lundi, 16 septembre 2013

Le pays du nuage blanc, de Sarah Lark.

Le pays du nuage blanc

L'ouvrage:
Angleterre, 1852.
Hélène Davenport, vingt-sept ans, est préceptrice pour une riche famille. Sûre que son avenir est terne en Angleterre, elle répond à une annonce lue dans une gazette: des hommes vivant en nouvelle-Zélande cherchent des épouses.

Gwyneira Silkham, dix-sept ans, n'est pas pressée de se marier. Elle préfère monter à cheval et dresser sa chienne, Cléo, à être une bonne chienne de berger. Gérald Warden, propriétaire d'un domaine en Nouvelle-Zélande, la remarque et joue sa main (qu'il destine à son fils, Lucas) aux cartes. Lord Silkham perdant la partie, la jeune fille part pour le pays du nuage blanc.

Critique:
Cette saga familiale sur fond d'histoire possède beaucoup d'ingrédients propres à séduire les amateurs du genre. Si Sarah Lark reprend des topoi, elle les insère dans une intrigue bien menée, ce qui fait que je ne l'ai pas trop blâmée de ces facilités.

Par exemple, elle crée la situation des amours impossibles. En général, je déteste cette ficelle, d'abord parce qu'en tant que lectrice quelque peu fleur bleue, j'aime que les personnages que j'apprécie puissent vivre leur amour. Ensuite, cette situation engendre des moments mélodramatiques où les personnages pleurent et se lamentent, mais ne font rien pour changer cela. Ici, l'un des personnages le fait: s'entravant dans des chaînes inutiles, se flagellant, s'empêchant hypocritement de vivre son histoire... Je dis hypocritement parce que le fait de ne pas le vivre n'atténue en rien ce qui est ressenti.

D'autre part, on devine certaines choses. Il est évident, par exemple, qu'une cachette si sûre qu'elle paraisse, ne l'est jamais autant que la disparition de la chose à cacher... Dès qu'Hélène a parlé de sa cachette, j'ai su qu'elle serait découverte.

Si ces aspects m'ont un peu gênée, ils n'ont pas gâché ma lecture. J'ai été très vite immergée dans l'histoire (même si j'ai eu du mal à entrer dans le chapitre 2, ne voulant pas changer de personnages), car il n'y a pas de longueurs. Le décor est bien planté: paysages, atmosphère, conséquences de la colonisation. Ici, le thème est abordé de manière intéressante, l'auteur mêlant la théorie à la pratique, montrant le quotidien des colons et des maoris. J'ai d'ailleurs appris certaines choses quant à la colonisation de la Nouvelle-Zélande.

Les personnages sont épais. J'ai parfois désapprouvé les héroïnes, mais j'ai toujours compris leurs motivations. Hélène me paraissait sotte, au début. Son départ ressemblait plutôt à un caprice à mes yeux. lorsqu'elle a découvert ce qui l'attendait, je ne l'ai pas vraiment plainte. Et puis, elle évolue, s'adapte, et finit par être attachante.
Quant à Gwyneira, elle m'a parfois agacée, mais son caractère m'allait mieux que celui d'Hélène. En outre, elle aime et respecte les animaux.
J'ai éprouvé de la compassion et aussi du respect pour Lucas qui parvient à rester lui-même sans blâmer personne, sans être amer, et malgré le contexte et l'intolérance de son père.
D'autres personnages sont intéressants parce que complexes et compréhensibles.
Il y a quand même certains personnages qui n'inspirent aucun sentiment positif. On pourrait penser que c'est dommage, car ils semblent caricaturaux. Certes, mais ce genre existe dans la vie, donc... Et puis, leur attitude s'explique. En bref, les personnages ne m'ont pas paru clichés.

Dans les fresques de ce type, la deuxième génération est souvent fade comparée à la première. Ici, ce n'est pas le cas. Par ailleurs, dans certaines sagas, la première génération ne connaît que des déconvenues, alors que la suivante s'épanouit. Je pense notamment à «Noces indiennes» qui m'avait beaucoup déçue à ce niveau. Ici, tout n'est pas aussi radical, ce qui me plaît davantage.

J'ai bien aimé la fin. On la voit peut-être un peu venir, mais j'ai apprécié ce qu'elle implique, ce qui se dessine.

Un livre dans lequel on s'immerge rapidement, des personnages et des paysages qu'on a du mal à quitter, un contexte historique bien exposé.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions l'Archipel par l'intermédiaire de l'agence de communication LP Conseils.

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jeudi, 7 mars 2013

L'île des oubliés, de Victoria Hislop.

L'île des oubliés

L'ouvrage:
2001.
Alexie Fielding vit une relation qui ne la satisfait pas. En outre, elle souhaite connaître la vérité quant à ses grands-parents. En effet, sa mère, Sophia, est très discrète quant à sa famille et son passé. Alexie se rend en Crête où Sophia vécut jusqu'à ses dix-huit ans. Elle y rencontre Fotini qui fut la meilleure amie de Maria, sa grand-tante, et qui lui racontera tous les secrets que Sophia a tus.

Critique:
J'ai adoré ce livre. J'ai juste un reproche à faire. La fin ne me satisfait pas vraiment... D'abord, certaines choses étaient prévisibles. En effet, des événements étant passés, la fin ne pouvait les changer. J'ai trouvé cela dommage, car cela ne laissait place à aucune surprise. D'ailleurs, si la structure avait été différente, le lecteur n'y aurait pas seulement gagné de ne pas «connaître» la fin dès le départ. Si le récit avait débuté en 1939, je pense qu'il aurait gagné en force. Les passages où on voit Alexie paraissent fades à côté du reste. C'est souvent le cas lorsqu'un roman s'étale sur plusieurs générations.

Ensuite, la conversation entre Alexie et Sophia m'a laissée dubitative. Je comprenais Sophia, mais je trouve regrettable qu'Alexie ait seulement su l'abreuver de paroles lénifiantes. C'est trop simple. Je suis d'accord quant au fait qu'on n'est pas responsable d'actes commis par des gens que l'on n'a pas (ou à peine) connus, fussent-ils de la même famille. Entre parenthèses, Sophia aurait pu se rendre compte de cela seule... Mais ensuite, Alexie ne fait qu'apaiser sa mère sur le reste. D'abord, ce n'était pas à elle d'expliquer la réaction de gens qu'elle n'a pas connus, cela aurait été à Fotini. Ensuite, il ne faut pas être diplômé en psychologie pour savoir que, comme elle le dit elle-même, l'attitude passée de Sophia a blessé des personnes. Ce n'est pas à sa fille de lui dire que ce n'est pas grave, car ça l'est. J'aurais préféré qu'elle lui dise quelque chose qui aurait paru plus vraisemblable, même si cela aurait été plus dur à supporter pour Sophia. Il aurait juste fallu qu'elle apprenne à vivre avec des erreurs impossibles à modifier.

À part cette fin décevante, ce roman est une très bonne saga qui ne souffre d'aucun temps mort. L'auteur évite tous les topoi du genre. Ici, pas de mièvrerie, pas de personnages parfaits qui se sacrifient... On me dira que Maria se sacrifie, surtout à un moment, mais je ne le pense pas. D'ailleurs, l'auteur a fait en sorte que ce ne soit pas un long chemin de croix à la fin duquel on aurait vu une Maria heureuse de ses choix malgré une immense frustration. Victoria Hislop n'hésite pas à sortir des sentiers battus, de sorte que le lecteur est toujours dans l'expectative.
Concrètement, la romancière s'éloigne du convenu en montrant que quelque chose de très rude peut avoir des conséquences bénéfiques. L'un des personnages voit un couperet s'abattre sur lui... ce qui lui évite une chose qui, à mon sens, aurait été pire. Un autre personnage parvient à mener sa barque exactement comme il l'entend... cela ne le rendra pas heureux pour autant, car il sera toujours insatisfait.

Grâce à ce roman, j'en ai appris davantage sur la lèpre et la recherche pour soigner cette maladie. L'idée d'exiler les malades en les rassemblant dans une «colonie» dédiée à cela est assez odieuse, mais à l'époque, on ne savait pas comment soigner la lèpre, on avait peur de l'attraper par de simples contacts. Cette peur est compréhensible. C'est ce qui fait que j'ai compris l'attitude d'Alexandros, à un moment.

J'ai été fascinée par le pouvoir destructeur et toxique d'Anna. Elle souille et dévaste ce qu'elle touche. En effet, elle ne se contente pas d'être une banale égoïste peste. Elle l'est à un point que cela en est risible. Dépourvue de conscience, n'aimant qu'elle-même (je ne pense pas qu'elle aime vraiment celui qu'elle croit, elle est seulement fière de l'avoir «gagné» et qu'il lui apporte une distraction), elle ne paraîtra pas caricaturale au lecteur. D'abord, elle est tout à fait cohérente. J'aurais été très étonnée qu'elle se fît une raison, ou qu'elle compatît sincèrement (elle n'a même pas le tact de faire semblant) lorsque sa soeur est confrontée à une rude épreuve. Là encore, je trouve qu'Alexie l'a fort mal analysée, à la fin. Anna n'était pas faible, ce n'était en aucun cas une pauvre malheureuse.

Bien sûr, le lecteur préfèrera Maria, quoiqu'Anna ait un certain charisme. Certains pourront dire que Maria est trop gentille. J'ai compris son besoin de ne pas faire d'esclandres, et donc, de taire ses colères vis-à-vis de sa soeur. Parfois, elle semble un peu trop gentille, certes, mais elle n'est ni mièvre ni grandiloquente. Et puis, elle aussi commet des erreurs.

J'aime beaucoup Georgis et Hélénie qui tentent de ne pas se laisser abattre par les vicissitudes de l'existence. Georgis fait figure de sage, à mes yeux.

Éditeur: les Escales.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Henriette Kunzli pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mardi, 26 février 2013

La fille de la pierre, de Bernard Simonay.

La fille de la pierre

L'ouvrage:
1870.
Sylvine Ménétrier vit heureuse, à la Sauvagine, entourée de ses parents, de son frère, et de ses soeurs. Pierre, son père, carrier et vigneron, fait des envieux: sa famille est unie, sa ferme (qu'un riche anobli tente d'acheter) est prospère, il est républicain, refuse que l'église l'assujettisse...

Critique:
Je me souviens de mon enthousiasme après la lecture de «Les tigres de Tasmanie». Je le suis moins, aujourd'hui, mais je pense que c'est parce que j'ai lu beaucoup de romans de toutes sortes depuis. J'ai trouvé, par exemple, que Sylvine était trop parfaite: belle, intrépide, intègre, ne tendant pas l'autre joue, mais se montrant généreuse avec ceux qui le méritent... À dix ans, elle comprend tout très vite, raisonne très bien... D'autre part, certaines ficelles sont un peu grosses: elle réussit tout ce qu'elle entreprend, même lorsque c'est périlleux. Certains événements arrivent comme à point nommé.
Certaines idées arrivent un peu tard: Sylvine se dit qu'elle aurait dû agir de telle manière, alors que j'y avais pensé depuis un bon moment. Je pense surtout à ce qui se passe lorsque les quatre grands-parents sons sollicités. À ce point du récit, une autre solution, très simple, aurait été envisageable. L'auteur ne l'a pas évoquée parce que cela aurait enlevé quelques péripéties à son roman. En outre, il fallait bien plonger la famille encore plus dans le malheur et la disgrâce afin que Sylvine, tel un super héros, sauve tout le monde. Là où le tout est un peu gros, c'est qu'à la place de l'enfant, acculée, désespérée, j'aurais pensé à cette solution. Il aurait fallu que l'auteur trouvât une excuse plus plausible au fait qu'elle ne fut envisagée que plus tard.

C'est un peu le même schéma concernant une chose très importante que Sylvine ne parvient pas à découvrir. Une idée finit par venir à l'un des personnages, mais pourquoi ne l'a-t-il pas eue plus tôt? Pourquoi Sylvine elle-même ne l'envisagea-t-elle pas? Et même si on oubliait cette idée quelque peu grandiloquente, pourquoi notre héroïne ne se résout-elle pas au travail de fourmi, auquel elle pense, mais qu'elle rejette, trouvant la tâche trop ardue?
Que le romancier fasse attendre son lecteur avant la résolution de cette chose importante, ce n'est pas horrible en soi, c'est le fait que ses ficelle soient si grosses que je déplore.

Cependant, Bernard Simonay a su créer un roman plein d'aventures, de rebondissements, et de personnages attachants. Pierre et Juliette en font partie. Ils bousculent les clichés, ont les idées larges, l'esprit critique. Ils ne sont pas parfaits puisque Pierre s'emporte facilement, et que Juliette est une petite chose fragile. Cela leur donne davantage d'épaisseur.
Si on trouve des «méchants» un très méchants, d'autres personnages sortent des codes assignés par leur position. Par exemple, le curé est véritablement tolérant. Il ne rejette pas quelqu'un qui ne va pas à l'église, et ne l'entoure pas d'une fausse amitié, car il ne tente pas de l'enrôler. Il ne se place jamais en juge.
Lucile, victime sacrifiée par ceux qui ne surent pas l'aimer (l'un parce que sa vie était morne, l'autre par pur égoïsme), est également intéressante. Elle s'est, en quelque sorte, élevée seule.
Si Edmond suscitera l'agacement, on aura aussi pitié de lui. Je l'ai quelque peu méprisé, mais qu'aurais-je fait à sa place?

Outre l'absence de temps mort, j'ai aimé que Bernard Simonay immerge son lecteur dans cette France de la fin du dix-neuvième siècle: ses paysages, ses auteurs, ses coutumes... Il fait cela à merveille. J'ai appris, par exemple, d'où venait la coutume du sapin de Noël.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michel Ellisalde pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom du lecteur, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

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vendredi, 1 février 2013

Melnitz, de Charles Lewinsky.

Melnitz

Note: L'arbre généalogique de la famille Meijer est proposé. J'espère que, comme moi, vous n'en aurez pas besoin, car le lire à un moment où on connaît bien certains personnages fait qu'on apprend certaines choses, ce qui gâche quelque peu la lecture.

L'ouvrage:
1871..
La famille Meijer vit à Endingen, petit village helvétique.
Salomon est marchand de bestiaux. Il aime tendrement sa femme, Golda. Leur fille, Mimi, est capricieuse et coquette. Quant à Hannele, orpheline élevée pour servir de bonne, elle sait rester à sa place.
C'est alors que survient Janki, qui serait apparenté à la famille. Son arrivée, de nuit, la tête d'un bandage plein de sang, impressionne les Meijer. Le jeune homme est ambitieux. Il ouvre bientôt un magasin de tissu.

Critique:
Ce roman s'étend sur plusieurs générations. Il va de 1871 à 1945. En outre, il est constitué de cinq parties. Entre chacune, l'auteur fait des ellipses d'environ vingt ans (sauf entre les deux dernières où l'ellipse est de huit ans). La plupart des auteurs qui s'essaient à structurer leurs romans ainsi se fourvoient, à mon avis. En effet, leurs personnages sont bâclés, car on ne les voit que par petits tableaux successifs, par instants qui en décrivent trop peu.
Dans «Melnitz», ce n'est pas le cas. Les personnages sont assez creusés, les parties sont assez conséquentes pour que l'auteur ne se contente pas de les effleurer.

Lorsqu'une ellipse couvre un si long laps de temps, en général, l'auteur a trop de choses à résumer. En ce qui me concerne, je me sens perdue, car les changements sont trop importants.
Charles lewinsky a su éviter cela. Il résume très simplement ce qui se passe pendant les ellipses. C'est continu et fluide.

Un autre défaut de ce genre de romans est que les personnages de la dernière génération sont trop peu évoqués pour être vraiment intéressants, surtout si ceux de la génération d'avant sont très attachants. Ici, le romancier évite cet écueil, car les personnages comme Hannele et Mimi sont présents sur plusieurs parties. En outre, le lecteur rencontre la plupart des autres personnages dès la deuxième partie.

Charles Lewinsky a habilement tissé intrigues et personnages. Le lecteur s'immerge dans les époques traversées par les Meijer, leurs réactions, leurs caractères, la façon dont ils s'adaptent à ce que leur réserve la vie: ascension, mais aussi guerres. L'auteur pose un regard objectif sur les époques et les événements qu'il décrit. Il n'a pas besoin de trop en faire, il lui suffit d'énoncer les faits. Je pense surtout à ce qu'il dit des camps, de la répression des juifs...

Certains personnages sont attachants, d'autres sont agaçants... Mais la plupart du temps, ils sont en demi-teinte ce qui les rend plus réalistes. Aucun n'est parfait, mais presque tous ont un certain charisme. Hannele rêve d'être aimée, mais s'accommode de ce qu'elle a. En outre, elle sait manoeuvrer dans l'ombre lorsque c'est nécessaire.
Mimi recherche les mondanités, elle veut ce qu'elle n'a pas, et quand elle finit par l'avoir, elle ne fait pas ce qu'il faut. Mais elle ne s'aigrit pas, elle sait parfois penser aux autres. Elle évolue puisqu'elle parvient à considérer comme une amie celle dont elle est si différente.
François m'a plutôt agacée. Je pense qu'il n'évolue pas. Il a l'égoïsme de son père et l'inconséquence de sa tante.
Arthur semble enveloppé de gentillesse. Il fait certaines choses assez risquées dont je ne l'aurais pas cru capable, à cause de son extrême timidité. Un lecteur tatillon dirait que ce qu'il fait concernant Irma et sa famille est un peu gros, et qu'en plus, il ne pourrait pas s'amuser à tenter de sauver tout le monde. Soit, mais cet acte a permis qu'au moins quelques personnes soient sauvées. D'autre part, ce qu'il en ressort s'avère bénéfique sur d'autres plans.

Dans ce genre de sagas, les auteurs se sentent obligés de faire vivre de grands malheurs ou de grandes frustrations à leurs héros. Ceux-ci prennent de stupides décisions qu'ils regretteront toute leur vie. Ici, ce n'est pas le cas. Les personnages connaissent des malheurs, mais leur souffrance n'a pas la grandiloquence que je reproche à beaucoup de sagas. De plus, ils agissent au mieux, à mon avis. Ils ne se sacrifient pas, ne prennent pas de décisions terribles pour eux...

Moi qui n'aime pas les coups de foudre, celui de l'un des couples m'a plutôt fait rire. Peut-être à cause de la façon dont la demande en mariage et la réponse sont faites. Sûrement aussi parce que malgré cela, les personnages sont réalistes.

Tous ces événements se déroulent sous le regard mi-bienveillant mi-goguenard de l'oncle Melnitz, ancêtre décédé depuis plusieurs siècles. Il intervient souvent, est la conscience de certains personnages, sait appuyer là où cela fera mal. C'est lui qui dit tout ce qu'on n'ose pas dire.

Une saga historique et réaliste.

Éditeur: Bernard Grasset.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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vendredi, 28 décembre 2012

L'héritage, de Katherine Webb.

L'héritage

L'ouvrage:
1902.
Caroline Fitzpatrick est ravie: à dix-huit ans, elle épouse Coryn Macy qu'elle a aimé dès leur rencontre. Elle va ensuite le rejoindre dans son ranch, dans l'Ouest des États-Unis. Pour la jeune fille qui a connu une vie luxueuse et routinière, les choses vont se révéler difficiles.

Années 2000. Meredith Calcot vient de mourir. Elle lègue son manoir à ses deux petites-filles, Elizabeth (dite Beth) et Erica, à condition que celles-ci y vivent ensemble. Erica entraîne sa soeur à y passer quelques semaines, car elle veut élucider le mystère de la disparition de leur cousin, Henry, vingt-trois ans plus tôt. Elle sait que cela ronge sa soeur, et elle tient à ce que celle-ci ait une vie normale.

Critique:
J'ai beaucoup aimé ce roman. Katherine Webb analyse pertinemment (même si elle est parfois grandiloquente), les relations compliquées d'êtres qui ne savent pas communiquer pour diverses raisons. La romancière explique cette impossibilité, voire ce refus de communiquer, par un profond mal-être. Selon elle, c'est l'absence de bonheur qui aigrit certains personnages, les rendant injustes et méchants avec leurs semblables. Si je partage son opinion, je pense qu'il ne faut pas appliquer cette théorie à chaque personne méchante. Cela s'applique bien à Caroline, par exemple. C'est sûrement le personnage le mieux analysé. D'abord, sa vie est totalement transformée. L'amour que se portent les époux Macy ne fait pas tout. Caroline reste une piètre ménagère, a du mal à s'adapter à sa nouvelle vie. Ensuite, au long du roman, j'ai oscillé entre la compassion et l'exaspération à son égard. Elle commet des actes répréhensibles, le sait, mais ne se résout pas à tenter de les réparer.
L'attitude des autres peut plus ou moins s'expliquer ainsi, sauf celle d'Henry.

J'ai aimé l'idée qu'en détournant un destin de manière irréfléchie, et qui, à première vue, est néfaste, on puisse aboutir à quelque chose de mieux.
À l'instar d'Erica, je préfère que les choses soient toujours dites, même si elles sont très dures à entendre. J'ai d'ailleurs apprécié la pugnacité de la jeune femme qui souhaite à tout prix exorciser les fantômes du passé, et est persuadée que cela ne pourra qu'améliorer la vie de sa soeur.
Beth, quant à elle, m'a beaucoup agacée. Son désir forcené de fuir la vérité ne l'entraînant que sur de mauvais chemins, pourquoi s'obstine-t-elle à continuer ainsi? Et pourquoi a-t-elle si peu confiance en sa soeur (qui l'a toujours soutenue)? Je sais bien que c'est sa nature, que des gens agissent ainsi, pensant que ce sera la meilleure protection, mais son obstination m'a donné envie de la frapper plusieurs fois. D'autre part, il est vrai qu'elle n'était qu'une enfant à l'époque des faits qui la traumatisèrent, mais un autre enfant a agi mieux qu'elle. Je sais que pris de panique, on peut agir en dépit du bon sens, mais là, je trouve qu'elle a absolument tout fait de travers. Elle aurait voulu faire exprès qu'elle n'aurait pas mieux fait!

La structure du livre est de celles que je n'aime pas trop, en général, mais ici, elle est pertinente. Katherine Webb alterne les deux époques. C'est pertinent, car on voit l'évolution de Caroline tout en entendant parler d'elle dans le présent des deux jeunes femmes. Il est quand même un peu dommage que le prologue en dévoile tant. En effet, dès le départ, on sait qu'en 1905, Caroline a fait une chose à laquelle on repensera pendant qu'on la suit dans sa vie au ranch. Le lecteur sait donc certaines choses rapidement quant à son mariage. Une question restera jusqu'à ce qu'on arrive en 1904, mais elle est bien mince.

Afficher Attention, je dévoile un pan de l'intrigue.Masquer Attention, je dévoile un pan de l'intrigue.

Il y a une incohérence. Lors d'une fête au manoir, Caroline, prise de confusion mentale, croit reconnaître Magpie dans la personne d'une serveuse. Elle dit en substances: «Ça ne peut pas être toi! Tu es morte! Je t'ai vue!» Or, elle ne retourne jamais sur les lieux du ranch, elle ne peut donc savoir ce qu'est devenue Magpie.

Éditeur français: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Clare Wille pour les éditions Harper Audio.

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