vendredi, 21 septembre 2012

Orages sur Calcutta, d'Éric le Nabour.

Orages sur Calcutta

L'ouvrage:
Calcutta, fin 1939.
Mardukar Pradesh revient dans sa famille, après avoir passé quatre ans à étudier en Angleterre. Il compte bien ouvrir un cabinet d'avocat. Chez lui, il ne retrouve que son frère, Sanjay. Il lui apprend que leurs parents et leur soeur sont morts dans un accident ferroviaire. En outre, Sanjay souhaite se battre pour vaincre les nazis. Pendant qu'il sera au front, il compte sur Mardukar pour superviser l'entreprise paternelle de tabac.

Victoria O'Grady a vingt-six ans. Elle doit prochainement épouser Bob Hopkins. Les deux familles sont ravies d'unir leurs fortunes. L'indifférence de Victoria envers Bob se change peu à peu en aversion. Répulsion renforcée par la vague attirance qu'elle commence à ressentir pour ce jeune indien rencontré à l'hôpital où elle travaille.

Critique:
Ce roman mêle amour et énigme sur fond d'histoire. Bien sûr, certaines choses sont un peu faciles... par exemple, le monde que refuse Victoria paraît odieux, surtout les personnages pleins de fausseté et de convoitise qui y gravitent. Il est vrai que ce monde est vu à travers les yeux de Victoria qui en a tellement assez qu'elle n'en voit que les mauvais côtés. L'auteur corrige quelque peu le tir vers la fin, en montrant des personnages qui ne sont pas exactement pareils, et ne réagissent pas de manière semblable. Ce manichéisme ne m'a pas trop gênée, d'abord parce que certains colons devaient sûrement être ainsi: étalant avec morgue leur luxe, pensant que tout leur était dû, etc. D'autre part, l'auteur décrit très bien ce pays où tout était à deux vitesses, ou le faste côtoyait l'extrême pauvreté.

La structure linéaire de l'intrigue me convient. Il y a bien quelques ellipses, mais elles évitent des lenteurs, donc elles ne sont pas malvenues. Moi qui trouve souvent que les prologues sont inutiles, voire desservent le roman, ici, je pense que l'introduction est pertinente: elle symbolise l'attachement entre les deux frères, et le lecteur y repensera peut-être alors que Sanjay et Mardukar se heurteront parfois, pendant le roman.
La fin me convient. Là encore, on pourrait reprocher un événement un peu facile, mais il ne m'a pas gênée.

Les personnages dits «gentils» ne sont pas sympathiques tout au long du roman. C'est mieux ainsi, car ils ont l'air plus humain.
Victoria peut être agaçante, au début, à retourner ses doutes, à hésiter... Pourtant, elle n'aurait pas été crédible si elle avait tout laissé tomber tout de suite de manière insouciante. Ensuite, j'ai pensé que coupée de son monde luxueux, elle se transformerait en petite fille capricieuse et imbuvable. C'est ici qu'on peut soit l'admirer, soit penser qu'elle n'est pas crédible.

Sanjay m'a également agacée, au début, à faire son caprice pour aller se battre. Cette obsession n'était pas à son honneur, à mon avis, d'abord parce qu'il aurait effectivement pu être un poids pour ses compagnons. Ensuite, il voyait bien que son frère ne tenait pas à diriger l'entreprise, il aurait dû se douter que cela tournerait mal. Cependant, son intention était pure, il était réellement révolté des actes d'Hitler, et plaçait le sort d'un peuple avant le sien. Cette abnégation était louable.

Quant à Mardukar, il se fourvoie souvent (l'une de ses erreurs est d'ailleurs un peu grosse, même pour lui), mais à l'instar de son frère, il évolue, réfléchit, et finit par se remettre en question, même si cela lui est difficile.
Les histoires d'amour sont peut-être un peu faciles, mais elles s'inscrivent bien dans le roman, dans la vie des personnages.

Un livre qui détend, une fresque qui fait passer un bon moment, dans laquelle l'auteur parvient à immerger son lecteur. À lire pour se détendre.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Suzanne Vanderperren pour la Ligue Braille.
C'est toujours un plaisir pour moi de retrouver la voix si particulière (à la fois feutrée et dynamique) de cette lectrice. En outre, elle ne cabotine jamais, restant sobre et naturelle. Je regrette que depuis quelques livres, elle prononce certains noms en tentant de prendre un accent anglophone. Cela gâche un peu sa prestation qui, par ailleurs, est de qualité.

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mardi, 31 janvier 2012

Jane Eyre, de Charlotte Brontë.

Jane Eyre

Note: Tout au long de la chronique, de petites phrases dévoilnt certains pans de l'histoire. Je n'ai pas pu exprimer mon avis sans faire autrement. J'en suis désolée pour ceux qui ne connaissent pas le roman.

L'ouvrage:
Jane est orpheline. Elle demeure chez sa tante, Sarah Reed. Celle-ci ne la garde que parce qu'elle l'a promis à son mari sur son lit de mort. Elle la rabaisse et laisse ses trois enfants la maltraiter. La fillette en conçoit une vive rancoeur.
Désespérée, elle finit par demander à partir en pension.

Critique:
Certains diront que ce livre n'est rien d'autre qu'une banale histoire d'amour trop romantique pour être crédible, et qu'on peut en lire de semblables sous la plume d'auteurs telle Danielle Steel. Il faut pourtant distinguer les histoires d'amour faciles du formidable roman qu'est «Jane Eyre».
D'abord, le style de l'auteur ne peut laisser indifférent. Elle sait décrire les paysages, le climat, les sentiments, les personnages avec une précision et un talent admirables. En quelques phrases, voilà le lecteur plongé dans cette ambiance particulière: romantique, gothique, énigmatique. On s'imagine très bien rencontrant Jane ou monsieur Rochester au détour d'un chemin verdoyant, d'un petit sentier, d'un paysage enneigé. Les descriptions de Charlotte Brontë font que tout paraît réel, et donc réaliste.

D'autre part, beaucoup de situations sont exemptes de manichéisme. Par exemple, ce que vit Jane au pensionnat de Lowood. Au premier abord, on peut voir cela comme cliché: la pension insalubre, le directeur prônant une vie ascétique, et de son côté, ne se privant de rien; les institutrices tyranniques... D'abord, ces faits sont tirés de l'expérience de Charlotte Brontë. Ensuite, on sait bien que ce genre de choses existent. Enfin, l'auteur ne s'arrête pas là. Elle crée miss Temple, personnage totalement différent: compréhensive, douce, aimable, elle est l'opposé de monsieur Brockelhurst et de miss Scatchered.
De plus, l'épidémie de typhus fait réagir les autorités, et la pension finit par devenir habitable.

En outre, les personnages créés sont au-dessus de toute mièvrerie. Leur caractère est trop marqué pour cela. Ils ressemblent trop peu à d'insipides héros que l'on trouverait dans n'importe quel roman bâclé.
C'est surtout la personnalité de Jane qui me fait penser que ce roman est intemporel. Malgré l'époque très différente, malgré les conditions de vie, je me suis identifiée à cette jeune fille hypersensible et passionnée, qui ne sera jamais réellement dominée par personne, qui n'acceptera pas l'assujettissement, ne voudra pas d'un bonheur falsifié. Tout au long du roman, j'ai été d'accord avec ses choix. Par exemple, je comprenais que sa colère envers l'injustice avec laquelle les Reed la traitèrent l'aient quelque peu aigrie contre eux. J'ai aussi compris que l'avis des autres à son égard lui importe tant. En effet, beaucoup ont besoin d'être approuvés et aimés par ceux qu'ils aiment. J'ai été sensible à ce que le relationnel soit toujours le plus important pour Jane.
Elle m'a un peu agacée lorsqu'elle se montre plus tyrannique envers monsieur Rochester qu'il ne le faudrait, à mon avis. Mais j'ai compris sa démarche: confrontation de deux caractères forts, refus, là encore, d'être sous le joug de quelqu'un fût-il amoureux.
Certains voient Jane comme une féministe avant l'heure. C'est surtout qu'elle n'accepte pas la domination quelle qu'elle soit. En outre, elle a assez de caractère et assez confiance en elle pour abolir la distance artificielle mise par les hommes entre son rang et celui de monsieur Rochester pour lui dire qu'elle est son égale.
C'est un personnage fascinant, à l'esprit ouvert.

Il va de soi que mon côté fleur bleue a fondu devant le portrait de monsieur Rochester. La blogueuse qui tient le site Bleue et Violette lui préfère Heathcliff («Les Hauts de Hurlevent»), je ne sais pas trop pourquoi. Heathcliff est excessif où monsieur Rochester est emporté. La souffrance d'Heathcliff le fait aller très loin dans le mal, alors que celle de monsieur Rochester finit par le faire réfléchir et être de plus en plus posé et avisé (même si elle manque de le rendre fou).

Je n'ai pas aimé Saint John. Je n'ai pas trop compris comment Jane avait pu se laisser influencer par sa piété. Peut-être est-ce parce que je ne suis pas croyante, et que Jane l'était. J'ai aimé qu'elle lui tienne tête, et refuse le simulacre de vie qu'il lui proposait. J'ai apprécié qu'elle ne s'avoue pas vaincue, et ose penser que malgré tout, elle valait mieux, et méritait davantage que cela. Du reste, Saint John la cerne très mal. Il dit qu'elle a l'esprit de sacrifice. Or, il n'en est rien. Jane fera ce qu'elle croira être bien, mais si on ne lui en est pas reconnaissant, elle partira. C'est ce qui me plaît chez elle. Ce n'est ni une petite dinde ni quelqu'un qui sera bon quoiqu'on lui fasse. À l'inverse de son amie, Helen Burns, elle refusera de tendre l'autre joue. Jane rendra amour et affection, et s'éloignera de la haine. Elle a eu le bon sens de vouloir une réconciliation avec madame Reed, au jour de sa mort... Elle n'aurait pas excusé le passé, mais aurait souhaité une fin «amicale».
On retrouve un peu le même ordre d'idées lorsque Jane, lucide malgré son jeune âge, explique qu'elle ne pourrait pas vivre pauvrement. Cela la démarque encore des héroïnes trop parfaites, et donc fades.

Pour en revenir à Saint John, à mes yeux, sa bonté était feinte, car guidée par un soi-disant devoir. Il ne pensait qu'aux conventions,voulait faire le bien sous certaines conditions. Jane était un accessoire dans son «ascension», et au lieu de la comprendre, de faire preuve d'ouverture d'esprit (comme le lui commande sa foi), il n'a su que réagir en enfant gâté qu'on prive de son jouet. Il brandit sa bonté comme un étendard, en fait beaucoup trop, s'en vante... Cela ne fait pas de lui quelqu'un d'appréciable. Il agit avec sa tête à l'inverse de Jane qui fait le bien parce que son coeur le lui dicte. Là où la foi de la jeune fille l'aide à bien agir, celle de Saint John l'enroule dans des chaînes dont il voudrait entraver ceux qui sont heureux.

On me dira que l'auteur accentue trop certaines choses. Par exemple, Jane et monsieur Rochester ont un physique ingrat, mais ont des qualités humaines. De l'autre côté, Blanche Ingram est très belle, mais son coeur est dur et cupide. Elle n'aime pas grand-monde, et considère tous ceux qu'elle n'aime pas comme des rebuts. Il est pourtant évident que ce genre de clivages existent, étant donné qu'il survit de nos jours.

J'ai cependant un reproche à adresser à ce roman. Malgré son épaisseur, je l'ai trouvé trop court. Je ne me suis pas ennuyée un seul instant, et j'ai été désolée de quitter les personnages. Je ne sais pas comment l'histoire aurait pu être poursuivie, mais je ne me serais pas lassée de lire le quotidien du couple. D'ailleurs, ma scène favorite est celle où Jane, monsieur Rochester et Adèle sont en voiture, et où le maître et sa pupille se livrent à une joute oratoire très amusante, Edward exprimant son désir de garder Jane pour lui seul dans un pays enchanté, et Adèle répliquant par des arguments pragmatiques.

J'ai souri lorsque l'auteur évoque le péril que seraient l'Inde et son climat pour quelqu'un de chétif et fragile comme Jane. Certes, le climat est différent, on y attrape des maladies inconnues en Europe. Mais la manière dont c'est exprimé montre l'Inde comme mère de tous les dangers. On voit que pour l'auteur, cette contrée est abstraite de par son éloignement, et que cette méconnaissance en fait quelque chose dont on a peur. C'est d'autant plus incongru que c'est l'Angleterre qui colonisa l'Inde.

Paragraphe à ne pas lire si vous n'avez pas lu le roman:
À la fin, je pense que le traducteur aurait dû traduire «you» par «tu». Le couple étant marié et s'aimant profondément et passionnément, je l'aurais plutôt vu se tutoyer. Il est vrai que je ne connais pas assez les moeurs de l'époque pour dire si cela aurait été conforme à la norme... Néanmoins, Edward et Jane ne sont justement pas conformes à la norme.

Quand j'avais environ douze ans, j'ai lu la seule version de «Jane Eyre» qui fut éditée en audio jusqu'à présent. Je découvris plus tard que c'était une version abrégée. (Je ne savais pas, à l'époque, que les versions abrégées existaient. Pour moi, ne pas enregistrer un livre en entier était (et est toujours) absurde.) Plus tard, j'ai lu une version enregistrée par une lectrice bénévole... encore abrégée, découvris-je par la suite. (Ce qui veut dire que le livre papier avait été édité en version abrégée.)
Je trouve dommage qu'il ait fallu attendre 2012 pour qu'une version intégrale de ce roman paraisse en audio. Je ne suis pas particulièrement attachée aux auteurs dits classiques, mais je pense que les soeurs Brontë sont des incontournables: style âpre, vif, langue châtiée, thèmes et intrigues intemporels, personnages tourmentés et attachants... J'espère que leurs autres romans sortiront en audio.
À noter que les éditions Lyre-Audio puis les éditions Thélème ont sorti «Les hauts de Hurlevent» en 2011.

Remarque annexe:
J'ai un peu ri en pensant aux personnes qui, de nos jours, ne peuvent pas se passer de leur téléphone portable, alors qu'à l'époque des soeurs Brontë, 100 milles était une distance presque incommensurable.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Mélodie Richard. Ce livre m'a été offert par les éditions Thélème.

Bien que n'ayant lu, jusqu'ici, que des versions tronquées du roman, j'y étais très attachée, et je me préparais à être très sévère envers la comédienne qui s'est risquée à l'enregistrer. Heureusement, Mélodie Richard a satisfait mes attentes. D'abord, elle n'a pas fait ce que font tant de lecteurs (bénévoles ou non), c'est-à-dire prendre un horrible accent anglophone (souvent faux, en plus) pour prononcer les noms. Cela aurait totalement gâché ma lecture. Elle prononce les noms de manière naturelle.
En outre, elle a su jouer comme il le fallait, rendant le caractère passionné des protagonistes, sans trop en faire, ce qui aurait rendu sa lecture mièvre, et aurait totalement saccagé le roman. Elle prend une voix plus grave pour les hommes, mais là encore, elle n'exagère pas. Elle le fait donc de manière juste. J'ai apprécié l'intonation qu'elle adopte pour madame Fairfax. Elle fait partie de ces rares comédiens qui montrent qu'ils jouent le rôle d'une personne âgée, mais ne prennent pas une voix chevrotante, ce qui est caricatural. Mélodie Richard fait cela plus subtilement.
Je suis heureuse qu'un roman que je considère comme un monument de la littérature ait été brillamment interprété. Je pense vraiment qu'il n'est pas aisé à lire à haute voix.

Avant, les lecteurs des éditions Thélème n'annonçaient pas les numéros des chapitres quand la version papier en avait. Je trouvais cela dommage. Ici, les chapitres sont annoncés. J'espère qu'il en sera ainsi, dorénavant. Cependant, je ne sais pas s'il y a eu des coupes au montage, ou si la lectrice a cédé à l'habitude, mais malheureusement, certains chapitres ne sont pas annoncés.

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vendredi, 15 juillet 2011

D'espoir et de promesse, de Françoise Bourdin.

D'espoir et de promesse

L'ouvrage:
Lawrence Kendall, jeune avocat montréalais va épouser Anaba, jeune parisienne dont la mère était montréalaise.
Le jour du mariage, Lawrence, pris de panique, ne se rend pas auprès de sa promise. Il envoie son meilleur ami et témoin, Augustin, apprendre la nouvelle à la jeune femme.

Bouleversée, anéantie, Anaba rentre à Paris, et va s'installer chez sa soeur, Stéphanie, une antiquaire.

Critique:
Voilà quelques années que Françoise Bourdin m'agace. Elle devient la Danielle Steel française. J'ai lu ce roman pour deux raisons: les deux comédiens qui l'interprètent, que j'aime beaucoup, et que j'ai trop peu l'occasion d'entendre.

C'est un livre repose-cerveau. L'intrigue est assez simple, et même très prévisible. Elle est sans surprises, mais le livre n'est pas trop long, donc on n'a pas trop le temps de s'ennuyer.

Certains personnages sont attachants. J'ai préféré Stéphanie à Anaba. Anaba semble un peu gourde. Elle s'est très vite éprise d'un mufle comme Lawrence. On comprend qu'elle ne puisse pas l'oublier facilement, mais on a du mal à comprendre comment elle en est tombée amoureuse. Elle semble plus nunuche qu'épaisse.
Stéphanie a plus de caractère, semble mieux cerner les gens. Bien sûr, elle est un peu agaçante, à s'entourer d'indépendance pour ne pas souffrir, et à craindre de sortir avec un homme plus jeune. Mais finalement, le lecteur comprend son hésitation.
J'aime bien Augustin. Ce personnage solaire est sûrement mon préféré du roman. Il se relève malgré les coups, prend la vie du bon côté, saisit les occasions d'être heureux. Bon, il est un peu poire d'être ami avec ce goujat de Lawrence, mais personne n'est parfait. L'histoire d'amour d'Augustin est prévisible, mais elle passe bien, car elle n'est pas invraisemblable.
J'ai également apprécié les personnages des parents, malgré le fait qu'ils aient du mal à communiquer avec leurs enfants. En outre, ils évoluent au cours du livre.
L'obsession de Roland pour les livres m'a amusée, et m'a fait me sentir moins seule. ;-)

Je n'ai pas apprécié le personnage de Lawrence. Le lecteur pourrait s'en moquer tant il est odieux. L'auteur a peut-être voulu le présenter comme indécis, se cherchant, ayant besoin d'une petite leçon d'humilité... je l'ai vu comme un mufle pourri gâté, égoïste, recevant sans donner, n'hésitant pas à profiter de son meilleur ami, et à le poignarder dans le dos, pleurant parce qu'Anaba pourrait regarder un autre homme, mais voyant une autre femme sans vergogne... Bref, je ne lui ai trouvé aucune qualité. L'auteur a inventé une scène qui devrait être très significative où Lawrence n'hésite pas à risquer sa vie pour sauver celle d'Anaba, scène qui marque d'autant plus la jeune femme qu'il lui fait éviter la mort que sa mère a connue. Anaba et le lecteur devraient voir ce sauvetage comme une preuve d'amour infini. Excepté que n'importe qui d'un tout petit peu altruiste aurait eu le réflexe de se porter au secours d'Anaba.
Pour moi, Lawrence n'évolue pas au cours du roman.

Le personnage de Michèle n'est pas aimable: égoïste, calculatrice, insensible... Ce n'est pas très crédible, car l'auteur la rend détestable à dessein.

Je n'ai pas aimé la fin, du moins, l'un des éléments qui se dessine tout au long du roman, et qui prend bonne tournure à la fin. Je n'ai pas trouvé ça crédible. Cela montre qu'un personnage n'a pas ouvert les yeux, n'a pas évolué.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédérique Ribes et Christophe Caysac pour les éditions VDB.
J'ai été ravie d'entendre ces deux comédiens. Ils ont bien interprété ce roman, comme à leur habitude. Il me semble même qu'ils se sont améliorés, ne cabotinant pas tout en mettant le ton approprié.
Ils ne s'en sortent pas trop mal avec l'accent canadien, surtout Christophe Caysac, mais on voit quand même qu'ils ne le maîtrisent pas. J'ai apprécié qu'ils n'essaient pas de trop en faire quant à cet accent.

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jeudi, 7 juillet 2011

La rose rebelle, de Linda Holeman.

La rose rebelle

L'ouvrage:
Darýâ est Tadjic. Elle respecte ses parents et les coutumes de son peuple. Cependant, très jeune, elle fait preuve d'un caractère bien trempé, défiant ses parents lorsqu'elle se sent victime d'injustice.

Critique:
Quand on lit la quatrième de couverture (qui en dit trop), on s'imagine un roman à l'eau de rose. J'ai voulu le lire d'abord parce que j'aime beaucoup la lectrice, puis parce que parfois, certains romans de ce genre sont plus riches qu'ils ne paraissent. À mon avis, c'est le cas de ce roman... ou du moins, pour les trois quarts de ce roman.

D'abord, j'ai été immergée dans le pays et les coutumes de Daryâ. Je n'ai jamais lu de livres se déroulant en Afghanistan. J'ai aimé que Linda Holeman prenne le temps de nous décrire tout cela à travers la famille de l'héroïne. Elle s'attarde notamment sur la polygamie des hommes. Ici, Daryâ et sa mère ne sont pas rétives à dessein. Elles n'admettent pas que les choses n'aient pas été faites selon la règle.

Ensuite, la romancière transporte son lecteur dans d'autre civilisations, d'autres façons de faire, d'autres sensibilités. J'ai apprécié ce choc des cultures. Choc dont Daryâ s'imprègnera, et dont elle se servira pour s'adapter à diverses situations.

Quant à l'héroïne, elle sera rapidement sympathique au lecteur. Elle tient tête à bon escient, pense à son bien-être, ne veut pas accepter un destin qu'elle juge médiocre, voire dangereux. Cependant, elle n'est pas caricaturale. Elle réfléchit, mais fait des erreurs, et ne rejette pas les coutumes et croyances de son peuple. J'ai été fascinée de voir l'emprise qu'avait Sulima, et plus tard sa malédiction, sur Daryâ et son peuple. Là encore, l'auteur a habilement manoeuvré, car le lecteur peut choisir de croire en la malédiction de Sulima, ou en une explication plus rationnelle.
Il est peut-être un peu gros que Daryâ s'habitue si vite à parler à un homme et à le regarder après sa rencontre avec David. Cependant, c'est expliqué par plusieurs faits, et on peut l'accepter.

Certains trouveront peut-être David un peu trop parfait. Je l'ai apprécié d'abord grâce à son empathie, mais aussi... grâce à sa fadeur. Je l'ai trouvé un peu fade, en effet. Justement, cela le rend moins parfait, et donc plus appréciable. On sent qu'il a des failles.
On pourra également dire que le fait qu'il soit souvent le preux chevalier de l'héroïne est un peu gros. Soit, mais pour moi, c'est passé...

Le charme du livre a opéré sur moi jusqu'au chapitre 38. D'abord, tout au long des chapitres 38 à 47, je n'ai pas réellement reconnu la Daryâ combattive et à l'esprit critique du roman. Elle se soumettait parce qu'elle l'avait accepté, certes, mais au lieu de s'abrutir et de pleurnicher, elle pouvait tout simplement s'en aller. Ce n'est pas les domestiques qui auraient pu la retenir si elle en avait vraiment eu envie. Elle a tenté quelques révoltes, mais s'est laissée transformer en poupée vivante, en curiosité exotique qu'on exhibe.
Et puis, Osrick Bool est vraiment trop caricatural... Je sais que des gens comme ça existent, mais il est bien trop facile de le détester... on ne plaint même pas Daryâ qui s'aplatit: elle m'a plutôt exaspérée, à ces moments-là. Elle s'était transformée en petite nunuche insipide qu'on trouve justement chez des auteurs qui font des romans à l'eau de rose sans personnalité.
Quant à la fin du chapitre 47... j'ai trouvé qu'elle était un peu bâclée... on passe dix chapitres à languir, à râler en attendant certaines choses, et elles arrivent brutalement en fin de chapitre, mais sans que le lecteur en profite vraiment. Je suis restée sur un sentiment de frustration. J'aurais voulu que cela se passe autrement et plus lentement, même si le dénouement me satisfait.

J'ai donc été un peu déçue, car après avoir été transportée aux côtés de Daryâ par les trois quarts du livre, je me suis retrouvée... dans de l'eau de rose avec simplification à outrance.
Malgré cela, je conseille ce livre.

Éditeur: Plon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Je suis sûre que ce roman, lu par un lecteur qui en aurait fait un peu trop, m'aurait agacée avant le chapitre 38. Heureusement, la lectrice a interprété «La rose rebelle» sans mièvrerie, comme à son habitude, d'ailleurs.

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lundi, 14 mars 2011

Même le mal se fait bien, de Michel Folco.

Même le mal se fait bien

L'ouvrage:
Marcello Tricotin mène une vie paisible dans un petit village d'Italie. Sa seule ambition est d'élever des araignées, et d'étudier leur comportement.
Mais son père, Carolus, va en décider autrement. Avant de mourir, il apprend à Marcello qu'il a un autre fils qu'il n'a jamais reconnu. S'il veut hériter, Marcello doit le retrouver, car il a droit à la moitié de ce que laisse Carolus. C'est ainsi que Marcello part à la recherche de son demi-frère, Aloïs.

Critique:
Ce livre est très long (26h51 en audio et 731 pages en "noir"). J'ai trouvé certains passages un peu lents. Par exemple, quand Marcello est interné. Ça traîne un peu parce que tout ce qui arrive est prévisible. C'est arrangé par la façon dont se passe la suite, car l'auteur parvient à rattraper la situation en introduisant des éléments inattendus.
Autre chose m'a gênée: à certains moments, il y a beaucoup de retours en arrière sur la vie de Carolus et celle de Charlemagne (son père). Ça m'a un peu agacée, surtout que les digressions concernant Charlemagne n'étaient pas toujours intéressantes à mes yeux, et semblaient faire office de remplissage. Il est quand même intéressant de faire des parallèles entre les «vies amoureuses» de Charlemagne et Carolus.

Mis à part ces petits désagréments, ce livre est à lire. Il mélange aventures étranges, épopée, amour, personnages savoureux, etc. Malgré les péripéties parfois délicates dans lesquelles les personnages sont entraînés, l'humour domine. D'abord, il y a la façon dont Marcello triomphe de certaines situations: sa vengeance après le massacre des grues cendrées, la manière dont il récupère son manuscrit, etc. Ensuite, il y a cette espèce de farce rocambolesque qu'est la mort pittoresque de Carolus. L'auteur a réussi à me faire rire d'un sujet qui, d'habitude, n'évoque jamais rien de bon.
On retrouve ce schéma en un peu moins exagéré dans l'histoire d'amour entre Charlemagne et Giulietta. La tristesse de cette histoire est quelque peu atténuée par l'efficacité et la rapidité de Giulietta à agir. En outre, ce qu'elle fait pour garder une trace de Charlemagne auprès d'elle est un peu fou, et pourrait paraître mièvre, mais Giulietta n'assortit pas ses actes de démonstrations excessives de souffrance.
Et bien sûr, il y a le pied de nez final de Marcello après son long combat contre le village. On me dira que c'est un peu extrême, mais le lecteur ne pourra s'empêcher de sourire.
On me dira aussi qu'il est un peu gros que Marcello sorte victorieux de chaque situation délicate à laquelle il est confronté. Soit. Mais l'auteur arrange son histoire si habilement que rien n'est tiré par les cheveux.

Marcello est un personnage sympathique et attachant. Son voyage à la recherche de son demi-frère est comme un parcourt initiatique, et il en revient plus sûr de lui, moins effacé. Il prend de l'assurance à mesure que le temps passe, et qu'il doit subir les affronts de sa belle-famille et du reste du village. On me dira que ce genre d'affrontements est courant, et que ça peut paraître éculé, voire caricatural. Mais là encore, la causticité de l'auteur, et la façon dont il résout certaines choses rattrapent ce qui pourrait sembler gros.

Éditeur: Stock.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Zurlinden pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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