jeudi, 13 août 2015

Chère Laurette, tome 4: La fuite du temps, de Michel David.

Chère Laurette, tome 4: La fuite du temps

L'ouvrage:
1966.
Les enfants Morin ont grandi. Certains sont mariés. Jean-Louis, Gilles et Carole vivent encore chez leurs parents. Carole a un petit ami que ceux-ci n'apprécient pas vraiment...

Critique:
Ce roman, qui clôture la saga «Chère Laurette», est, à mon sens, égal aux trois autres. J'apprécie que l'auteur ait écrit une saga dont tous les tomes sont dans le même esprit. J'ai lu beaucoup de séries qui n'étaient pas égales et qui, de ce fait, étaient décevantes.

J'ai été ravie de retrouver la famille Morin. La vie de la famille a quelque peu changé, puisque certains enfants sont mariés. Cependant, leurs relations sont peut-être plus étroites que lorsqu'ils vivaient sous le même toit. Par exemple, Laurette est beaucoup moins injuste envers Richard. La famille reste très soudée. Ses membres sontS toujours prêts à s'entraider, et surtout à rendre service à Gérard et Laurette.

Les personnages sont égaux à eux-mêmes. Je n'apprécie toujours pas Jean-Louis. Pourtant, avec le temps et les événements, ses défauts s'atténuent un peu.
Le lecteur éprouvera de la compassion pour Carole. Les choses ne sont pas simples pour elle. Je sais que ce qui arrive vers la fin est pour le mieux, mais je me dis que les personnages auraient peut-être pu faire preuve de davantage d'empathie vis-à-vis d'elle. Ils auraient pu être un peu plus souples. Laurette, par exemple, ne pense qu'à son bonheur d'obtenir finalement ce qu'elle veut, mais ne pense pas à Carole. Personne ne propose un arrangement... On me dira qu'à l'époque, cela ne se faisait pas. Certes, mais dans la famille Morin, on est en avance sur beaucoup de choses, alors pourquoi pas ici? Bien sûr, un autre arrangement aurait peut-être lésé d'autres personnages...
Pour moi, Denise est toujours un peu gourde. Cependant, elle acquiert un peu de personnalité.
Laurette est à la fois drôle et agaçante. Sa mauvaise foi est souvent pénible. En outre, elle est un peu trop sur le devant de la scène. Bien sûr, son fort caractère l'explique, mais c'est parfois un peu trop marqué. Par exemple, elle pense tout le temps qu'on va oublier son anniversaire, que Gérard va oublier leur anniversaire de mariage... et bien sûr, cela n'arrive pas. Elle reçoit toujours des cadeaux montrant l'attention des siens. Or, on ne voit jamais Gérard recevoir de cadeaux pour son anniversaire, ni les autres membres de la famille... À un moment, l'auteur rattrape un peu cela dans ce tome, d'ailleurs.

Il me semble que dans ce tome, l'humour est davantage présent. C'est surtout Laurette qui provoque le rire. J'ai d'ailleurs eu un fou rire lors de la soirée que le couple passe dans un restaurant huppé de la ville. D'abord, il y a un décalage entre eux et ce genre d'établissement. Ensuite, Laurette (toujours très naturelle, et faisant fi des conventions) se fait fatalement remarquer. Pour donner d'autres exemples, avec le temps, la messe change: elle n'est plus en latin, etc. Laurette commente tous ces changements avec son bagout habituel. Il y a encore beaucoup d'exemples de situations très drôles (le week-end dans le chalet, le mariage, etc).
L'auteur joue également sur le comique de répétition. En effet, lorsqu'il est question de Colombe, Laurette lui reproche toujours les mêmes choses. C'est amusant parce qu'à chaque fois, le lecteur assiste à ce qui fait qu'ensuite, Laurette grogne après sa belle-soeur. Cela renforce la complicité entre le lecteur et Laurette.

Éditeur: Hurtubise.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'ai été contente de retrouver cette lectrice sur le tome 4. Pour moi, elle entre bien dans la peau des personnages, notamment lorsqu'il s'agit des dialogues.

Pour les trois premier tomes, il y avait un fichier par chapitre. Ici, les chapitres ont été découpés. Je n'aime pas qu'un chapitre fasse plusieurs fichiers: comme je l'ai déjà dit, je trouve que ce n'est pas propre, et qu'en plus, cela ne respecte pas la structure du livre papier. Je n'ai pas compris le choix de découper les chapitres de ce roman... Peut-être certains auditeurs des tomes précédents ont-ils trouvé que les fichiers étaient trop gros, qu'un fichier de plus d'une heure, c'était trop long. Si c'est l'explication, je ne la comprends pas. En effet, je fais partie des personnes qui se passent très bien du format DAISY, mais si j'ai bien compris, le format DAISY permet justement de se repérer, et d'atteindre un point donné très facilement. Dans ce cas, pourquoi couper les chapitres en plusieurs fichiers?

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lundi, 10 août 2015

Chère Laurette, tome 3: Le retour, de Michel David.

Chère Laurette, tome 3: Le retour

L'ouvrage:
Printemps 1956. Laurette travaille depuis trois ans. Ses enfants l'aident: certains ont de petits boulots. Ceux qui continuent leurs études font quelques tâches ménagères.

Critique:
À l'instar du tome 2 de la saga, ce roman se déroule sur un an. Au rythme des saisons on retrouve le quotidien de la famille Morin avec plaisir: leurs joies, leurs peines, le tout saupoudré d'une bonne dose d'humour. Les enfants sont égaux à eux-mêmes. Je n'ai pas été surprise du comportement de Jean-Louis. Richard et Gilles restent mes personnages favoris. Richard se démarque. Outre son fort caractère, il a le don de se mettre dans des situations délicates: voir sa mésaventure avec la crèche, lors de la fête de Noël...
Denise est toujours aussi godiche.
Ce tome permet de découvrir Carole qui a grandi. Elle commence à s'affirmer. Je ne l'ai pas trouvée aussi gourde que sa grande soeur.

Quant à Laurette, si elle reste impétueuse, râleuse, et de mauvaise foi quand Jean-Louis est impliqué, elle semble moins bornée, comme si elle s'améliorait avec l'âge. D'ailleurs, les relations ne sont plus aussi houleuses entre elle et sa belle-famille. À ce sujet, dans les deux premiers tomes, la mère de Gérard s'appelle Lucie, et dans ce tome, c'est Lucille...

Il est intéressant de voir le contexte historique: certaines choses (la télévision, le supermarché) commencent à apparaître, ot on découvre les avis, parfois tranchés, des premiers à connaître ces nouveautés.

Les dialogues sont toujours aussi vivants. L'auteur a d'ailleurs pris soin de faire s'exprimer ses personnages selon leur «milieu» ou leur évolution. Par exemple, Carole, qui poursuit ses études, utilisera un peu moins la langue populaire que ses parents.

Au long du livre (tout comme dans les tomes précédents), j'ai trouvé des erreurs de syntaxe. C'est souvent des maladresses, comme s'il n'y avait pas eu relecture. Exemple: «Après le départ de sa fille, Laurette alluma une cigarette, après avoir déplacé légèrement sa chaise berçante pour ne pas bloquer le passage aux rares passants qui auraient eu besoin d'emprunter le trottoir sur lequel elle était installée.»

Éditeur: Hurtubise.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Nicollerat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'ai été déstabilisée par le changement de lectrice. En général, Jacqueline Duperret (qui semble adepte des romans québécois, et à qui les séries contenant plusieurs gros tomes ne font pas peur) lit tous les tomes d'une série. Je n'ai pas compris pourquoi elle n'avait pas enregistré «Le retour», d'autant qu'elle a lu le dernier tome de la saga.
Par ailleurs, Martine Nicollerat s'est attachée à préciser «italique» et «fin de l'italique» pour les mots en italique dans le roman. Idem pour les mots ou expressions entre guillemets. J'ai déjà remarqué que certains lecteurs bénévoles faisaient cela. Je ne sais pas si cette directive leur a été donnée ou s'ils ont pris l'initiative eux-mêmes pensant bien faire, et je ne sais pas ce qu'en pensent les autres auditeurs, mais pour ma part, je trouve cela extrêmement désagréable pour plusieurs raisons. Cela alourdit le texte et de ce fait, le rend moins «naturel». Imaginez un dialogue durant lequel la lectrice s'interrompt pour donner ces indications. D'autre part, j'ai eu l'impression d'être prise pour une andouille qui n'était pas capable de deviner qu'ici, il y avait un titre, que là, il y avait un mot anglais, là une citation... Normalement, le ton du lecteur laisse deviner ce qui pourrait être sujet à confusion. Par exemple, ici, Gérard lit «la Presse». D'après la manière dont le disait Jacqueline Duperret, j'avais bien compris que c'était le nom d'un journal et non la presse en général. D'ailleurs, si le lecteur veut lever la confusion, il peut faire une «note du lecteur» en début d'enregistrement, mais uniquement pour les rares cas où il peut y avoir confusion. Idem pour les cas où des personnes sont citées... par exemple, lorsque Laurette cite Colombe en la singeant et en minaudant, il sera beaucoup plus intéressant que le lecteur prenne une intonation appropriée plutôt que de préciser «guillemets ouverts» et «guillemets fermés». Enfin, en tant qu'auditrice, savoir que les mots ou expressions anglophones sont en italique ou entre guillemets ne m'apporte absolument rien.
Si cette lecture m'a été pénible à cause de ces indications superflues, j'imagine que cela a dû être extrêmement laborieux pour la pauvre Martine Nicollerat...
Malheureusement pour moi, elle prononce les mots anglophones en y mettant l'accent. Jacqueline Duperret le faisait un peu, pour «running shoes», par exemple, mais cela restait discret. Ici, j'ai trouvé que c'était exagéré.

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jeudi, 6 août 2015

Chère Laurette, tome 2: À l'écoute du temps, de Michel David.

Chère Laurette, tome 2: À l'écoute du temps

L'ouvrage:
1952. Suite de la vie de la famille Morin.

Critique:
Je pense avoir préféré ce tome à «Des rêves plein la tête», que j'ai beaucoup aimé. Je reprochais au tome 1 de trop s'étaler dans le temps. Le tome 2 est aussi épais et se déroule sur un an, ce que j'ai beaucoup apprécié. L'ambiance est toujours la même. Le roman est toujours porté par des dialogues savoureux et des situations souvent cocasses. L'auteur prend le temps de dépeindre les conditions de vie de ses personnages. La famille Morin est dans le même appartement depuis vingt ans, et n'a pas beaucoup d'argent. Cela fait que les personnages font de leur mieux. D'1n autre côté, la soeur de Gérard (Colombe) et son mari ont davantage d'argent, et pas d'enfants. Ils n'hésitent pas à étaler leurs richesses devant Gérard et Laurette. De ce fait, Laurette oscille entre honte de sa condition et envie de celle de sa belle-soeur. Cela se comprend.

Parfois, une situation engendrée par la pauvreté de la famille est source de rire. Par exemple, personne ne va chez le dentiste, car c'est bien trop cher. À un moment, Gilles doit se faire arracher plusieurs dents. Il est effaré de ces «trous» à la place de ses dents. C'est alors que Richard, goguenard, lui dit qu'il pourra toujours emprunter le dentier de Gérard pour séduire les filles.

Ce tome se déroule «tranquillement», et est rythmé par le quotidien de la famille (l'école, les premières amours, les disputes entre frères et soeurs). Cela m'a beaucoup plu, car c'est raconté d'une plume alerte et réaliste. En outre, l'intérêt est relancé par une facétie du destin: Gérard et Laurette vont devoir héberger Lucie (la mère de Gérard) pendant presque trois semaines. Cela n'ira pas sans heurts. Certaines scènes sont (comme je m'y attendais) amusantes, mais j'ai surtout retenu le fait que la famille fait beaucoup de concessions, et que si Lucie les voit et semble les prendre en compte, elle ne peut s'empêcher d'être blessante. Par exemple, elle affirme qu'une demoiselle doit savoir jouer du piano, alors qu'il est évident (même pour quelqu'un qui n'est pas très futé) qu'il serait impossible à Gérard et Laurette de faire ce genre de dépenses. En outre, l'auteur souligne que Lucie ne s'est jamais montrée très aimante et généreuse avec ses petits-enfants, à l'inverse des parents de Laurette.
Enfin, Lucie ne peut s'empêcher de faire enrager sa belle-fille. Elle a d'ailleurs raison sur certains points, mais elle prodigue ses conseils de telle manière que n'importe qui s'en offusquerait. L'un d'eux porte sur le poids de notre héroïne. Ce sujet suscitera tour à tour le rire et l'exaspération du lecteur.

Ce tome permet aussi de mieux connaître les cinq enfants de Gérard et Laurette. Personnellement, je n'aime pas Jean-Louis, dont le caractère égoïste a sûrement été accentué par la préférence marquée de sa mère à son égard... préférence qui est assez casse-pieds. J'aime beaucoup Gilles et Richard. On remarquera que si Richard est le plus pénible, il semble aussi être celui ayant le plus grand coeur.
Denise est parfois un peu godiche avec son maquillage et ses romans-photos.

La fin est un tournant. Laurette va devoir réorganiser sa façon de vivre. Sachant que malgré ses défauts (dont son très mauvais caractère), elle est courageuse, il était évident qu'elle ferait ce qu'il faudrait pour s'en sortir. Il sera intéressant de voir les conséquences de ce tournant dans le tome 3.

Remarque annexe:
Je n'ai lu aucune autre saga de Michel David, mais j'ai lu les résumés des tomes 1 de ses autres séries. Il semblerait que les Morin rencontrent les personnages d'au moins une autre série. J'aime bien que les écrivains fassent cela.

Éditeur: Hurtubise.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 3 août 2015

Chère Laurette, tome 1: Des rêves plein la tête, de Michel David.

Chère Laurette, tome 1: Des rêves plein la tête

L'ouvrage:
Montréal, 1930.
Laurette Brûlé a dix-sept ans. Sa famille doit faire face à la crise qui sévit à cause du crac boursier de 1929 aux États-Unis. La jeune fille au caractère très affirmé aide ses parents du mieux qu'elle peut. C'est alors qu'elle rencontre Gérard Morin, magasinier.

Critique:
J'ai découvert la littérature québécoise à la faculté. Je l'ai très vite beaucoup appréciée. En lisant ce tome 1, j'ai été plongée dans une ambiance qui m'a un peu rappelé celle de «Les chroniques du plateau Mont Royal» de Michel Tremblay. Mêlant l'histoire de ses personnages à l'Histoire du Canada, Michel David évoque paysages, coutumes, événements importants... Outre la crise, les personnages seront confrontés à la seconde guerre mondiale. Elle aura d'ailleurs un effet revigorant sur l'emploi.

L'ambiance ne serait pas ce qu'elle est si les dialogues ne regorgeaient pas d'expressions québécoises, assortis à une syntaxe populaire. Ce n'est quand même pas du joual, mais cela s'en rapproche. Je trouve que cela contribue beaucoup au fait que le livre est vivant. D'ailleurs, l'auteur se contente de faire parler ses personnages normalement. J'aurais trouvé étrange que la langue parlée soit du «français standard».

Il m'a plu de suivre les péripéties de ces personnages. Laurette ressemble aux héroïnes des sagas. Elle n'hésite pas à faire valoir son opinion, même si elle doit aller contre l'avis de son mari. À l'époque, les femmes n'avaient pas autant de liberté que maintenant. Elle a bien sûr des côtés agaçants qui la rendent plus humaine. Par exemple, si on comprend ses emportements, ils font qu'elle n'est pas toujours diplomate. Elle peut aussi également être très entêtée. Sa préférence marquée pour l'un de ses enfants est sûrement ce qui m'a le plus agacée chez elle. J'ai apprécié la manière dont elle mène la petite guerre qui a cours entre sa belle-mère (Lucie) et elle. Il est vrai que Lucie est son opposée, et qu'en plus, elle non plus ne sait pas dire les choses avec diplomatie. Cela engendre de savoureuses joutes.

Les parents de Laurette sont des personnages très sympathiques, ainsi que ses frères. Annette, sa mère, entre douceur, fermeté, et sagesse, mène son petit monde comme il faut. Honoré (le père de Laurette), calme, avisé, généreux, est apprécié de tous. Puis viennent les enfants de Laurette. Chacun a ses particularités, surtout les garçons. En effet, pour l'instant, Denise ne s'affirme pas trop.

L'auteur raconte la vie de gens simples, qui connaissent la valeur de l'argent, et ne supportent pas le gaspillage. Laurette, obligée de faire vivre sa famille avec peu, se révèle une redoutable femme d'affaires. (Voir comment elle a eu un prix sur des vêtements neufs, puis plus tard, sur les lunettes destinées à Gérard.) Il ne faut pas oublier les scènes humoristiques dont l'auteur parsème son roman. Entre dialogues savoureux (très vivants) où les personnages n'hésitent pas à se taquiner, et situations cocasses (S'il ne fallait prendre qu'un exemple, je parlerais de l'anecdote du frère de Conrad lors du mariage de Laurette.), on sourira souvent.

J'ai trouvé que le tome 1 de cette saga s'étalait peut-être un peu trop dans le temps, mais ce n'est pas si gênant.

Éditeur: Hurtubise.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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vendredi, 13 février 2015

Une partie du tout, de Steve Toltz.

Une partie du tout

L'ouvrage:
Jasper Dean est en prison. Il imagine de tuer le temps en commençant à écrire son autobiographie. Celle-ci expliquerait pourquoi il déteste son père, Martin. L'histoire de Jasper est étroitement liée à celle de Martin.

Critique:
Voici un livre ayant la taille d'un roman-fleuve ou d'une saga, mélangeant tragédie loufoque, aventures improbables, répliques et situations insolites. L'oxymore «tragédie loufoque» peut paraître étrange. Cependant, je n'ai pas trouvé d'autres mots pour qualifier cela. Steve Toltz conte des événements souvent tragiques, mais sa façon de le faire fait qu'on ne pourra s'empêcher d'y trouver une certaine ironie mordante, voire amusante. Par exemple, l'affaire du livre écrit par Harry illustre bien cet oxymore. D'autres situations pourraient également servir d'exemples.
Cette impression est renforcée par la cocasserie de certains personnages, comme Stanley, l'éditeur.
Vers la fin, le dilemme de Caroline ne pourrait pas être plus tragique. Malgré la compassion que je ressentais pour l'un des personnages, je ne pouvais m'empêcher de trouver ce pan de l'histoire drôle à force d'être pathétique.

D'autre part, l'auteur n'hésite pas à introduire des éléments presque improbables dans son récit, lui donnant un parfum de conte. Par exemple, Anouk est un personnage haut en couleur. Elle finit par s'assagir quelque peu, mais au départ, elle est dans l'excès. On pourrait la voir comme une bonne fée excentrique.
L'étrange rituel auquel se livre la petite amie de Jasper est quelque chose qu'on trouverait dans un conte. Là encore, je pourrais donner une foule d'exemples.

Jasper explique, au début, qu'il déteste son père. Néanmoins, on se rend vite compte que tout est nuancé. Son père est, pour lui, à la fois bénéfique et maléfique. Quant à moi, martin fait partie des personnages que j'apprécie le plus. À la fois blasé mais attendant quelque chose de la vie, torturé et fourmillant d'idées loufoques, reniant et aimant son frère (ce paramètre changera au long du roman), père par intermittence, s'appuyant sur son fils tout autant qu'il lui apprend la vie, ce personnage complexe et contradictoire ne peut pas uniquement se résumer à «un salaud», comme le dit longtemps Jasper.

Aucun personnage de ce roman ne laissera indifférent, quoiqu''il inspire au lecteur. Le romancier est parvenu à créer des protagonistes très forts. En ce qui me concerne, je me serais quand même passée de Caroline que (mis à part au tout début), je trouve très niaise et fade. J'ai d'ailleurs du mal à comprendre pourquoi certains l'aiment à ce point.

Steve Toltz ne cesse de montrer, à travers ce roman, que dans la vie, chacun est responsable de ses actes, et toit en assumer les conséquences, mais qu'il peut également y avoir des paramètres imprévus auxquels on se heurte.

Par ailleurs, j'ai beaucoup aimé le style de l'auteur. Son livre est rempli de phrases que j'aurais voulu noter.
Pour moi, «Une partie du tout» est une belle découverte.

Éditeur: 10-18.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bertrand Baumann pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Comme d'habitude, Bertrand Baumann a su adopter un ton adéquat. Ce roman n'est pas forcément simple à lire à haute voix, car il faut trouver le ton juste notamment pour les moments tragico-loufoques. Je regrette seulement (comme à mon habitude) qu'il ait prononcé certains noms propres à l'anglophone. Cela m'a quelque peu gâché la lecture. Pourquoi faire le «r» anglais pour Harry et Terry, ainsi que le «h» de Harry? Pourquoi prononcer Laïonel et Carolaïne (au début, le lecteur prononce Caroline, puis il se met à dire Carolaïne), alors que ces prénoms ont une prononciation qui paraît plus naturelle en français lorsque le texte est en français? Quant à Martin, ça passe encore, mais pourquoi aurait-ce été une hérésie que de le prononcer à la française? Certains lecteurs bénévoles suisses m'ont expliqué que pour eux, il était plus logique de prononcer les noms étrangers dans leur langue d'origine. Pourtant, je continue à trouver cela peu naturel, voire affecté, tant dans un livre que dans une conversation de tous les jours.

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