Romans policiers, thrillers, suspense

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vendredi, 29 avril 2022

Alabama 1963, de Ludovic Manchette et Christian Niemec.

Alabama 1963

L'ouvrage:
Birmingham, Alabama, 1963. Une enfant a disparu. La police semble enquêter de loin. Normal, pensent certains: l'enfant est noire. Une autre enfant noire est retrouvée morte. Puis, c'est le cadavre de la première dont la disparition avait été signalée... Ses parents décident d'engager Bud Larkin, détective privé alcoolique, et pas toujours très aimable. Les circonstances feront que Bud croisera la route d'Adela Cobb, jeune femme de ménage noire. Par la force des choses, Adela se retrouvera mêlée à l'enquête.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu.
Dans l'entretien accordé aux éditions Lizzie, les auteurs expliquent que l'enquête policière était un prétexte pour mettre Bud et Adela face à face. Je comprends qu'ils aient choisi ce biais, et je pense qu'ils ont eu raison. D'abord, ce n'est pas parce que l'enquête n'est pas le plus important qu'elle n'est pas réussie. Il y a bien certaines ficelles un peu grosses, mais je me garderai de les reprocher aux auteurs, car ils m'ont bernée. Par exemple, j'ai soupçonné l'un des personnages: certains indices conduisaient vers lui. Alors, j'ai pensé: «Attention, c'est sûrement une fausse piste.» Pourtant, je me suis obstinée. De plus, une autre ficelle qui, quand on la démêle, paraît grosse, m'a semblé très bien employée. Je me suis laissée prendre comme une débutante, ce qui m'a ravie.

Le plus important pour les auteurs était de montrer l'Alabama des années 60, et de montrer, dans cette Amérique ségrégationniste, la rencontre de deux êtres que tout oppose. Rassurez-vous, cela ne veut absolument pas dire que Bud et Adela vont soudain brûler de passion l'un pour l'autre. Cela aurait été extrêmement décevant! Cela veut plutôt dire que chacun, peu à peu, va se montrer à l'autre. Adela verra que Bud n'est pas seulement un alcoolique blasé et raciste. Quant à Bud, il verra surtout qu'être raciste s'apparente à de la bêtise. Ils comprendront que deux êtres, si opposés soient-ils, peuvent avoir tout autant envie de démasquer un meurtrier.

Les auteurs plongent donc le lecteur dans un village où le racisme était naturel, et faisait presque loi. Je sais que les choses étaient ainsi, et je sais aussi que si certains blancs étaient racistes par bêtise et méchanceté (comme Dorothy), d'autres l'étaient par crédulité et manque d'esprit critique. Ils pensaient réellement que tout ce qui se disait sur les noirs était vrai. Les auteurs montrent aussi des gens qui réfléchissent, et ne s'arrêtent pas aux préjugés, comme Gloria. Et bien sûr, ils montrent quelqu'un que son vécu fera changer d'avis: Bud.
La gravité de certaines scènes est quelque peu tempérée par l'humour. Celui-ci émane souvent d'Adela. Je pense au passage où elle dit à Dorothy ce qu'elle pense d'elle, ou à celui où elle finit par suivre Mam dans son endroit préféré du parc.
D'une manière générale, les auteurs glissent souvent de petites (ou grandes) pincées d'humour lors de scènes tendues. J'ai beaucoup apprécié la réaction des enfants après qu'on leur a dit pourquoi Lazarus était chassé de la maison.

Je n'ai pas vraiment compris si Shirley avait un esprit critique parce qu'elle venait d'un autre pays ou grâce à (ce que j'appellerai pour ne pas trop en dévoiler) son vécu. C'est ce qui m'a fait me demander comment se passaient les choses dans les années 60 dans les autres pays. Je ne le sais même pas... J'imagine qu'aucun n'était aussi raciste que les États-Unis...

Il n'y a qu'une chose que je n'ai pas appréciée, mais n'importe qui me rétorquerait qu'il fallait bien quelque chose de ce genre pour la vraisemblance. Certes, mais cela aurait été vraisemblable sans cet élément.

L'entretien avec les auteurs en fin d'ouvrage est, comme toujours, très intéressant. Une chose m'a déçue: les auteurs et la comédienne n'étaient pas ensemble pour le réaliser. J'imagine que Marie Bouvier a enregistré les questions, que les auteurs les ont eues par un cyberespace, qu'ils ont enregistré leurs réponses, et les ont envoyées... Je trouve cela vraiment dommage. Toute la chaleur qui va habituellement avec ce genre d'entretiens a été perdue.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie Bouvier pour les éditions Lizzie.

Ayant aimé le jeu de Marie Bouvier dans «Regarde», j'ai été bien moins réticente à lire un autre roman enregistré par elle. Là encore, son jeu m'a plu.

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lundi, 25 avril 2022

Burning ridge, de Margaret Mizushima.

Burning ridge

L'ouvrage:
Alors que Cole et ses filles font une randonnée en montagne, ils trouvent une botte contenant un pied. Il semble que le corps auquel appartient le pied ait été brûlé. La police va tenter de retrouver le corps grâce à Robo.

Critique:
Le volume 4 des aventures de Mattie et Robo m'a autant plu que les précédents. À cause de la manière dont tourne l'intrigue, on ne pourra pas reprocher à l'autrice de ne pas être crédible avec sa quatrième affaire de meurtre dans un petit village. En effet, les éléments sont complexes, et cette enquête est en rapport avec l'histoire d'au moins une habitante du village...

Le tome 3 était déjà dur, notamment avec l'enlèvement d'un personnage attachant, mais celui-ci l'est davantage à cause de tout ce qui arrive à un autre personnage sympathique. Margaret Mizushima s'y entend pour créer grande tension et suspense. Cela fait que je n'ai pas à déplorer les faux coupables qu'elle nous propose au long du roman. Leur culpabilité (surtout celle de l'un d'eux) était très crédible.

Dans ce tome, de fortes émotions sont en jeu, tant pour le lecteur que pour les personnages. Pour moi, le héros reste Robo, même si j'apprécie beaucoup les personnages principaux humains. J'ai bien aimé que Cole puisse, nécessité faisant loi, se charger de faire chercher des pistes à Robo. La situation était très délicate, mais il m'a plu que les deux protagonistes soient en mesure de la gérer ensemble.

La série est policière. De plus, il est évident que Mattie va chercher à en savoir davantage sur un élément dévoilé dans ce tome. De ce fait, tension et suspense seront probablement à nouveau au rendez-vous. C'est une bonne chose, mais je dois dire que j'aimerais bien que les protagonistes principaux n'aient plus à endurer d'horreurs. On me dira que si la série devient trop «paisible», je vais râler que ça ressemble à Agatha Christie (je suis une des rares à ne pas trop apprécier cette autrice). J'imagine que Margaret Mizushima a assez de talent pour faire quelque chose d'intermédiaire. Je verrai bien en lisant la suite.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nancy Wu pour les éditions Blackstone audio

J'ai autant aimé le jeu de la comédienne que dans les deux autres romans enregistrés par elle que j'ai lus. Cependant, je me suis demandé pourquoi elle faisait un accent étranger au shérif McCoy. Je n'ai pas repéré cela dans le tome 3, mais peut-être étais-je trop prise par l'intrigue, ou bien l'accent était-il moins flagrant...

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84 lectures

jeudi, 21 avril 2022

Ne pleure pas, de Mary Kubica.

Ne pleure pas

L'ouvrage:
Chicago. Dimanche matin. Le réveil sonne dans la chambre d'Esther. Sa colocataire, Quinn, peste. Seulement, le réveil ne s'arrête pas. Excédée, Quinn se rend dans la chambre d'Esther: la jeune femme n'y est pas. Quinn constate que la fenêtre a été forcée. Esther serait apparemment partie par là. Mais pourquoi? Interloquée, Quinn commence à fouiller la chambre de son amie, afin de comprendre ce qui a pu se passer. Elle découvre des éléments montrant qu'Esther n'était peut-être pas celle qu'elle croyait.

Critique:
Ce roman m'a plu, même si, (comme souvent avec moi), certaines choses m'ont fait tiquer. J'ai d'abord apprécié que l'autrice crée une énigme d'apparence simple. Les faux indices ne m'ont pas déplu, parce que Mary Kubica a bien joué. Elle nous les met sous le nez sans rien sous-entendre, si nous (lecteurs) pensons ceci et cela, c'est notre problème. J'ai aussi aimé le fait qu'à un moment, je pensais prendre la romancière en flagrant délit d'incohérence, et elle s'est bien tirée de l'écheveau qu'elle avait tissé. De plus, la grande énigme en cache de petites que je n'ai pas été en mesure de résoudre.

Certains trouveront peut-être que le roman est lent. C'est vrai, mais cette lenteur ne m'a pas dérangée. Elle permet de comprendre la psychologie de Quinn, d'Esther, d'Alex, le décor dans lequel ils évoluent, les circonstances qui ont fait d'eux ce qu'ils sont.

Comme je pinaille, je me dis que l'un des personnages aurait dû agir de manière encore plus radicale, surtout qu'il savait très bien à quoi s'en tenir. Cependant, on peut comprendre qu'il n'ait pas fait ce à quoi je pense, car sa situation ne lui permettait pas d'analyser les choses aussi froidement que quelqu'un d'extérieur peut le faire.

Je sais que tout ne pouvait pas bien se terminer, mais j'aurais préféré qu'un élément néfaste n'arrive pas, et que l'autrice, si elle ne voulait pas faire une fin trop rose, le remplace par un autre. Elle aurait pu, j'en ai au moins deux en tête. Cela m'a quelque peu gâché la fin du roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Manon Jomain pour les éditions Harper Collins.

Comme d'habitude, j'ai retrouvé Manon Jomain avec plaisir. Elle ne cabotine pas, n'est pas trop sobre, ne modifie pas sa voix à outrance pour les rôles masculins, ne prend pas un accent anglophone pour les noms propres américains... J'ai quand même été un peu déçue parce qu'elle a prononcé le nom commun «klaxon» selon cette nouvelle tendance que je trouve stupide, et qui consiste à dire «klaxone», et parce qu'elle a dit «déguingandé» pour «dégingandé».

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jeudi, 14 avril 2022

Petites créatures, de Mélanie Golding.

Petites créatures

L'ouvrage:
Lauren et Patrick viennent d'avoir des jumeaux. Alors que la jeune femme et les bébés sont encore à l'hôpital, une étrange femme, semblant elle aussi avoir des jumeaux, demande à Lauren ´de faire un échange d'enfants. Effrayée, celle-ci refuse, et veut se protéger de cette femme. Mais les choses se compliquent.

_Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce roman. L'autrice sait créée la tension et le suspense, mais d'autres choses m'ont paru bâclées. Au départ, le lecteur doit décider de croire un côté de l'histoire ou l'autre. Qu'il se trompe ou pas, il attend que l'auteur soit à la hauteur de ce qu'il a créé. La solution doit donc être sans failles. D'autres écrivains ont emprunté ce chemin, et s'en sont tirés. Ici, le premier reproche que j'adresserai à Mélanie Golding est qu'elle a choisi la voie qui me déplaît toujours lorsque je la trouve. Cependant, dans le cas de ce roman, ce n'est pas rédhibitoire, car c'est une option qui n'a jamais été niée. L'autrice ne la sort pas de son chapeau vers la fin, elle est préparée, contrairement à ce qui arrive dans les autres romans où je l'ai trouvée. Mélanie Golding aurait même pu me réconcilier avec cette solution si elle avait expliqué toutes les incohérences qu'elle engendre. Par exemple, comment se fait-il que Jo entende les bébés chanter? Comment se fait-il que Patrick, à l'instar de Lauren, les entende parler? Patrick tente de l'expliquer, mais ce n'est pas du tout convaincant. De plus, comment l'un des personnages a-t-il pu faire le lien avec l'affaire de 1976, et tout recréer? On me dira que ledit est peut-être tombé sur l'article que, par la suite, Amy exhume des profondeurs du temps. Certes, mais dans quelles circonstances? Sans que le personnage admette sa culpabilité (Mélanie Golding, apparemment, tenait à ce que le protagoniste ne l'admette jamais) l'autrice aurait pu expliquer tout cela en tant que narrateur omniscient. Et si on va encore plus loin dans le raisonnement, on peut se demander ce qui est réellement arrivé en 1976. Tout cela est dommage, car l'intrigue est bien menée, la romancière présente des théories plausibles (j'en ais même une disculpant le coupable au moment où Jo est sûre de son identité... certes, elle était très tirée par les cheveux, mais elle aurait expliqué d'autres aspects de l'intrigue). Je pense que Mélanie Golding aurait même pu garder la résolution qui lui tenait à coeur en expliquant ses incohérences, ou bien en ne les créant pas. Donc, si l'intrigue m'a plu, j'ai été déçue par le fait que l'autrice ne s'est pas donné la peine de gommer ses incohérences.

Certes, la romancière invite à réfléchir sur la maternité, sur les peurs inconsidérées et irraisonnées qui peuvent être celles d'une jeune mère, mais cela non plus n'est pas assez pour amoindrir les incohérences à mes yeux.

Mon dernier reproche sera pour le prologue. C'est ce que j'appelle un prologue qui ne sert à rien. Il me casse les pieds, car le but de l'autrice est sans conteste de faire mariner le lecteur. C'est un de ces prologues que je déteste car il raconte quelques minutes d'un moment clé, et après cela, le chapitre 1 se déroule tant de temps plus tôt. J'espère que je trouverai de moins en moins de ces prologues, car pour moi, ils sont plus intempestifs qu'autre chose. Je finirai par repérer les dates, lorsqu'il y aura des prologues, et ne plus écouter ceux qui ont lieu tant de temps avant le chapitre 1.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Flora Brunier pour les éditions Lizzie.

Flora Brunier fait partie des comédiens dont j'apprécie le jeu. Ici, son ton est toujours adéquat, et elle ne modifie pas sa voix à outrance pour les rôles masculins.

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lundi, 11 avril 2022

Hunting hour, de Margaret Mizushima.

Hunting hour

L'ouvrage:
Candice Bank, treize ans, n'est pas rentrée du collège, ce jour-là. Robo la retrouve rapidement... morte. L'enquête commence à montrer d'étonnants éléments concernant l'adolescente, puis elle se complique...

Critique:
Je terminais ma chronique du tome 2 des aventures de Mattie et Robo en me demandant si j'aurais le courage d'attendre la VF. Après un an d'attente, voyant que le tome 3 n'est toujours pas traduit (et donc qu'il n'est pas près d'être enregistré par Flora Brunier) j'ai craqué. Après avoir fini ce tome 3, je suis ravie d'avoir fait taire mes scrupules de maniaque, car passer de la VF lue par Flora Brunier à la VO lue par Nancy Wu ne m'a pas du tout perturbée.

Il m'a plu de retrouver les personnages de Margaret Mizushima. D'ailleurs, l'auteur réserve quelques surprises concernant leur vie privée. Mattie reste incertaine et apeurée quant aux «casseroles» qu'elle traîne derrière elle, mais elle semble un peu plus désireuse d'atténuer leur nuisance. Son vécu lui suggère certaines choses quant à l'enquête. Les pistes que lui propose son instinct sont intéressantes, cependant, elle se focalise uniquement sur cela, et ne veut pas envisager qu'elle puisse avoir tort. Si j'ai un peu tiqué à cause du manque d'objectivité de Mattie, cela ne me l'a pas rendue antipathique, car elle ne faisait qu'agir en être humain. Son but n'était ni de négliger des pistes, ni d'avoir raison pour avoir raison. Son but était de trouver le coupable au plus vite.

L'enquête m'a tout de suite intéressée, surtout parce qu'elle impliquait Robo qui reste mon personnage préféré. Je suis également contente d'en apprendre davantage concernant les formations et les aptitudes des chiens policiers. J'ai beaucoup aimé le chapitre où Mattie forme Robo à un exercice dont il n'avait, jusqu'à présent, eu affaire qu'à une partie. Au moment où l'enquête menace de s'enliser, un élément vient la relancer, amenant la tension à son paroxysme.

Margaret Mizushima est l'un des rares auteurs qui donne de faux indices en exhortant son lecteur à ne pas y croire. ;-) J'exagère un peu, mais il y a notamment un faux indice qui perturbe Cole et Mattie (surtout Mattie), mais Cole n'y croit pas vraiment. De plus, le faux indice en question a permis d'élucider un pan de l'enquête. J'ai trouvé tout cela finement joué.

La romancière n'est pas stupide, et se fait à elle-même (notamment par la bouche de l'adjoint au shérif) la remarque que je serais tentée de lui faire: il est étrange que toutes ces horreurs se passent en si peu de temps dans un petit village. Elle a commencé à apporter une solution à cela. En effet, le lecteur veut la suite, mais si d'autres atrocités se produisent dans le même village, ça paraîtra un peu étrange. Donc, pendant cette enquête, une proposition intéressante est faite à Mattie. J'imagine que cela sera mis en place dans la suite.

Concernant un élément de la vie privée de Cole, je suis persuadée que je réagirais exactement (voire de manière encore plus catégorique) qu'Angela à sa place...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nancy Wu pour les éditions Blackstone audio

Je n'ai entendu Nancy Wu que dans «The translation of love», livre dans lequel j'avais aimé le jeu de la comédienne. Ma lecture de «Hunting hour» n'a fait que renforcer ma première bonne impression. Nancy Wu adopte toujours le ton adéquat, ne modifie pas sa voix à outrance pour les rôles masculins ou pour les enfants. Je suis ravie de pouvoir continuer à lire les aventures de Mattie et Robo avec sa voix et son jeu.

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