Romans historiques

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lundi, 14 août 2017

The courtesan, d'Alexandra Curry.

Les

L'ouvrage:
Chine, 1881. Jinhua a sept ans. Son père l'a eue avec l'une de ses concubines, morte à la naissance de l'enfant. Après qu'il est exécuté sur ordre de l'empereur, sa première épouse vend Jinhua. Celle-ci se retrouve dans l'antre de Lamama, tenancière d'un bordel. À douze ans, Jinhua pourra satisfaire les clients. Pour que tout soit parfait, il faut lui bander les pieds et lui apprendre le métier...

Critique:
Ce roman retracerait l'histoire d'une courtisane qui aurait existé. Apparemment, l'auteur aurait inventé un récit autour de faits connus.

Alexandra Curry décrit très bien le sort de ces femmes qui se retrouvent sous les ordres de femmes comme Lamama. Elle le fait surtout à travers Jinhua et Su Yin (la servante de Lamama), mais elles sont loin d'être des cas isolés. Su Yin semble plus sage que Jinhua. Elle se résigne, sachant qu'il n'y a pas grand-chose d'autre à faire, et ayant très vite compris que se révolter ou même supplier ne lui apporterait que des ennuis. Jinhua a davantage de mal... De plus, il est terrifiant de côtoyer cette jeune fille qui, dès l'âge de douze ans, doit supporter les assauts d'un homme qui n'est plus de la première fraîcheur, et qui ne s'embarrasse pas de délicatesse. Cette scène et l'effarement de Su Yin qui observe plongent le lecteur dans une sorte d'horreur mêlée de stupeur. On sait que ces choses se faisaient, et se font encore, mais le lire fait toujours mal. Ainsi, Jinhua et Su Yin doivent supporter différents traumatismes, et s'en sortent comme elles le peuvent.

Dans le même ordre d'idées, Alexandra Curry détaille la «cérémonie» du bandage des pieds, et explique, par la suite, toutes les conséquences que cela a. Là encore, je connaissais cette coutume barbare qui n'est là que pour satisfaire certains fantasmes masculins, mais ici, j'en ai appris les détails. En outre, il est perturbant de constater que Su Yin pense pendant longtemps qu'il aurait mieux valu pour elle que le bandage des pieds réussît totalement, car elle ne serait pas devenue servante. Pourtant, la liberté de son propre corps devrait être plus importante que le fait d'être assez «fabriquée» pour satisfaire un homme.

Lamama est cruelle. À un moment, l'auteur tente de montrer pourquoi elle est devenue ainsi: elle a subi, elle aussi, certaines choses lorsqu'elle était jeune. De ce fait, elle s'est endurcie à l'extrême. C'est sa façon de gérer le traumatisme. Certains (comme Su Yin) sont plus forts, certains (comme Jinhua) s'égarent, certains (comme la jeune fille qui occupait la chambre de Jinhua chez Lamama auparavant) s'enfuient à leur manière... Je n'ai pas du tout excusé Lamama, même si son attitude détestable s'explique quelque peu.

Je ne parlerai pas des autres personnages, mais chacun est intéressant.

À partir du chapitre 33 (il y en a 48), Jinhua m'a agacée pour une raison précise. Ensuite, elle a continué de m'agacer parce qu'elle se savait en tort, et égoïstement, ne voulait pas tenir compte de l'avis de Su Yin, qui était la voix de la raison. Après m'être énervée contre elle, je me suis dit que c'était la façon dont elle réagissait à la dureté de la vie envers elle. Cela ne m'a pas plu, mais l'héroïne a des circonstances atténuantes. En outre, elle sait tirer des leçons de ses expériences et de ses erreurs.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emily Woo Zeller pour les éditions Highbridge Audio.
J'ai été ravie de retrouver cette comédienne que j'aime beaucoup. Son ton est naturel, et elle parvient à modifier sa voix sans que ce soit indigeste. Je trouve toujours qu'elle a du mal à crier... Souvent, elle crie tout bas, ou comme si elle surinterprétait...

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70 lectures

samedi, 22 juillet 2017

Les enfants de Venise, de Luca di Fulvio.

Les enfants de Venise

L'ouvrage:
Rome, 1515. Mercurio, Zolfo, et Benedetta sont de jeunes orphelins. Ils vivent de vols et d'escroqueries. Un jour, l'un de leurs coups tourne mal: Mercurio tue un marchand qui voulait récupérer son bien. La petite bande décide alors de fuir à Venise.

Critique:
L'une des qualités de ce roman est la précision du contexte historique. En lisant Luca di Fulvio, on est tout de suite plongé dans un pays, à une époque. Il nous rappelle, par exemple, comment étaient évacuées les ordures. Certains ne voyaient pas l'importance de l'hygiène, d'autres n'en avaient pas les moyens.
Je ne savais pas qu'à cette époque, l'antisémitisme sévissait à ce point. Ici, il est exacerbé par un moine fou qui excite la foule. Celle-ci est personnifiée, et toute sa versatilité est bien montrée au long du roman. Mais les juifs ne sont pas les seuls à être victimes d'ostracisme. On isole tous ceux qui sont différents. L'auteur montre toute la bêtise de l'homme lorsque la communauté juive (par l'intermédiaire de son chef) fait la leçon à Isacco parce qu'il soigne des prostituées. Rejetée, la communauté applique la même chose à une autre partie de la société. Malheureusement, ce comportement se retrouve toujours et partout.

J'ai préféré certains personnages secondaires (Anna, Donnola, Lanzafame, Isacco) aux principaux, notamment Giuditta et Mercurio qui m'ont souvent fait soupirer. D'abord, même s'il n'est pas trop mal amené, je n'ai pas aimé le coup de foudre. Au début, il était sympathique: les amoureux se demandaient ce qui leur arrivait, pensaient l'un à l'autre, etc. Cependant, lorsque certaines choses se concrétisent (à ce sujet, il aurait été plus crédible qu'ils se parlent pendant des heures avant de se sauter dessus, en tout cas, au début de leurs rencontres clandestines), j'ai trouvé que l'auteur en faisait trop. Par la suite, on retrouve cette exagération dans le comportement des amoureux. Cela les rend niais. Ils vont jusqu'au paroxysme du désespoir, oublient tous ceux qui les entourent, ne pensent qu'à eux et à leur incommensurable peine... Leur attitude l'un envers l'autre et leur comportement vis-à-vis des autres à cause de leur amour m'ont agacée. Pour moi, c'est la fausse note du roman. Bien sûr, le caractère emporté de Mercurio et le fait qu'il ait dû apprendre très tôt à se débrouiller expliquent qu'il agisse parfois mal sous le coup de la colère, qu'il perde le contrôle, etc. Cela ne l'a pas vraiment excusé à mes yeux. C'est dommage, parce qu'autrement, ces deux personnages sont sympathiques.

Certains fraient avec la pègre, ce qui confronte le lecteur aux batailles de territoires. Ici, Scarabello règne en maître sur un secteur, et n'entend pas se laisser détrôner. Ce parasite sans pitié suscitera des sentiments contradictoires: répugnance, colère, compassion.

Benedetta n'est pas toujours crédible. Elle aussi a eu une enfance malmenée, et on peut comprendre qu'elle se laisse dominer par des sentiments négatifs. Voilà pourquoi j'ai eu du mal à accepter sa manière d'être à la fin. Je n'ai pas trouvé ça très vraisemblable... Dans le roman, il y a d'autres éléments du genre: des «méchants» qui, lorsqu'ils sont en mauvaise posture, sont aidés par les «gentils» qu'ils foulèrent au pied... Si je comprends qu'on puisse pardonner, j'ai trouvé que certains personnages le faisaient un peu trop facilement... ce qui rend encore plus étrange le fait qu'ils ne le fassent pas plus vite concernant un autre personnage.

Le capitaine et le docteur m'ont plu. Ils sont loin d'être parfaits, mais ne se perdent pas en simagrées, comme d'autres. Leur souffrance semble plus tangible, plus réelle que celle des amoureux, par exemple. Ils s'en débrouillent mieux, et ont davantage éveillé ma compassion. En outre, leur complicité engendre des situations, et surtout, des répliques cocasses. En effet, Luca di Fulvio n'oublie pas de parsemer son roman de doses d'humour qui arrivent à point nommé.

Zolfo est plus complexe que ce dont il a l'air au départ. Il est perdu, se raccroche à ce qu'il peut... Sa douleur et sa peur d'affronter une situation effrayante l'empêchent de réfléchir. On découvrira, par la suite, qu'il n'est pas aussi faible et aveuglé qu'il en a l'air.

Je ne terminerai pas cette chronique sans évoquer un personnage haut en couleur qui tranche particulièrement avec la foule des soi-disant bien-pensants de par son métier et ses manières expéditives: la Cardinale. Son surnom est déjà tout un programme. Elle fait partie des notes d'humour du roman, et s'insère très bien dans son ambiance.

Service presse des éditions Audible Studio, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Miller.

C'est avec plaisir que j'ai retrouvé Isabelle Miller. Ici, elle n'avait pas la partie facile. Il y a d'abord une galerie de personnages. J'ai été ravie que la comédienne ne tente pas trop de modifier sa voix pour certains. Elle le fait un peu, mais de manière naturelle et subtile. Je n'ai pas compris pourquoi elle donnait un petit accent à Ottavia, mais comme il était très peu marqué, cela ne m'a pas dérangée.
Ensuite, ces personnages éprouvent souvent de très fortes émotions. Là encore, la comédienne a su doser son jeu. Elle a exprimé ces émotions sans tomber dans l'excès.

L'autre difficulté était les noms propres italiens. Je n'aurais pas été gênée par une prononciation totalement à la française, mais j'imagine ce que ça aurait donné pour des noms comme Lanzafame, et je pense que pour des gens normaux, cela serait mal passé. Pour la plupart des noms, Isabelle Miller a trouvé un entre-deux qui, je pense, conviendra à tout le monde. Je trouve dommage qu'elle ait un peu forcé l'accent sur Donnola et parfois sur d'autres, mais je sais que déterminer la prononciation des noms propres n'a pas dû être simple. Pour moi, Isabelle Miller est une très bonne comédienne, et je suis contente qu'elle ait également enregistré «Le gang des rêves» (autre livre de Luca di Fulvio) que je lirai. J'imagine que concernant ce roman, le casse-tête de la prononciation des noms propres a dû être pire que pour «Les enfants de Venise», sachant que le héros s'appelle Christmas...

Pour information, la structure du livre n'a pas pu être respectée: une piste est égale à deux ou trois chapitres. Il y a 34 pistes pour 92 chapitres.

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lundi, 29 mai 2017

Out of darkness, d'Ashley Hope Perez.

Out of darkness

À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
New London, Texas, septembre 1936. Beto et Cari (sept ans) quittent San Antonio pour vivre avec leur père, Henry Smith. Leur soeur, Naomi (dix-sept ans) n'est pas la fille d'Henry, mais les suit. Elle n'est pas à l'aise, car elle n'aime pas son beau-père. D'autre part, étant mexicaine, elle est rapidement victime de racisme.

Critique:
Ashley Hope Perez a construit une histoire autour de l'explosion de l'école de New London, en mars 1937. Elle a tout inventé (excepté l'explosion), en se basant sur des attitudes et des faits arrivés à cette époque. Son intrigue est bien menée, ses personnages sont creusés. Elle rappelle quelle forme prenait le racisme, à cette époque. Par exemple, Naomi n'a pas le droit d'aller faire ses courses à l'épicerie près de chez Henry, à moins qu'elle passe par une autre porte. Wash l'invite à aller s'approvisionner dans le coin de la ville où il habite. Cela ne pose pas de problème à l'épicier, mais il explique à Naomi qu'elle doit faire attention à ne pas trop se mêler à la communauté noire. Le racisme, profondément ancré dans les moeurs, ajouté au fait que certains ne veulent pas réfléchir et se remettre en question, conduit à des événements semblables à ceux décrits ici. Petit à petit, une spirale se met en place, se resserrant autour des personnages, se nourrissant d'éléments anodins qui prennent une importance démesurée...

La plupart des personnages sont attachants. La romancière montre leur aspiration à la vie, au bonheur, à la tranquillité. Avant la tempête, elle parsème son récit de scènes attendrissantes, parfois amusantes, comme ce qui touche aux tartes de madame Fuller.

L'histoire d'amour ne m'a pas déplu parce qu'elle est préparée, et que les deux personnages sont très sympathiques.

Au début, j'ai eu un peu de mal à cerner Naomi. C'est voulu. On se demande pourquoi elle est si hostile à son beau-père. Celui-ci ne plaît pas particulièrement, mais la dureté de la jeune fille interpelle. Puis, assez rapidement, l'auteur donne certains éléments. Henry est peut-être le seul personnage important que je n'ai pas apprécié. (D'autres sont détestables, mais ils sont secondaires.) Cependant, il n'est pas caricatural. Il y avait, et il y a toujours, des gens comme lui. L'époque tolérait certaines choses d'eux dont on ose espérer qu'elles n'auraient pas lieu aujourd'hui, mais rien n'est moins sûr.

Je ne sais pas trop quoi penser du pasteur Tom. Il est trop exalté, trop fanatique pour paraître sérieux. Dans son monde, les choses sont trop tranchées. Il n'est pas méchant, mais semble penser qu'il n'y a qu'une façon de faire. D'autre part, j'ai été choquée qu'il n'aide pas son prochain (en l'occurrence, sa prochaine) lorsque celle-ci se brûle le bras. Le seul à s'en préoccuper est Beto. Le pasteur voit bien la souffrance de l'adolescente, mais il ne lève pas le petit doigt, et continue de lui parler comme si de rien n'était.

Naomi, Wash, et Beto sont sûrement les personnages qui marqueront le plus le lecteur. Beto passe par plusieurs épreuves, il endure des choses qu'on ne le croirait pas capables de supporter, étant donné son caractère tendre.

Je ne sais pas si Ashley Hope Perez aurait pu inventer une autre fin. Si elle l'avait fait, il aurait fallu qu'elle écrive une suite. Cela aurait été une bonne idée. ;-) Je pense qu'elle a voulu marquer les esprits, et bien montrer que cela avait existé.
Je voudrais en dire plus sur ce roman, mais j'en dévoilerais trop.

Un livre bien pensé, poignant, à lire pour ne pas oublier à quoi peut mener la bêtise de certains hommes, de certaines façons de penser.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Benita Robledo et Lincoln Hoppe pour les éditions Listenning Library.
Benita Robledo a enregistré 90% du roman. Elle est bien entrée dans la peau des personnages, et a modifié sa voix sans exagérer. Elle prononce certains mots avec l'accent espagnol (notamment Beto et Cari). Cela ne m'a pas gênée, car elle le fait sans affectation.
Je connaissais Lincoln Hoppe pour l'avoir entendu dans «Say goodbye». J'avais gardé un bon souvenir de son interprétation. Ici, il n'a que de petites parties. Pour moi, sa lecture est naturelle.

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jeudi, 5 janvier 2017

L'oiseau des tempêtes, de Serge Brussolo.

L'oiseau des tempêtes

L'ouvrage:
Le baron Artus de Bregannog et ses gens sont naufrageurs. Depuis qu'il a reçu une flèche empoisonnée, Artus a des crises de folie, et bien qu'il s'en défende, son esprit est en proie à la superstition. Ainsi se laisse-t-il convaincre par Chavral, son garde-chasse, que Marion (quinze ans, belle-fille du vétérinaire, Alexandre) est dangereuse et néfaste. Dès lors, la jeune fille est en danger.

Critique:
L'auteur n'est pas aussi inventif que dans des romans comme «Anges de fer, paradis d'acier», mais j'ai trouvé «L'oiseau des tempêtes» plus creusé et plus abouti que «Tambours de guerre». Ici, Serge Brussolo renoue avec les romans historiques. Il s'écarte du policier pour nous plonger dans un roman d'aventure. Les choses se mettent vite en place, et Marion est précipitée dans des dangers plus périlleux les uns que les autres. À peine se tire-t-elle d'un mauvais pas qu'un autre court à sa rencontre. À un moment, j'ai pensé que l'auteur créerait des invraisemblances pour la sortir de situations délicates. Heureusement, ses solutions sont toujours crédibles. L'intrigue ne souffre donc pas de temps morts.

Marion est une héroïne brussolienne. Elle est foncièrement gentille, et lucide quant à sa situation. Parfois, j'ai eu envie de la secouer, comme c'est souvent le cas avec les héros brussoliens. Cependant, elle n'a pas toujours la possibilité de faire quelque chose pour améliorer sa situation. Elle est un peu naïve quant à certains événements, mais cela se comprend. Comme elle le souligne elle-même, elle ne connaît pas grand-chose de la vie. Elle n'est pas préparée à être précipitée dans ce tourbillon de péripéties.

À la fin, Brussolo laisse la porte ouverte à une suite. Il peut s'arrêter là, mais il a la possibilité de poursuivre les aventures de Marion.

Service presse des éditions Fleuve éditions. La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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jeudi, 8 décembre 2016

La part des flammes, de Gaëlle Nohant.

La part des flammes

L'ouvrage:
Paris, 1897.
Violaine de Raezal souhaite oeuvrer pour les pauvres. C'est à cette occasion qu'elle rencontre la duchesse Sophie d'Alençon. Celle-ci la prend sous sa protection, et la fait travailler avec elle, au bazar de la charité. C'est là que Violaine rencontre Constance d'Estingel, jeune fille d'un abord réservée.
C'est alors que, le 4 mai, le bazar de la charité est la proie d'un incendie. Cet événement laissera une empreinte indélébile dans la vie de ces femmes et de leurs proches.

Critique:
À mon avis, la première qualité de ce roman est la minutie avec laquelle l'auteur décrit une époque, des personnages, les conséquences d'un événement qui bouleverse tout et tous. Dès les premières pages, le ton est donné. Nous frayons avec la noblesse parisienne, avec ses règles (non-écrites, mais auxquelles personne ne déroge), ses castes, ses conventions, ses artifices... Tout au long du roman, cette ambiance reste. On cancane à propos de telle personne, on veut à tout prix être dans les bonnes grâces de telle autre parce qu'elle est populaire. Après l'incendie, l'une de ces dames, avide de ragots et de relations superficielles (mais elle n'est pas la seule) devra remettre certaines choses en question, ayant été atteinte par les flammes, et donc n'étant plus aussi intéressante pour certains.
J'ai également beaucoup aimé l'épisode qui se passe au théâtre. Là encore, pour certains, le théâtre n'est qu'un prétexte pour se montrer et observer les autres. Les rares personnages du roman qui y vont pour regarder ce qui se déroule sur scène sont vite éconduits par les superficielles de la bande, Léonce d'Ambronay en tête. Léonce fait partie de ceux qui concentrent bêtise et égoïsme.

Je ne connaissais pas du tout Gaëlle Nohant. J'ai découvert une plume fluide, un vocabulaire recherché (ce qui me ravit), une narration et des dialogues vivants qui, outre l'ambiance, nous plongent au coeur de l'époque. De plus, ce roman ne souffre d'aucun temps mort.

Quant à l'intrigue, elle m'a également plu, mais elle n'aurait pas été si puissante sans les atouts dont je parle plus haut. Elle présente donc ces protagonistes, évoluant dans une société sans pitié dont ils connaissent les rouages, et ayant du mal à s'y habituer (du moins, en ce qui concerne les personnages principaux). Les conséquences de l'incendie creuseront le fossé entre eux et cette société du paraître et des convenances. J'ai aimé la manière dont certains sont amenés à se rencontrer.

Constance a éveillé à la fois ma compassion et mon exaspération. Je voulais qu'elle ait le courage d'être elle-même, de s'accepter. Pourtant, je reconnais qu'entre sa mère et la mère supérieure, la pauvre n'avait pas vraiment la possibilité de s'affirmer. Entre se révolter contre celle qui ne sait pas l'aimer et de qui elle est trop différente, et tout faire pour être digne de l'affection de la mère supérieure, Constance se débat dans des courants contraires. On comprend bien que son esprit soit tourmenté.

Amélie, sa mère, m'a interpellée. Embourbée dans son égoïsme, elle m'a d'abord paru méprisable. Puis je l'ai un peu appréciée, parce que s'il est évident qu'elle agit par intérêt, on perçoit aussi sa conviction que c'est pour le bien de Constance. Elle n'a aucun cas de conscience à ne faire que contrarier sa fille (et à accepter autre chose que je vous laisse découvrir) parce qu'elle est sûre qu'à terme, cela aidera la jeune fille. À l'inverse, la religieuse que révère Constance me semble uniquement poussée par l'aigreur et le besoin d'enfermer quelqu'un dans le même malheur qu'elle. Qu'elle ait compris ou pas que Constance souhaitait s'en remettre à Dieu pour de mauvaises raisons, elle sait que celle-ci est perdue, et fait tout pour l'enfoncer dans son marasme à coups d'ordres péremptoires et de jugements sans appel.

À l'instar de Violaine et de Lazlo de Nérac, je n'ai pas seulement vu en Armand un personnage fade. Pendant une grande partie du roman, on sait seulement qu'il n'aime pas sa belle-mère et le cache mal. Je ne sais pas pourquoi, mais je l'imaginais couard et sans saveur. Il est bien plus complexe. Lazlo et Violaine finissent par deviner qu'il n'est pas uniquement ce qu'il montre. J'ai aimé que l'auteur ne nous présente pas quelqu'un d'absolument détestable, et explique, par ses actes et son passé, qu'il a des côtés attachants.

D'autres personnages et d'autres thèmes seraient à évoquer, mais je ne veux pas trop en dévoiler.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Cadol.
J'aime beaucoup cette comédienne que je connais surtout pour ses doublages. Je l'apprécie énormément. Ici, elle n'a pas démérité. Elle est l'interprète parfaite pour ce roman! De sa voix claire et soignée, elle entre parfaitement dans la peau des personnages, et sert à merveille le style de Gaëlle Nohant. Elle ne s'embarrasse pas de cet artifice qui consiste à prendre «une grosse voix» pour les hommes, et dont certaines usent à mauvais escient.

L'un des personnages est américain. Il s'agit de Mary Holgart. Plusieurs fois, l'auteur précise qu'elle s'exprime avec un accent. Je suis ravie que la lectrice ne tente pas de faire cet accent. Je suppose que c'est d'un commun accord avec l'éditeur audio. J'ai trouvé cela judicieux, car pour moi, il est toujours laborieux d'entendre des lecteurs prendre un accent étranger. Je remercie donc la lectrice et l'éditeur pour cela. J'avoue que j'aurais même préféré que la comédienne prononce Mary sans faire le «r» anglophone.
D'autre part, je constate que l'éditeur sait s'adapter d'un livre à l'autre. En effet, dans «Le sourire des femmes», l'accent de Goldberg ajoute au comique de la situation, il était donc logique que le comédien le fasse. De plus, ce personnage ne s'exprime pas trop longtemps, donc cela s'arrête avant que l'agacement remplace le rire. Dans «La part des flammes», cela aurait été du surjeu, ôtant toute crédibilité au personnage, et dissipant la tension de certains moments. Bref, cela aurait été du gâchis, à mon avis.

Parfois, certains personnages lisent des vers. La lectrice les lit de manière fluide en tentant de respecter certaines règles de versifications sans que cela ait l'air prétentieux. Il me semble qu'à un moment, elle marque à peine une diérèse.

Pour information: la structure du livre est respectée.

Cliquez ici pour voir le livre audio et en écouter un extrait.

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