Romans historiques

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samedi, 18 novembre 2017

Un monde sans fin, de Ken Follett.

Un monde sans fin

L'ouvrage:
Kingsbridge, Angleterre, novembre 1327. Quatre enfants (Merthin, Caris, Gwenda, et Ralph) son témoins d'une poursuite. Ralph tue l'un des assaillants, et le chevalier attaqué (Thomas) assassine le second. Trois enfants s'enfuient. Thomas retient Merthin, et lui demande de l'aider à enterrer un document. Puis il lui fait jurer le secret.
L'auteur nous raconte la vie de ces personnages jusqu'en novembre 1361.

Critique:
Comme je l'ai dit à la fin de ma chronique de «Les piliers de la terre», ce livre se déroulant environ deux-cents ans après, il n'en est pas la suite. Pour ceux qui auraient peur de devoir lire les trois énormes briques de la trilogie d'une traite, cela n'est pas obligatoire. Par contre, il est intéressant de les lire dans l'ordre, car dans «Un monde sans fin», il y a des allusions (explicites et implicites) aux héros du tome 1. Par ailleurs, on voit les évolutions ou les régressions faites par rapport à l'époque décrite dans le volume précédent.

Ken Follett développe avec minutie le thème de la médecine. Il met en regard les croyances des anciens et le progrès qu'apportent ceux qui se servent de leur sens critique et de leur expérience. Caris apprend qu'il faut se tromper et recommencer pour finir par acquérir des connaissances. Ce thème est d'autant plus intéressant qu'on retrouve ce genre d'oppositions partout. Dans la vie de tous les jours, quel que soit le corps de métier, il y aura immanquablement quelqu'un qui freinera par peur d'essayer autre chose, par souci de garder le monopole, par mépris et ignorance; mais il y aura aussi des gens qui se poseront des questions, et tireront des leçons de leurs erreurs. Ici, les habitants de Kingsbridge sont plutôt enclins à croire les moines, car à l'époque, la religion était omniprésente. Si certains réfléchissent, d'autres sont superstitieux, et laissent un bon orateur les convaincre.

Comme dans «Les piliers de la terre», les joutes entre l'Église, la noblesse, et le peuple sont longuement exposées. Parfois, cela paraît un peu long. Par exemple, les luttes de pouvoirs et les manoeuvres pour élire telle personne prieur se répètent. Certains lecteurs trouveront peut-être cela fastidieux. Pour ma part, cela m'a plu parce que le contexte était différent à chaque fois.
À une plus petite échelle, les manigances de chacun se retrouvent tout au long de l'oeuvre. Cela semblera peut-être exagéré à certains, pourtant, je pense que cela reflète assez bien ce qui arrive quand quelqu'un a une once de pouvoir.

Tout comme dans le tome 1, les femmes sont très loin d'être reléguées au second plan. Caris est sûrement la plus compliquée, mais aussi la plus fascinante. Ne pouvant concilier toutes ses aspirations, elle se voit contrainte à des choix en apparence insurmontables. De plus, il y a des situations où elle se met elle-même des bâtons dans les roues par peur, sachant pourtant que ce qu'elle redoute n'arrivera pas grâce aux circonstances. Elle m'a parfois agacée, mais je la comprenais.

Dans un autre genre, Gwenda est un personnage intéressant. Elle paraît gauche et geignarde, mais les épreuves font qu'elle doit s'adapter. Choisissant la lutte, la timide Gwenda accomplira des choses dont, au début, on ne l'aurait pas crue capable.
À son sujet, l'auteur a créé une situation à la fois grave et drôle. Je parle de ce que lui fait son père (Joby), et que sa mère accepte. L'excuse qu'ils se donnent et l'horrible idée qu'a Joby par la suite font frémir. Mais j'ai également éclaté de rire à cause de la manière dont le père explique son idée à sa fille: il est fier de lui, persuadé d'avoir trouvé un filon, et ne comprend pas pourquoi il devrait éprouver des remords...

Pétronille m'a un peu rappelé la mère de William dans «Les piliers de la terre». Tout comme cette dernière, elle ourdit dans l'ombre, et tire les ficelles de celui dont elle estime qu'il doit s'élever hiérarchiquement.

Quant aux «méchants», ils sont intéressants, parce que parfois, on parvient à comprendre leurs motivations. Cela ne veut pas dire qu'on pardonne leurs actes...

Tout comme pour le tome précédent, il est évident que l'écrivain s'est beaucoup documenté. Entre moeurs de l'époque, découvertes (c'est le début de l'utilisation des chiffres arabes), lois, et bien d'autres éléments, le lecteur est immergé dans le quotidien des protagonistes. Pour moi, cela a été un régal!

Il va de soi qu'il resterait énormément de choses à évoquer, et que je m'arrête là pour ne pas trop en dévoiler.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martin Spinhayer.

Je trouve judicieux de la part de l'éditeur audio de n'avoir pas fait lire les deux tomes par le même lecteur. Cela aide d'autant mieux à ne pas considérer ce livre comme la suite directe de l'autre. Il me semble que le tome 3 sera lu par Patrick Descamps (qui a interprété le 1). Je l'aurais fait enregistrer par un autre comédien: un lecteur par tome. Néanmoins, je serai contente de retrouver Patrick Descamps si c'est bien lui qui lit le 3.
Le choix de Martin Spinhayer est, à mon avis, parfait. Il a su, sans difficultés apparentes, entrer dans l'époque, dans l'ambiance, dans la peau des personnages. Il a une voix de conteur et une diction soignée. Il n'avait pas la partie facile. Il a modifié sa voix, à bon escient, pour certains rôles. Cela montre son talent, car il n'est vraiment pas simple de faire cela pour autant de personnages, en ayant soin de garder un ton crédible. Hé oui, car ces personnages ont des sentiments, et parfois, les expriment! ;-) Donc, le lecteur doit les montrer. Je pense qu'ici, il serait aisé de surjouer. Le comédien évite cet écueil, et s'en tire très bien.
D'autre part, il ne tente pas de prendre un accent pour prononcer les noms propres étrangers, ce qui m'a ravie.
Je regrette qu'il ait enregistré peu de livres. Espérons que les éditeurs audio feront davantage appel à lui.

Pour information, la structure du livre n'a pas été respectée. La plupart des chapitres sont coupés en plusieurs pistes.

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samedi, 30 septembre 2017

Les piliers de la terre, de Ken Follett.

Les piliers de la terre

L'ouvrage:
Kingsbridge, Angleterre, 1123. Un homme, arrêté pour vol, est pendu en place publique. C'est alors qu'une jeune femme se détache de la foule et lance une malédiction sur les individus responsables de cette arrestation et de cette pendaison.

Critique:
Dans ce livre, Ken Follett fait se rencontrer plusieurs personnes de classes sociales différentes. Chacun se frotte à l'Église, très présente à cette époque. Malgré leurs mauvaises actions, certains craignent le châtiment divin. Le roi ne peut compter sans l'Église, etc.

L'épaisseur de ce roman ne doit pas vous rebuter. Pour moi, il n'y a pas de temps morts. Pendant une grande partie du roman, j'ai ignoré qu'un élément avait son importance. L'auteur donne pourtant des indices. J'ai été contente de découvrir, à mesure de ma lecture, que l'élément en question ne devait pas être oublié...
Ensuite, j'ai vite su une chose, mais je n'ai pas trouvé que l'auteur mettait du temps à la dévoiler. Je pense qu'il veut que le lecteur sache cette chose avant l'un des protagonistes.

On peut penser qu'il finit par y avoir trop de guerres intestines entre certains, mais finalement, c'est logique. William, par exemple, va si loin dans l'horreur qu'on ne l'imagine pas cessant de conspirer pour démolir ceux qui ne se sont pas pliés à sa volonté. Il pourra sembler excessif, mais outre qu'on rencontre des gens ainsi dans la vie de tous les jours, il faut se replacer dans le contexte. À l'époque, il existait malheureusement des seigneurs qui pouvaient se permettre de piller les habitants de leur comté, de violer les femmes, etc.

D'autres personnages sont moins manichéens. Je pense à Richard. Il a des côtés attachants, il n'est pas mauvais, mais il ne se débrouille bien que sur un champ de bataille. Il ne tente pas de gagner sa vie, et se permet de geindre quand sa soeur (qui fait ce qu'elle peut) ne lui donne pas assez d'argent...! À sa décharge, il n'a pas reçu une éducation qui l'aurait préparé à une vie de labeur. Cependant, sa soeur non plus, et elle s'en sort grâce à sa force de caractère.

Philippe est sûrement l'un des personnages les plus complexes. Il oeuvre toujours pour le bien commun, et se préoccupe sincèrement des autres, mais il est parfois intolérant et intransigeant. Bien sûr, il respecte scrupuleusement la religion, et pense agir au nom de Dieu, mais il ne va pas jusqu'à faire preuve de mansuétude lorsqu'il le faudrait. Je pense surtout au sacrifice auquel sont soumis Jack et Aliena. Philippe ne fait rien pour les aider, se retranchant derrière Dieu. De même lorsqu'un autre personnage se repent, Philippe est heureux, mais pour moi, il ne sait pas se réjouir humblement. Lorsqu'il tente d'obliger Jack à se faire moine, je le trouve particulièrement odieux et manipulateur. À ce moment, il n'oeuvre pour le bien de personne, et ne pense qu'à ce qu'il pourrait faire de Jack. C'est un homme bon, mais derrière cette bonté, il m'a semblé déceler une sorte d'orgueil mal placé. Il veut agir pour le bien de tous, mais se montre parfois dictatorial. Son ambivalence est intéressante, car il inspire des sentiments contradictoires.

Chaque personnage est travaillé, aucun ne laissera indifférent.

L'auteur s'est apparemment beaucoup documenté quant à la construction des cathédrales. À travers la passion et les découvertes de Tom et Jack, j'en ai appris davantage là-dessus. Dans la préface, Ken Follett explique qu'on ne sait pas exactement pourquoi la construction des cathédrales étaient si importante, à l'époque. Il y répond en partie, et dans son roman, il l'explique par l'engouement de certains hommes comme Tom et Jack.

L'ambiance de l'époque est également bien rendue. Par exemple, j'ai été étonnée de voir qu'une histoire crédible pouvait amener à condamner la personne accusée, même en l'absence de preuves. Entre la rumeur publique et la prépondérance de l'Église (ici, c'est un homme d'Église qui accuse), cela se comprend, mais c'est effrayant.

Je n'en dévoile pas plus, mais il y aurait beaucoup à dire quant à ce roman foisonnant et très réaliste.
Ce volume est le premier d'une trilogie, mais d'après ce que j'ai lu, il ne faut pas vraiment considérer les livres du cycle comme de véritables suites, le tome 2 se déroulant deux siècles après le 1, et le tome 3 deux siècles après le 2. Ils se passent dans le même décor, et certains personnages seraient les descendants de Tom le bâtisseur, mais à part cela, rien ne relie les romans.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Patrick Descamps.

Je ne connaissais pas du tout ce comédien, car ses précédents livres enregistrés ne me tentent pas. J'ai aimé son jeu. Il parvient à modifier sa voix pour certains personnages sans que cela soit affecté. Quant aux rôles féminins, il ne prend pas une voix exagérément aiguë. Enfin, il prononce les noms propres anglophones sans tenter de faire un accent. Je l'entendrai avec plaisir sur les tomes suivants, mais aussi sur d'autres livres.

La structure du livre n'a pas été respectée. La plupart des chapitres sont coupés, parfois en cinq pistes.

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lundi, 25 septembre 2017

The gilded hour, de Sara Donati.

The gilded hour

L'ouvrage:
1883.
Ce jour-là, alors qu'elle est en consultation dans un couvent, le docteur Anna Savard aperçoit quatre enfants. Leur mère est morte. Leur père, ne pouvant plus s'en occuper, les a laissés au couvent. Ils devraient être dispersés dans différents orphelinats. À ce moment, Anna ne sait pas que sa route croisera à nouveau celle des enfants.

Critique:
Ce roman m'a plu. Certaines choses sont peut-être un peu légères, mais cela ne m'a pas gênée. Sara Donati sait planter un décor, créer une ambiance, et les faits un peu discutables qu'on pourrait trouver dans son roman passent très bien. Par exemple, l'histoire d'amour est peut-être un peu rapide, mais elle est prétexte à nous montrer deux personnages ouverts, cherchant toujours à comprendre avant de juger. Entre les discussions sérieuses qu'ils ont et les scènes amusantes où ils se taquinent, le lecteur est content de partager un petit morceau de leur vie, et le fait qu'ils se soient plu presque au premier regard devient secondaire. Avec eux, certaines choses sont rendues possibles: je parle surtout des orphelins rencontrés au premier chapitre, mais pas seulement. Il faudrait davantage de familles comme les leurs, mais aussi davantage de personnes capables de savoir saisir leur chance. Bien sûr, tout le monde n'aura pas les moyens (la place et les finances) pour faire ce que font ces familles.

On pourrait aussi reprocher que les «méchants» soient très méchants, bornés, pas très futés... C'est un peu la caricature du méchant. Cependant, dans la vie, certains sont ainsi. En outre, un méchant moins stupide n'aurait pas occasionné la scène très drôle où un personnage, plutôt timoré, ose faire une chose amplement méritée. De plus, à travers ces «méchants», Sara Donati expose la condition de certaines femmes à une époque où l'avortement était puni par la loi, où on ne voulait pas comprendre qu'une femme ayant quatre enfants (dont les âges étaient très proches) ne s'en sortait plus, et voulait un peu de répit pour pouvoir élever correctement ses enfants.

L'auteur évoque également comment certaines expériences ou blessures nous font prendre des chemins qui apportent à la fois de bonnes et de mauvaises choses. Tout le monde réagit ainsi, dans la vie, mais ce qui m'a plu ici, c'est que Sara Donati en montre différents exemples. Que ce soit Anna, Rosa ou un autre dont je tairai le nom, personne ne réagit de la même manière à des expériences traumatisantes, et j'ai compris les réactions de chacun.

On pourrait aussi dire que tout se termine un peu trop bien. Pourtant, ce n'est pas le cas. Tout n'est pas réglé, et il y a au moins une chose qui finira mal, même si on ne la voit pas arriver, et même si elle semble avoir un peu reculé. D'autre part, lorsque c'est crédible, cela fait du bien que beaucoup d'éléments finaux soient heureux. Cela peut aussi arriver dans la vie.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Blackstone audio.

Cassandra Campbell fait partie des lecteurs que j'affectionne. Ici, elle a réussi quelque chose d'inattendu pour moi. Le nom de famille de Jack est Mezzanote. Elle le prononce à l'italienne. Je m'attendais à en être agacée, comme c'est le cas lorsque dans un texte d'une langue, le lecteur prononce un mot d'une autre langue avec l'accent de ladite langue, cela m'agace. Cassandra Campbell n'en fait pas trop, et sa prononciation reste sympathique. Bien sûr, parfois, elle prononce d'autres noms à l'italienne, et cela m'a un peu gênée, mais pas trop. Elle doit avoir l'art de doser, tout comme l'a fait Isabelle Miller en interprétant les romans de Luca di Fulvio.

Sara Donati a écrit une série en six tomes que je ne lirai pas, car je n'apprécie pas trop la lectrice. J'ai donc lu les résumés des six tomes. Ils racontent l'histoire des ancêtres d'Anna et Sophie. De ce fait, je me demande pourquoi «The gilded hour» n'est pas le septième tome de la série. Le côté positif, pour moi, c'est que s'il avait officiellement fait partie de la série, il aurait été lu par la lectrice qui a lu la série, et non par Cassandra Campbell.

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lundi, 14 août 2017

The courtesan, d'Alexandra Curry.

Les

L'ouvrage:
Chine, 1881. Jinhua a sept ans. Son père l'a eue avec l'une de ses concubines, morte à la naissance de l'enfant. Après qu'il est exécuté sur ordre de l'empereur, sa première épouse vend Jinhua. Celle-ci se retrouve dans l'antre de Lamama, tenancière d'un bordel. À douze ans, Jinhua pourra satisfaire les clients. Pour que tout soit parfait, il faut lui bander les pieds et lui apprendre le métier...

Critique:
Ce roman retracerait l'histoire d'une courtisane qui aurait existé. Apparemment, l'auteur aurait inventé un récit autour de faits connus.

Alexandra Curry décrit très bien le sort de ces femmes qui se retrouvent sous les ordres de femmes comme Lamama. Elle le fait surtout à travers Jinhua et Su Yin (la servante de Lamama), mais elles sont loin d'être des cas isolés. Su Yin semble plus sage que Jinhua. Elle se résigne, sachant qu'il n'y a pas grand-chose d'autre à faire, et ayant très vite compris que se révolter ou même supplier ne lui apporterait que des ennuis. Jinhua a davantage de mal... De plus, il est terrifiant de côtoyer cette jeune fille qui, dès l'âge de douze ans, doit supporter les assauts d'un homme qui n'est plus de la première fraîcheur, et qui ne s'embarrasse pas de délicatesse. Cette scène et l'effarement de Su Yin qui observe plongent le lecteur dans une sorte d'horreur mêlée de stupeur. On sait que ces choses se faisaient, et se font encore, mais le lire fait toujours mal. Ainsi, Jinhua et Su Yin doivent supporter différents traumatismes, et s'en sortent comme elles le peuvent.

Dans le même ordre d'idées, Alexandra Curry détaille la «cérémonie» du bandage des pieds, et explique, par la suite, toutes les conséquences que cela a. Là encore, je connaissais cette coutume barbare qui n'est là que pour satisfaire certains fantasmes masculins, mais ici, j'en ai appris les détails. En outre, il est perturbant de constater que Su Yin pense pendant longtemps qu'il aurait mieux valu pour elle que le bandage des pieds réussît totalement, car elle ne serait pas devenue servante. Pourtant, la liberté de son propre corps devrait être plus importante que le fait d'être assez «fabriquée» pour satisfaire un homme.

Lamama est cruelle. À un moment, l'auteur tente de montrer pourquoi elle est devenue ainsi: elle a subi, elle aussi, certaines choses lorsqu'elle était jeune. De ce fait, elle s'est endurcie à l'extrême. C'est sa façon de gérer le traumatisme. Certains (comme Su Yin) sont plus forts, certains (comme Jinhua) s'égarent, certains (comme la jeune fille qui occupait la chambre de Jinhua chez Lamama auparavant) s'enfuient à leur manière... Je n'ai pas du tout excusé Lamama, même si son attitude détestable s'explique quelque peu.

Je ne parlerai pas des autres personnages, mais chacun est intéressant.

À partir du chapitre 33 (il y en a 48), Jinhua m'a agacée pour une raison précise. Ensuite, elle a continué de m'agacer parce qu'elle se savait en tort, et égoïstement, ne voulait pas tenir compte de l'avis de Su Yin, qui était la voix de la raison. Après m'être énervée contre elle, je me suis dit que c'était la façon dont elle réagissait à la dureté de la vie envers elle. Cela ne m'a pas plu, mais l'héroïne a des circonstances atténuantes. En outre, elle sait tirer des leçons de ses expériences et de ses erreurs.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emily Woo Zeller pour les éditions Highbridge Audio.
J'ai été ravie de retrouver cette comédienne que j'aime beaucoup. Son ton est naturel, et elle parvient à modifier sa voix sans que ce soit indigeste. Je trouve toujours qu'elle a du mal à crier... Souvent, elle crie tout bas, ou comme si elle surinterprétait...

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samedi, 22 juillet 2017

Les enfants de Venise, de Luca di Fulvio.

Les enfants de Venise

L'ouvrage:
Rome, 1515. Mercurio, Zolfo, et Benedetta sont de jeunes orphelins. Ils vivent de vols et d'escroqueries. Un jour, l'un de leurs coups tourne mal: Mercurio tue un marchand qui voulait récupérer son bien. La petite bande décide alors de fuir à Venise.

Critique:
L'une des qualités de ce roman est la précision du contexte historique. En lisant Luca di Fulvio, on est tout de suite plongé dans un pays, à une époque. Il nous rappelle, par exemple, comment étaient évacuées les ordures. Certains ne voyaient pas l'importance de l'hygiène, d'autres n'en avaient pas les moyens.
Je ne savais pas qu'à cette époque, l'antisémitisme sévissait à ce point. Ici, il est exacerbé par un moine fou qui excite la foule. Celle-ci est personnifiée, et toute sa versatilité est bien montrée au long du roman. Mais les juifs ne sont pas les seuls à être victimes d'ostracisme. On isole tous ceux qui sont différents. L'auteur montre toute la bêtise de l'homme lorsque la communauté juive (par l'intermédiaire de son chef) fait la leçon à Isacco parce qu'il soigne des prostituées. Rejetée, la communauté applique la même chose à une autre partie de la société. Malheureusement, ce comportement se retrouve toujours et partout.

J'ai préféré certains personnages secondaires (Anna, Donnola, Lanzafame, Isacco) aux principaux, notamment Giuditta et Mercurio qui m'ont souvent fait soupirer. D'abord, même s'il n'est pas trop mal amené, je n'ai pas aimé le coup de foudre. Au début, il était sympathique: les amoureux se demandaient ce qui leur arrivait, pensaient l'un à l'autre, etc. Cependant, lorsque certaines choses se concrétisent (à ce sujet, il aurait été plus crédible qu'ils se parlent pendant des heures avant de se sauter dessus, en tout cas, au début de leurs rencontres clandestines), j'ai trouvé que l'auteur en faisait trop. Par la suite, on retrouve cette exagération dans le comportement des amoureux. Cela les rend niais. Ils vont jusqu'au paroxysme du désespoir, oublient tous ceux qui les entourent, ne pensent qu'à eux et à leur incommensurable peine... Leur attitude l'un envers l'autre et leur comportement vis-à-vis des autres à cause de leur amour m'ont agacée. Pour moi, c'est la fausse note du roman. Bien sûr, le caractère emporté de Mercurio et le fait qu'il ait dû apprendre très tôt à se débrouiller expliquent qu'il agisse parfois mal sous le coup de la colère, qu'il perde le contrôle, etc. Cela ne l'a pas vraiment excusé à mes yeux. C'est dommage, parce qu'autrement, ces deux personnages sont sympathiques.

Certains fraient avec la pègre, ce qui confronte le lecteur aux batailles de territoires. Ici, Scarabello règne en maître sur un secteur, et n'entend pas se laisser détrôner. Ce parasite sans pitié suscitera des sentiments contradictoires: répugnance, colère, compassion.

Benedetta n'est pas toujours crédible. Elle aussi a eu une enfance malmenée, et on peut comprendre qu'elle se laisse dominer par des sentiments négatifs. Voilà pourquoi j'ai eu du mal à accepter sa manière d'être à la fin. Je n'ai pas trouvé ça très vraisemblable... Dans le roman, il y a d'autres éléments du genre: des «méchants» qui, lorsqu'ils sont en mauvaise posture, sont aidés par les «gentils» qu'ils foulèrent au pied... Si je comprends qu'on puisse pardonner, j'ai trouvé que certains personnages le faisaient un peu trop facilement... ce qui rend encore plus étrange le fait qu'ils ne le fassent pas plus vite concernant un autre personnage.

Le capitaine et le docteur m'ont plu. Ils sont loin d'être parfaits, mais ne se perdent pas en simagrées, comme d'autres. Leur souffrance semble plus tangible, plus réelle que celle des amoureux, par exemple. Ils s'en débrouillent mieux, et ont davantage éveillé ma compassion. En outre, leur complicité engendre des situations, et surtout, des répliques cocasses. En effet, Luca di Fulvio n'oublie pas de parsemer son roman de doses d'humour qui arrivent à point nommé.

Zolfo est plus complexe que ce dont il a l'air au départ. Il est perdu, se raccroche à ce qu'il peut... Sa douleur et sa peur d'affronter une situation effrayante l'empêchent de réfléchir. On découvrira, par la suite, qu'il n'est pas aussi faible et aveuglé qu'il en a l'air.

Je ne terminerai pas cette chronique sans évoquer un personnage haut en couleur qui tranche particulièrement avec la foule des soi-disant bien-pensants de par son métier et ses manières expéditives: la Cardinale. Son surnom est déjà tout un programme. Elle fait partie des notes d'humour du roman, et s'insère très bien dans son ambiance.

Service presse des éditions Audible Studio, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Miller.

C'est avec plaisir que j'ai retrouvé Isabelle Miller. Ici, elle n'avait pas la partie facile. Il y a d'abord une galerie de personnages. J'ai été ravie que la comédienne ne tente pas trop de modifier sa voix pour certains. Elle le fait un peu, mais de manière naturelle et subtile. Je n'ai pas compris pourquoi elle donnait un petit accent à Ottavia, mais comme il était très peu marqué, cela ne m'a pas dérangée.
Ensuite, ces personnages éprouvent souvent de très fortes émotions. Là encore, la comédienne a su doser son jeu. Elle a exprimé ces émotions sans tomber dans l'excès.

L'autre difficulté était les noms propres italiens. Je n'aurais pas été gênée par une prononciation totalement à la française, mais j'imagine ce que ça aurait donné pour des noms comme Lanzafame, et je pense que pour des gens normaux, cela serait mal passé. Pour la plupart des noms, Isabelle Miller a trouvé un entre-deux qui, je pense, conviendra à tout le monde. Je trouve dommage qu'elle ait un peu forcé l'accent sur Donnola et parfois sur d'autres, mais je sais que déterminer la prononciation des noms propres n'a pas dû être simple. Pour moi, Isabelle Miller est une très bonne comédienne, et je suis contente qu'elle ait également enregistré «Le gang des rêves» (autre livre de Luca di Fulvio) que je lirai. J'imagine que concernant ce roman, le casse-tête de la prononciation des noms propres a dû être pire que pour «Les enfants de Venise», sachant que le héros s'appelle Christmas...

Pour information, la structure du livre n'a pas pu être respectée: une piste est égale à deux ou trois chapitres. Il y a 34 pistes pour 92 chapitres.

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