mercredi, 5 février 2014

Le manoir de Tyneford, de Natasha Solomons.

Le manoir de Tyneford

L'ouvrage:
Vienne, 1938.
Élise doit se séparer d'une famille qu'elle chérit. En effet, à l'approche de la guerre, ses parents souhaitent la mettre le plus possible à l'abri. C'est ainsi qu'elle devient femme de chambre en Angleterre, au manoir de Tynford.

Critique:
Je suis tout de suite entrée dans ce roman. Natasha Solomons décrit cette période avec justesse et sensibilité. Elle montre bien comment l'Histoire broie des vies humaines. En effet, dans ce roman, on n'est pas maître de son destin. L'auteur montre bien que les personnages ne peuvent que subir, que tout aurait été différent si le contexte n'avait pas été celui de la seconde guerre mondiale.
Élise commence par découvrir un pays et une culture totalement différents des siens, et son adaptation ne se fait pas sans heurts, étant donné qu'elle n'est pas volontaire. Ensuite, le contexte bouleverse davantage la vie de la jeune femme.
Au début, les personnages veulent croire que la guerre ne durera pas, et les domestiques s'efforcent de maintenir les règles qui régissent un manoir anglais. Seulement, entre le contexte et le caractère de différents protagonistes, les choses changent.

L'intrigue est prenante, même si certains faits se devinent à travers les dires d'Élise. En effet, la narratrice raconte son passé, et fait quelques incursions dans son présent pour déplorer que tel événement ne se soit pas passé de telle manière, et pour faire des suppositions quant à ce qui aurait pu se passer. D'autre part, même sans les petits indices d'Élise, j'ai deviné des choses. L'auteur est quand même parvenue à faire en sorte que son roman n'ait pas l'air d'un soap opera. Pourtant, certains ingrédients y sont. Mais Natasha Solomons a su les utiliser intelligemment: ils s'insèrent bien dans le roman et n'ont pas l'air niais ou incongrus.

Les personnages sont charismatiques. Ils sont loin d'être parfaits, et cela fait leur charme. Élise est parfois un peu naïve. Parfois, elle peut avoir l'air d'être entêtée et égoïste. Ses parents la voient comme une poupée en sucre, et ce ressenti m'a été communiqué. De ce fait, j'ai été surprise qu'elle ne réagisse pas comme une pauvre chose fragile. J'ai aimé la découvrir alors que je croyais la connaître.
Kit est sympathique, et si son côté immature dérange, il attendrit aussi.
Anna et Julian sont peu présents, mais il est facile de les cerner à travers ce qu'en dit Élise. Ils semblent parfois excessifs, parfois insouciants, parfois égoïstes. Peut-être quelque peu magnifiés par les souvenirs et la frustration d'Élise, ils ressemblent à des personnages de contes de fées qui ne pourraient pas vivre dans notre monde.
Bref, chaque personnage est épais. Aucun ne laissera le lecteur indifférent.

À la fin de l'ouvrage, une note de l'auteur atteste de la véracité d'un épisode qu'elle a transposé dans son roman. Je ne savais pas que ce genre de choses s'était passé...

Éditeur: Calmann Lévy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour le GIAA
Le lecteur a une voix très agréable. Sa lecture est fluide.

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vendredi, 1 novembre 2013

Le goût du bonheur, tome 3: Florent, de Marie Laberge.

Le goût du bonheur, tome 3: Florent

Ne lisez pas cette chronique si vous n'avez pas lu les deux premiers tomes de la série.

L'ouvrage:
Juin 1949.
Adélaïde doit faire face au coup qui la frappe. mais si elle est la plut touchée, elle n'est pas la seule à souffrir. Grâce à l'amour des siens et à son travail, la jeune femme va tenter de se reconstruire.

Critique:
Comme je m'en doutais, la mort de Nick m'a rendu ce troisième tome fade. Ce personnage dent le charisme ne me gênait pas (à l'inverse de celui, plus tapageur, d'Adélaïde), était, avec Florent, celui auquel je m'étais le plus attachée.

D'autre part, l'une des conséquences de cette mort est qu'il va bien falloir qu'Adélaïde trouve une personne avec qui assouvir son insatiable appétit sexuel. Et bien sûr, la romancière (pas finaude pour deux sous), a introduit (si j'ose m'exprimer ainsi) celui qui remplira cet office dans le tome 2. J'ai tout de suite que ce serait lui. Bien sûr, Marie Laberge ajoute quelques complications: ils ne vont pas se mettre tout de suite ensemble, il faut bien remplir des pages. Je trouve quand même décevant qu'Adélaïde remplace si vite Nick. On me dira qu'elle ne le remplace pas vraiment (au vu de certaines de ses réactions), et qu'il fallait s'en douter la connaissant. Certes, mais d'une manière générale, je trouve que ce beau monde se console très vite de ses pertes. Si les histoires d'amour me semblaient un peu trop présentes dans le tome 2, que dire du tome 3?! Ça se cherche, ça se jure un amour éternel juste avant de se tromper... La fille du couple qui agit ainsi, une fois qu'ils sont ensemble, ne veut pas d'enfants, mais ne prend pas toujours les précautions nécessaires, alors qu'elle est avertie, et après, ça pleure et ça se désole... En outre, malgré son indéfectible amour pour celui qu'elle a déjà trompé, elle flirte (et aurait sûrement allègrement sauté le pas) avec son patron. Moi qui me plaignais de retrouver un peu de Monsigny dans le tome 2, ici, on est en plein dedans! On dirait que ces gens ne peuvent être heureux qu'en couple. Que dire de Rose qui se transforme en poule pondeuse? On me dira que c'est dans son tempérament. Peut-être, mais à ce point... Et puis son mari l'aime, mais il ne lui vient pas à l'idée de lui proposer une méthode contraceptive fiable. Certes, les moeurs sont encore frileuses à ce sujet, mais Edward le faisait bien, dans les années 30.

Quant à Florent, je trouve que ce qui lui arrive n'est pas très crédible. Pendant les trois quarts du roman, il jure ne pouvoir aimer personne d'autre que Nick, et soudain, il en aime éperdument un autre... Je ne dis pas que c'est mal, mais les choses auraient pu être plus subtiles. L'auteur a peut-être voulu montrer que Florent acceptait enfin son homosexualité, mais elle y va avec de gros sabots.

Adélaïde ressemble à une héroïne de romans Harlequin: belle, indomptable, fougueuse, impétueuse, femme de pouvoir. Tout le monde l'admire, les hommes l'aiment ou la désirent, rien ni personne ne lui résiste, elle fait ce qu'elle veut de tout et de tous... Elle est très agaçante.

La romancière ramène Pierre sur le devant de la scène. J'ai compris pourquoi il était ainsi: les circonstances de sa vie sont difficiles, et on peut penser que son esprit n'est pas assez fort pour faire avec. L'auteur l'a assez bien décrit comme fragile, et la façon dont il tourne est crédible. Mais là encore, elle en fait trop, notamment avec ce que Pierre fait à Béatrice. Si l'égarement du garçon peut se comprendre, c'est l'événement en lui-même qui est un peu gros.

Reine est crédible. Depuis le début, ce personnage évolue beaucoup. À un moment (dans le tome 1), elle montre son potentiel. À ce moment, Reine est à la croisée des chemins. Le reste de sa vie évolue en fonction de ce qu'elle a semé.

J'ai apprécié l'évolution des relations entre Isabelle et Maurice, mais depuis ce qui leur arrive dans le tome 2, je trouve leur situation un peu absurde. La romancière leur invente des actes et des réactions qui ne vont pas vraiment avec ce qu'ils sont.

Léa et Aaron trouvent grâce à mes yeux parce qu'ils réfléchissent et sont tolérants.

D'autre part, il y a deux incohérences. Adélaïde souhaite faire payer le docteur Taylor pour ce qui est arrivé. Tout le monde lui démontre qu'elle n'a aucune preuve. Soit, mais pourquoi personne (même pas elle) n'a parlé de la faute professionnelle commise par Taylor? En effet, c'est lui qui devait aller chercher la malle de Kitty, et c'est elle qui est venue. Ce qui nous amène à la seconde incohérence: l'arme du crime était dans la malle de Kitty. Comment se fait-il que personne n'ait eu le bon sens de fouiller cette malle pendant tout le temps où elle est restée chez les McNealy? Certes, fouiller les affaires d'autrui n'est pas reluisant, mais au moins trois personnes de la maison savaient que Kitty était dangereuse. Je trouve dommage que Marie Laberge n'ait pas terminé son tome 2 autrement, et ne se soit pas abstenue du tome 3. Ou alors, elle aurait dû le construire de manière aussi fine et intéressante que le 1.

Si vous aimez les auteurs comme Danielle Steel et Belva Plain, ce tome 3 vous plaira. N'ayant pas retrouvé ce que j'ai trouvé dans les deux autres, j'ai été très déçue.

Remarque annexe:
J'ai apparemment dû m'embrouiller concernant Lionel. Il me semblait qu'il était francophone et qu'à un moment (tome 2), Florent lui apprenait l'anglais. Sauf que plus tard (tome 3), l'auteur le dit anglophone. Il apprenait donc le français avec Florent?

Éditeur: Anne Carrière.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mercredi, 30 octobre 2013

Le goût du bonheur, tome 2: Adélaïde, de Marie Laberge.

Le goût du bonheur, tome 2: Adélaïde

L'ouvrage:
Avril 1942.
La guerre et les drames familiaux frappent la famille Miller. Certains devront faire des choix. Si l'amour reste présent, l'incompréhension le détrône parfois. Elle provoquera un douloureux éloignement.

Critique:
Ce tome est beaucoup plus sombre que le premier. On sent déjà cette ambiance à la fin du tome 1. Il faut dire que pendant plus de la moitié de ce volume, le monde est en guerre et les personnages doivent en subir les conséquences. à ce sujet, Marie Laberge expose des personnages meurtris, mais continuant de vivre... Elle prend le temps de raconter cette période charnière, de décrire un monde en mouvements, une société qui évolue.

D'autre part, la scission entre deux personnages peut surprendre, mais elle n'est que l'effet de ce qui arrive à la fin du tome 1. J'ai compris toute la chaîne des réactions d'Edward, qu'elles soient justifiées ou non, car il était évident qu'il réagirait ainsi. Non à cause du comportement des autres, mais à cause de l'événement qui clôt le tome 1. Cette réaction est à mettre en regard avec tout le parcours d'Adélaïde (personnage principal de ce tome, comme son titre l'indique), mais aussi de certains autres, comme Isabelle.

Ce roman m'a moins plu que le premier volume, principalement parce que j'ai trouvé le premier bien pensé, bien écrit. Celui-là aussi, mais il me semble que Marie Laberge a cédé à une certaine facilité en créant des situations qui font un peu soap opera. D'abord, on a droit aux histoires d'amour de chacun, et elles sont toutes caractérisées par quelque chose qui les rend compliquées. Bien sûr, la plupart m'ont intéressée (je me suis surtout attachée à l'une d'elles), mais il y en avait peut-être un peu trop. Je trouve que l'auteur aurait pu se passer de certains rebondissements, notamment concernant Isabelle, mais aussi le fait que l'écrivain ressort un personnage de son chapeau afin de précipiter certains événements. Pour moi, elle en a un peu trop fait. Je trouve aussi un peu dommage qu'elle ait créé un tel cliché s'agissant de Florent. Pourquoi faut-il obligatoirement que deux choses le concernant aillent ensemble? Il est un peu dommage que cela soit si «convenu».

Quant aux personnages, s'ils restent sympathiques, ils sont plus tranchés (donc moins épais) que dans le tome 1, sauf Nick qui reste égal à lui-même. Bien sûr, on pouvait se douter de la manière dont seraient certains, mais je pense qu'ils auraient pu être plus complexes. Par exemple, cette propension à avoir le feu aux fesses est un peu lourde. En outre, si Béatrice montrait des dispositions au caprice et à l'égoïsme, là, elle l'est tellement qu'elle semble caricaturale. Quant à Adélaïde, c'est bien sûr à elle qu'ira la préférence du lecteur, mais il est très agaçant que tout le monde l'adore, que beaucoup d'hommes la désirent, qu'elle soit charismatique, presque hypnotique. Je me croyais un peu dans un roman de Jacqueline Monsigny. (Ce n'est pas un compliment.)
Et puis, l'auteur en délaisse certains comme Germaine et Paulette. Germaine aurait pourtant été intéressante à suivre, car au début de ce tome, elle s'affirme. Quant à Paulette, je ne sais pas trop quoi penser d'elle. Elle n'a pas l'éclat d'Adélaïde...

Je n'ai pas du tout aimé l'événement sur lequel se clôt ce deuxième tome. D'abord parce que je pense qu'après cela, le troisième tome me sera fade. Ensuite parce que j'ai vraiment peur de tomber encore plus dans du Monsigny à cause du tempérament fougueux d'un personnage. Il est même facile de prévoir certains événements du tome 3, du coup.

Éditeur: Anne Carrière.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 28 octobre 2013

Le goût du bonheur, tome 1: Gabrielle, de Marie Laberge.

Le goût du bonheur, tome 1: Gabrielle

L'ouvrage:
Québec, années 1930.
Gabrielle est mariée à Edward Miller. Ils ont cinq enfants. À l'heure où les mariages arrangés sont monnaie courante, où le devoir conjugal passe avant le bonheur, ce couple détonne car il s'aime.

Critique:
À travers ses personnages et les événements qu'ils vivent, Marie Laberge décrit une société, des moeurs, des mentalités. C'est d'abord représenté par des personnages comme Gabrielle et Adélaïde. Elles écoutent leur coeur, et font ce qu'elles croient être juste. Gabrielle ira loin (ce qui lui posera des problèmes de conscience) pour cela. Elle s'interroge beaucoup sur ce que l'église prône (elle est pieuse), et sur ce que montrent les faits. Elle se rend compte qu'elle doit transiger, que rien n'est aussi simple que ce que dit l'église, et les contradictions que cela engendre dans son esprit sont très intéressantes.
Quant à Adélaïde, je pense qu'elle serait capable d'aller plus loin que sa mère tant elle est combattive, droite, et éprise de justice.

Les conversations entre Edward et Gabrielle sont également sources de réflexion. Outre que leur complicité transparaît à chaque fois (même lorsqu'ils s'affrontent), ils abordent certains sujets de manière intéressante.
Quant aux événements, je ne pourrai en citer trop pour ne pas en dévoiler, mais certains grands tournants sont incontestablement ce qui arrive à Denise, ce qui arrive plus tard à la famille de Florent, le centre de Gabrielle et ce qu'il s'y passe... Tout cela fait que les personnages apprennent la vie.

Ces personnages sont d'ailleurs très réalistes. D'abord parce qu'ils ont un caractère assez fort, mais aussi parce que certains évoluent. La romancière n'a pas créé des protagonistes figés, mais ils ne changent pas non plus du tout au tout.
Germaine est assez intéressante, parce qu'elle souhaite se fondre dans le moule, mais parfois, elle n'y parvient pas. Plus scrupuleuse que Gabrielle, elle a du mal à concilier sa nature et son envie d'être conforme à ce qu'attend la société.
Quant à Georgina, elle est à la fois exaspérante et amusante. Elle est quand même assez complexe, car elle souhaite être vue comme irréprochable, mais ne peut s'empêcher d'avoir de mauvaises pensées. Sous sa futilité, se cache une âme tourmentée. Elle n'a pas du tout éveillé ma compassion, à l'inverse de Germaine.

Une chose m'a un peu déçue, car je trouve qu'elle désavantage le livre en lui ajoutant une part de convenu, étant donné que cette chose se retrouverait dans un mauvais roman à l'eau de rose. Je parle du sentiment de Nick pour l'un des personnages. Ce n'est pas pour cela que le personnage de Nick ne m'a pas plu. Il est complexe, ses défauts et faiblesses l'humanisent. J'en ai plutôt voulu à l'auteur de lui faire éprouver cela, car c'est cliché, et pour moi, cela le souille un peu.

Les trois quarts du roman sont lumineux, malgré certains éléments graves ou tristes. Tendresse et courage, mais aussi verve et humour se dégagent de cette histoire servie par une écriture alerte et des répliques justes. Le dernier quart est plus sombre, plus dur que le reste, d'abord à cause de la guerre, mais aussi parce que des événements assez graves arrivent. Ce tome s'achève sur un événement que je voyais venir depuis un moment...

Éditeur: Anne Carrière.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 16 septembre 2013

Le pays du nuage blanc, de Sarah Lark.

Le pays du nuage blanc

L'ouvrage:
Angleterre, 1852.
Hélène Davenport, vingt-sept ans, est préceptrice pour une riche famille. Sûre que son avenir est terne en Angleterre, elle répond à une annonce lue dans une gazette: des hommes vivant en nouvelle-Zélande cherchent des épouses.

Gwyneira Silkham, dix-sept ans, n'est pas pressée de se marier. Elle préfère monter à cheval et dresser sa chienne, Cléo, à être une bonne chienne de berger. Gérald Warden, propriétaire d'un domaine en Nouvelle-Zélande, la remarque et joue sa main (qu'il destine à son fils, Lucas) aux cartes. Lord Silkham perdant la partie, la jeune fille part pour le pays du nuage blanc.

Critique:
Cette saga familiale sur fond d'histoire possède beaucoup d'ingrédients propres à séduire les amateurs du genre. Si Sarah Lark reprend des topoi, elle les insère dans une intrigue bien menée, ce qui fait que je ne l'ai pas trop blâmée de ces facilités.

Par exemple, elle crée la situation des amours impossibles. En général, je déteste cette ficelle, d'abord parce qu'en tant que lectrice quelque peu fleur bleue, j'aime que les personnages que j'apprécie puissent vivre leur amour. Ensuite, cette situation engendre des moments mélodramatiques où les personnages pleurent et se lamentent, mais ne font rien pour changer cela. Ici, l'un des personnages le fait: s'entravant dans des chaînes inutiles, se flagellant, s'empêchant hypocritement de vivre son histoire... Je dis hypocritement parce que le fait de ne pas le vivre n'atténue en rien ce qui est ressenti.

D'autre part, on devine certaines choses. Il est évident, par exemple, qu'une cachette si sûre qu'elle paraisse, ne l'est jamais autant que la disparition de la chose à cacher... Dès qu'Hélène a parlé de sa cachette, j'ai su qu'elle serait découverte.

Si ces aspects m'ont un peu gênée, ils n'ont pas gâché ma lecture. J'ai été très vite immergée dans l'histoire (même si j'ai eu du mal à entrer dans le chapitre 2, ne voulant pas changer de personnages), car il n'y a pas de longueurs. Le décor est bien planté: paysages, atmosphère, conséquences de la colonisation. Ici, le thème est abordé de manière intéressante, l'auteur mêlant la théorie à la pratique, montrant le quotidien des colons et des maoris. J'ai d'ailleurs appris certaines choses quant à la colonisation de la Nouvelle-Zélande.

Les personnages sont épais. J'ai parfois désapprouvé les héroïnes, mais j'ai toujours compris leurs motivations. Hélène me paraissait sotte, au début. Son départ ressemblait plutôt à un caprice à mes yeux. lorsqu'elle a découvert ce qui l'attendait, je ne l'ai pas vraiment plainte. Et puis, elle évolue, s'adapte, et finit par être attachante.
Quant à Gwyneira, elle m'a parfois agacée, mais son caractère m'allait mieux que celui d'Hélène. En outre, elle aime et respecte les animaux.
J'ai éprouvé de la compassion et aussi du respect pour Lucas qui parvient à rester lui-même sans blâmer personne, sans être amer, et malgré le contexte et l'intolérance de son père.
D'autres personnages sont intéressants parce que complexes et compréhensibles.
Il y a quand même certains personnages qui n'inspirent aucun sentiment positif. On pourrait penser que c'est dommage, car ils semblent caricaturaux. Certes, mais ce genre existe dans la vie, donc... Et puis, leur attitude s'explique. En bref, les personnages ne m'ont pas paru clichés.

Dans les fresques de ce type, la deuxième génération est souvent fade comparée à la première. Ici, ce n'est pas le cas. Par ailleurs, dans certaines sagas, la première génération ne connaît que des déconvenues, alors que la suivante s'épanouit. Je pense notamment à «Noces indiennes» qui m'avait beaucoup déçue à ce niveau. Ici, tout n'est pas aussi radical, ce qui me plaît davantage.

J'ai bien aimé la fin. On la voit peut-être un peu venir, mais j'ai apprécié ce qu'elle implique, ce qui se dessine.

Un livre dans lequel on s'immerge rapidement, des personnages et des paysages qu'on a du mal à quitter, un contexte historique bien exposé.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions l'Archipel par l'intermédiaire de l'agence de communication LP Conseils.

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