vendredi, 13 février 2015

Une partie du tout, de Steve Toltz.

Une partie du tout

L'ouvrage:
Jasper Dean est en prison. Il imagine de tuer le temps en commençant à écrire son autobiographie. Celle-ci expliquerait pourquoi il déteste son père, Martin. L'histoire de Jasper est étroitement liée à celle de Martin.

Critique:
Voici un livre ayant la taille d'un roman-fleuve ou d'une saga, mélangeant tragédie loufoque, aventures improbables, répliques et situations insolites. L'oxymore «tragédie loufoque» peut paraître étrange. Cependant, je n'ai pas trouvé d'autres mots pour qualifier cela. Steve Toltz conte des événements souvent tragiques, mais sa façon de le faire fait qu'on ne pourra s'empêcher d'y trouver une certaine ironie mordante, voire amusante. Par exemple, l'affaire du livre écrit par Harry illustre bien cet oxymore. D'autres situations pourraient également servir d'exemples.
Cette impression est renforcée par la cocasserie de certains personnages, comme Stanley, l'éditeur.
Vers la fin, le dilemme de Caroline ne pourrait pas être plus tragique. Malgré la compassion que je ressentais pour l'un des personnages, je ne pouvais m'empêcher de trouver ce pan de l'histoire drôle à force d'être pathétique.

D'autre part, l'auteur n'hésite pas à introduire des éléments presque improbables dans son récit, lui donnant un parfum de conte. Par exemple, Anouk est un personnage haut en couleur. Elle finit par s'assagir quelque peu, mais au départ, elle est dans l'excès. On pourrait la voir comme une bonne fée excentrique.
L'étrange rituel auquel se livre la petite amie de Jasper est quelque chose qu'on trouverait dans un conte. Là encore, je pourrais donner une foule d'exemples.

Jasper explique, au début, qu'il déteste son père. Néanmoins, on se rend vite compte que tout est nuancé. Son père est, pour lui, à la fois bénéfique et maléfique. Quant à moi, martin fait partie des personnages que j'apprécie le plus. À la fois blasé mais attendant quelque chose de la vie, torturé et fourmillant d'idées loufoques, reniant et aimant son frère (ce paramètre changera au long du roman), père par intermittence, s'appuyant sur son fils tout autant qu'il lui apprend la vie, ce personnage complexe et contradictoire ne peut pas uniquement se résumer à «un salaud», comme le dit longtemps Jasper.

Aucun personnage de ce roman ne laissera indifférent, quoiqu''il inspire au lecteur. Le romancier est parvenu à créer des protagonistes très forts. En ce qui me concerne, je me serais quand même passée de Caroline que (mis à part au tout début), je trouve très niaise et fade. J'ai d'ailleurs du mal à comprendre pourquoi certains l'aiment à ce point.

Steve Toltz ne cesse de montrer, à travers ce roman, que dans la vie, chacun est responsable de ses actes, et toit en assumer les conséquences, mais qu'il peut également y avoir des paramètres imprévus auxquels on se heurte.

Par ailleurs, j'ai beaucoup aimé le style de l'auteur. Son livre est rempli de phrases que j'aurais voulu noter.
Pour moi, «Une partie du tout» est une belle découverte.

Éditeur: 10-18.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bertrand Baumann pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Comme d'habitude, Bertrand Baumann a su adopter un ton adéquat. Ce roman n'est pas forcément simple à lire à haute voix, car il faut trouver le ton juste notamment pour les moments tragico-loufoques. Je regrette seulement (comme à mon habitude) qu'il ait prononcé certains noms propres à l'anglophone. Cela m'a quelque peu gâché la lecture. Pourquoi faire le «r» anglais pour Harry et Terry, ainsi que le «h» de Harry? Pourquoi prononcer Laïonel et Carolaïne (au début, le lecteur prononce Caroline, puis il se met à dire Carolaïne), alors que ces prénoms ont une prononciation qui paraît plus naturelle en français lorsque le texte est en français? Quant à Martin, ça passe encore, mais pourquoi aurait-ce été une hérésie que de le prononcer à la française? Certains lecteurs bénévoles suisses m'ont expliqué que pour eux, il était plus logique de prononcer les noms étrangers dans leur langue d'origine. Pourtant, je continue à trouver cela peu naturel, voire affecté, tant dans un livre que dans une conversation de tous les jours.

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mercredi, 5 février 2014

Le manoir de Tyneford, de Natasha Solomons.

Le manoir de Tyneford

L'ouvrage:
Vienne, 1938.
Élise doit se séparer d'une famille qu'elle chérit. En effet, à l'approche de la guerre, ses parents souhaitent la mettre le plus possible à l'abri. C'est ainsi qu'elle devient femme de chambre en Angleterre, au manoir de Tynford.

Critique:
Je suis tout de suite entrée dans ce roman. Natasha Solomons décrit cette période avec justesse et sensibilité. Elle montre bien comment l'Histoire broie des vies humaines. En effet, dans ce roman, on n'est pas maître de son destin. L'auteur montre bien que les personnages ne peuvent que subir, que tout aurait été différent si le contexte n'avait pas été celui de la seconde guerre mondiale.
Élise commence par découvrir un pays et une culture totalement différents des siens, et son adaptation ne se fait pas sans heurts, étant donné qu'elle n'est pas volontaire. Ensuite, le contexte bouleverse davantage la vie de la jeune femme.
Au début, les personnages veulent croire que la guerre ne durera pas, et les domestiques s'efforcent de maintenir les règles qui régissent un manoir anglais. Seulement, entre le contexte et le caractère de différents protagonistes, les choses changent.

L'intrigue est prenante, même si certains faits se devinent à travers les dires d'Élise. En effet, la narratrice raconte son passé, et fait quelques incursions dans son présent pour déplorer que tel événement ne se soit pas passé de telle manière, et pour faire des suppositions quant à ce qui aurait pu se passer. D'autre part, même sans les petits indices d'Élise, j'ai deviné des choses. L'auteur est quand même parvenue à faire en sorte que son roman n'ait pas l'air d'un soap opera. Pourtant, certains ingrédients y sont. Mais Natasha Solomons a su les utiliser intelligemment: ils s'insèrent bien dans le roman et n'ont pas l'air niais ou incongrus.

Les personnages sont charismatiques. Ils sont loin d'être parfaits, et cela fait leur charme. Élise est parfois un peu naïve. Parfois, elle peut avoir l'air d'être entêtée et égoïste. Ses parents la voient comme une poupée en sucre, et ce ressenti m'a été communiqué. De ce fait, j'ai été surprise qu'elle ne réagisse pas comme une pauvre chose fragile. J'ai aimé la découvrir alors que je croyais la connaître.
Kit est sympathique, et si son côté immature dérange, il attendrit aussi.
Anna et Julian sont peu présents, mais il est facile de les cerner à travers ce qu'en dit Élise. Ils semblent parfois excessifs, parfois insouciants, parfois égoïstes. Peut-être quelque peu magnifiés par les souvenirs et la frustration d'Élise, ils ressemblent à des personnages de contes de fées qui ne pourraient pas vivre dans notre monde.
Bref, chaque personnage est épais. Aucun ne laissera le lecteur indifférent.

À la fin de l'ouvrage, une note de l'auteur atteste de la véracité d'un épisode qu'elle a transposé dans son roman. Je ne savais pas que ce genre de choses s'était passé...

Éditeur: Calmann Lévy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour le GIAA
Le lecteur a une voix très agréable. Sa lecture est fluide.

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vendredi, 1 novembre 2013

Le goût du bonheur, tome 3: Florent, de Marie Laberge.

Le goût du bonheur, tome 3: Florent

Ne lisez pas cette chronique si vous n'avez pas lu les deux premiers tomes de la série.

L'ouvrage:
Juin 1949.
Adélaïde doit faire face au coup qui la frappe. mais si elle est la plut touchée, elle n'est pas la seule à souffrir. Grâce à l'amour des siens et à son travail, la jeune femme va tenter de se reconstruire.

Critique:
Comme je m'en doutais, la mort de Nick m'a rendu ce troisième tome fade. Ce personnage dent le charisme ne me gênait pas (à l'inverse de celui, plus tapageur, d'Adélaïde), était, avec Florent, celui auquel je m'étais le plus attachée.

D'autre part, l'une des conséquences de cette mort est qu'il va bien falloir qu'Adélaïde trouve une personne avec qui assouvir son insatiable appétit sexuel. Et bien sûr, la romancière (pas finaude pour deux sous), a introduit (si j'ose m'exprimer ainsi) celui qui remplira cet office dans le tome 2. J'ai tout de suite que ce serait lui. Bien sûr, Marie Laberge ajoute quelques complications: ils ne vont pas se mettre tout de suite ensemble, il faut bien remplir des pages. Je trouve quand même décevant qu'Adélaïde remplace si vite Nick. On me dira qu'elle ne le remplace pas vraiment (au vu de certaines de ses réactions), et qu'il fallait s'en douter la connaissant. Certes, mais d'une manière générale, je trouve que ce beau monde se console très vite de ses pertes. Si les histoires d'amour me semblaient un peu trop présentes dans le tome 2, que dire du tome 3?! Ça se cherche, ça se jure un amour éternel juste avant de se tromper... La fille du couple qui agit ainsi, une fois qu'ils sont ensemble, ne veut pas d'enfants, mais ne prend pas toujours les précautions nécessaires, alors qu'elle est avertie, et après, ça pleure et ça se désole... En outre, malgré son indéfectible amour pour celui qu'elle a déjà trompé, elle flirte (et aurait sûrement allègrement sauté le pas) avec son patron. Moi qui me plaignais de retrouver un peu de Monsigny dans le tome 2, ici, on est en plein dedans! On dirait que ces gens ne peuvent être heureux qu'en couple. Que dire de Rose qui se transforme en poule pondeuse? On me dira que c'est dans son tempérament. Peut-être, mais à ce point... Et puis son mari l'aime, mais il ne lui vient pas à l'idée de lui proposer une méthode contraceptive fiable. Certes, les moeurs sont encore frileuses à ce sujet, mais Edward le faisait bien, dans les années 30.

Quant à Florent, je trouve que ce qui lui arrive n'est pas très crédible. Pendant les trois quarts du roman, il jure ne pouvoir aimer personne d'autre que Nick, et soudain, il en aime éperdument un autre... Je ne dis pas que c'est mal, mais les choses auraient pu être plus subtiles. L'auteur a peut-être voulu montrer que Florent acceptait enfin son homosexualité, mais elle y va avec de gros sabots.

Adélaïde ressemble à une héroïne de romans Harlequin: belle, indomptable, fougueuse, impétueuse, femme de pouvoir. Tout le monde l'admire, les hommes l'aiment ou la désirent, rien ni personne ne lui résiste, elle fait ce qu'elle veut de tout et de tous... Elle est très agaçante.

La romancière ramène Pierre sur le devant de la scène. J'ai compris pourquoi il était ainsi: les circonstances de sa vie sont difficiles, et on peut penser que son esprit n'est pas assez fort pour faire avec. L'auteur l'a assez bien décrit comme fragile, et la façon dont il tourne est crédible. Mais là encore, elle en fait trop, notamment avec ce que Pierre fait à Béatrice. Si l'égarement du garçon peut se comprendre, c'est l'événement en lui-même qui est un peu gros.

Reine est crédible. Depuis le début, ce personnage évolue beaucoup. À un moment (dans le tome 1), elle montre son potentiel. À ce moment, Reine est à la croisée des chemins. Le reste de sa vie évolue en fonction de ce qu'elle a semé.

J'ai apprécié l'évolution des relations entre Isabelle et Maurice, mais depuis ce qui leur arrive dans le tome 2, je trouve leur situation un peu absurde. La romancière leur invente des actes et des réactions qui ne vont pas vraiment avec ce qu'ils sont.

Léa et Aaron trouvent grâce à mes yeux parce qu'ils réfléchissent et sont tolérants.

D'autre part, il y a deux incohérences. Adélaïde souhaite faire payer le docteur Taylor pour ce qui est arrivé. Tout le monde lui démontre qu'elle n'a aucune preuve. Soit, mais pourquoi personne (même pas elle) n'a parlé de la faute professionnelle commise par Taylor? En effet, c'est lui qui devait aller chercher la malle de Kitty, et c'est elle qui est venue. Ce qui nous amène à la seconde incohérence: l'arme du crime était dans la malle de Kitty. Comment se fait-il que personne n'ait eu le bon sens de fouiller cette malle pendant tout le temps où elle est restée chez les McNealy? Certes, fouiller les affaires d'autrui n'est pas reluisant, mais au moins trois personnes de la maison savaient que Kitty était dangereuse. Je trouve dommage que Marie Laberge n'ait pas terminé son tome 2 autrement, et ne se soit pas abstenue du tome 3. Ou alors, elle aurait dû le construire de manière aussi fine et intéressante que le 1.

Si vous aimez les auteurs comme Danielle Steel et Belva Plain, ce tome 3 vous plaira. N'ayant pas retrouvé ce que j'ai trouvé dans les deux autres, j'ai été très déçue.

Remarque annexe:
J'ai apparemment dû m'embrouiller concernant Lionel. Il me semblait qu'il était francophone et qu'à un moment (tome 2), Florent lui apprenait l'anglais. Sauf que plus tard (tome 3), l'auteur le dit anglophone. Il apprenait donc le français avec Florent?

Éditeur: Anne Carrière.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mercredi, 30 octobre 2013

Le goût du bonheur, tome 2: Adélaïde, de Marie Laberge.

Le goût du bonheur, tome 2: Adélaïde

L'ouvrage:
Avril 1942.
La guerre et les drames familiaux frappent la famille Miller. Certains devront faire des choix. Si l'amour reste présent, l'incompréhension le détrône parfois. Elle provoquera un douloureux éloignement.

Critique:
Ce tome est beaucoup plus sombre que le premier. On sent déjà cette ambiance à la fin du tome 1. Il faut dire que pendant plus de la moitié de ce volume, le monde est en guerre et les personnages doivent en subir les conséquences. à ce sujet, Marie Laberge expose des personnages meurtris, mais continuant de vivre... Elle prend le temps de raconter cette période charnière, de décrire un monde en mouvements, une société qui évolue.

D'autre part, la scission entre deux personnages peut surprendre, mais elle n'est que l'effet de ce qui arrive à la fin du tome 1. J'ai compris toute la chaîne des réactions d'Edward, qu'elles soient justifiées ou non, car il était évident qu'il réagirait ainsi. Non à cause du comportement des autres, mais à cause de l'événement qui clôt le tome 1. Cette réaction est à mettre en regard avec tout le parcours d'Adélaïde (personnage principal de ce tome, comme son titre l'indique), mais aussi de certains autres, comme Isabelle.

Ce roman m'a moins plu que le premier volume, principalement parce que j'ai trouvé le premier bien pensé, bien écrit. Celui-là aussi, mais il me semble que Marie Laberge a cédé à une certaine facilité en créant des situations qui font un peu soap opera. D'abord, on a droit aux histoires d'amour de chacun, et elles sont toutes caractérisées par quelque chose qui les rend compliquées. Bien sûr, la plupart m'ont intéressée (je me suis surtout attachée à l'une d'elles), mais il y en avait peut-être un peu trop. Je trouve que l'auteur aurait pu se passer de certains rebondissements, notamment concernant Isabelle, mais aussi le fait que l'écrivain ressort un personnage de son chapeau afin de précipiter certains événements. Pour moi, elle en a un peu trop fait. Je trouve aussi un peu dommage qu'elle ait créé un tel cliché s'agissant de Florent. Pourquoi faut-il obligatoirement que deux choses le concernant aillent ensemble? Il est un peu dommage que cela soit si «convenu».

Quant aux personnages, s'ils restent sympathiques, ils sont plus tranchés (donc moins épais) que dans le tome 1, sauf Nick qui reste égal à lui-même. Bien sûr, on pouvait se douter de la manière dont seraient certains, mais je pense qu'ils auraient pu être plus complexes. Par exemple, cette propension à avoir le feu aux fesses est un peu lourde. En outre, si Béatrice montrait des dispositions au caprice et à l'égoïsme, là, elle l'est tellement qu'elle semble caricaturale. Quant à Adélaïde, c'est bien sûr à elle qu'ira la préférence du lecteur, mais il est très agaçant que tout le monde l'adore, que beaucoup d'hommes la désirent, qu'elle soit charismatique, presque hypnotique. Je me croyais un peu dans un roman de Jacqueline Monsigny. (Ce n'est pas un compliment.)
Et puis, l'auteur en délaisse certains comme Germaine et Paulette. Germaine aurait pourtant été intéressante à suivre, car au début de ce tome, elle s'affirme. Quant à Paulette, je ne sais pas trop quoi penser d'elle. Elle n'a pas l'éclat d'Adélaïde...

Je n'ai pas du tout aimé l'événement sur lequel se clôt ce deuxième tome. D'abord parce que je pense qu'après cela, le troisième tome me sera fade. Ensuite parce que j'ai vraiment peur de tomber encore plus dans du Monsigny à cause du tempérament fougueux d'un personnage. Il est même facile de prévoir certains événements du tome 3, du coup.

Éditeur: Anne Carrière.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 28 octobre 2013

Le goût du bonheur, tome 1: Gabrielle, de Marie Laberge.

Le goût du bonheur, tome 1: Gabrielle

L'ouvrage:
Québec, années 1930.
Gabrielle est mariée à Edward Miller. Ils ont cinq enfants. À l'heure où les mariages arrangés sont monnaie courante, où le devoir conjugal passe avant le bonheur, ce couple détonne car il s'aime.

Critique:
À travers ses personnages et les événements qu'ils vivent, Marie Laberge décrit une société, des moeurs, des mentalités. C'est d'abord représenté par des personnages comme Gabrielle et Adélaïde. Elles écoutent leur coeur, et font ce qu'elles croient être juste. Gabrielle ira loin (ce qui lui posera des problèmes de conscience) pour cela. Elle s'interroge beaucoup sur ce que l'église prône (elle est pieuse), et sur ce que montrent les faits. Elle se rend compte qu'elle doit transiger, que rien n'est aussi simple que ce que dit l'église, et les contradictions que cela engendre dans son esprit sont très intéressantes.
Quant à Adélaïde, je pense qu'elle serait capable d'aller plus loin que sa mère tant elle est combattive, droite, et éprise de justice.

Les conversations entre Edward et Gabrielle sont également sources de réflexion. Outre que leur complicité transparaît à chaque fois (même lorsqu'ils s'affrontent), ils abordent certains sujets de manière intéressante.
Quant aux événements, je ne pourrai en citer trop pour ne pas en dévoiler, mais certains grands tournants sont incontestablement ce qui arrive à Denise, ce qui arrive plus tard à la famille de Florent, le centre de Gabrielle et ce qu'il s'y passe... Tout cela fait que les personnages apprennent la vie.

Ces personnages sont d'ailleurs très réalistes. D'abord parce qu'ils ont un caractère assez fort, mais aussi parce que certains évoluent. La romancière n'a pas créé des protagonistes figés, mais ils ne changent pas non plus du tout au tout.
Germaine est assez intéressante, parce qu'elle souhaite se fondre dans le moule, mais parfois, elle n'y parvient pas. Plus scrupuleuse que Gabrielle, elle a du mal à concilier sa nature et son envie d'être conforme à ce qu'attend la société.
Quant à Georgina, elle est à la fois exaspérante et amusante. Elle est quand même assez complexe, car elle souhaite être vue comme irréprochable, mais ne peut s'empêcher d'avoir de mauvaises pensées. Sous sa futilité, se cache une âme tourmentée. Elle n'a pas du tout éveillé ma compassion, à l'inverse de Germaine.

Une chose m'a un peu déçue, car je trouve qu'elle désavantage le livre en lui ajoutant une part de convenu, étant donné que cette chose se retrouverait dans un mauvais roman à l'eau de rose. Je parle du sentiment de Nick pour l'un des personnages. Ce n'est pas pour cela que le personnage de Nick ne m'a pas plu. Il est complexe, ses défauts et faiblesses l'humanisent. J'en ai plutôt voulu à l'auteur de lui faire éprouver cela, car c'est cliché, et pour moi, cela le souille un peu.

Les trois quarts du roman sont lumineux, malgré certains éléments graves ou tristes. Tendresse et courage, mais aussi verve et humour se dégagent de cette histoire servie par une écriture alerte et des répliques justes. Le dernier quart est plus sombre, plus dur que le reste, d'abord à cause de la guerre, mais aussi parce que des événements assez graves arrivent. Ce tome s'achève sur un événement que je voyais venir depuis un moment...

Éditeur: Anne Carrière.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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