'ai moins aimée: celle où les protagonistes sont dans le flou, et le professeur Mikofsky raconte ce qui est arrivé à la Terre. C'est aussi à ce moment que de curieux phénomènes arrivent à cause des interventions de Koban. Certains m'ont paru un peu lents. Mais cela ne dure pas.

La solution que trouve le professeur Mikofsky pour éviter la catastrophe m'a laissée perplexe. D'abord, elle est très simple, et je ne l'ai pas devinée. Cela veut dire que j'ai été assez immergée dans l'histoire pour ne pas trop me poser de questions. Ensuite, il ne peut pas être sûr que cette solution ne signifie pas chasser un mal par un autre, à cause de ses conséquences. D'un autre côté, il est logique que Brussolo ait inventé quelque chose de ce genre.

Éditeur: Fleuve noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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lundi, 31 juillet 2017

Ashes ashes, de Jo Treggiari.

Ashes ashes

L'ouvrage:
Après qu'un virus a décimé la population, Lucy Holloway, seule rescapée de sa famille, tente de survivre depuis au moins un an. C'est alors qu'elle rencontre quelques survivants. Épuisée d'être seule, effrayée par les redoutables balayeurs qui enlèvent n'importe qui n'importe quand, Lucy se joint à cette petite bande.

Critique:
Globalement, ce roman m'a plu. Pourtant, il ne se démarque pas vraiment. Jo Treggiari a repris les ingrédients du genre, et en a fait un roman post-apocalyptique. L'héroïne est impétueuse, comme ses consoeurs du genre. Cependant, elle ne m'a pas agacée. À un moment, elle veut combattre les balayeurs contre toute raison. Malgré son entêtement insensé, j'ai très bien compris son point de vue. Je n'ai pu m'empêcher de la comparer à Katnis, l'héroïne de «Hunger games». Je l'ai trouvée plus humaine, car moins grandiloquente.

Il y a une ressemblance un peu trop forte à mon goût avec «Les chroniques lunaires». Je pense à ce qui concerne l'héroïne et le virus, son sang... Je parle de ce que j'ai lu, mais si ça se trouve, d'autres livres utilisent ce schéma. J'espère que non, car cela peut devenir lassant.

Certains rebondissements ne sont pas de vraies surprises. Par exemple, ce que fait Del à un moment... Dans le même ordre d'idées, il est un peu gros que Lucy et Aiden acceptent une tasse de café de leurs ennemis sans sourciller.
C'est la même chose en ce qui concerne certaines découvertes quant aux balayeurs. La traque qui a lieu vers la fin relance l'intérêt du lecteur, mais en fait, rien de ce qui la concerne n'est vraiment surprenant.
Je pense que c'est surtout dû au fait que ce roman arrive après d'autres qui ont déjà utilisé ces ficelles.

Quant à l'histoire d'amour, elle s'insère assez bien dans l'intrigue. Elle n'est pas gênante comme elle peut l'être dans «Hunger games». En outre, elle fait partie des topoï du genre.

Ma chronique n'est pas vraiment positive. J'ai pourtant passé un bon moment avec ce roman dans lequel je me suis facilement plongée, qui allie aventure, énigmes, personnages sympathiques...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Oasis Audio.

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