vendredi, 11 avril 2014

Le marchand de Bergerac, de Guillemette de La Borie.

Le marchand de Bergerac

L'ouvrage:
1900.
Théodore Darsac meurt en laissant femme et filles. Celles-ci ne s'y entendent pas vraiment quant à l'exploitation du domaine. Caroline, la fille aînée, acceptera avec douleur un mariage arrangé (avec Félix Lacaussade) dans lequel elle trouvera finalement son compte. Quant à Gabrielle, la cadette, elle tient à rester au domaine. Les deux soeurs ont un caractère très différent. En outre, la vie se chargera de tenter de briser l'attachement qu'elles se portent.

Critique:
Généralement, j'aime bien ce genre de romans. On n'est pas obligé de réfléchir et on est pris dans l'intrigue. Ici, je n'ai pas vraiment pu entrer dans le roman. D'abord, il est beaucoup trop lent. D'autre part, rien ne le démarque vraiment, que ce soit au niveau de l'intrigue que des personnages. Ensuite, il est parsemé d'éléments très convenus. Par exemple, le caractère des deux soeurs est si opposé que ça en devient cliché. L'attitude de Caroline n'est pas toujours crédible. Et puis, elle est agaçante: elle pleure presque à chaque fois qu'on la voit. D'autre part, elle aime tant son mari qu'elle semble ne pas penser par elle-même.

Quant à Gabrielle, l'auteur profite de son mariage pour montrer l'antagonisme entre catholiques et protestants. C'est une bonne chose, mais ensuite, il ne lui est pas possible de montrer son couple principal heureux. Ils s'aiment, mais ne se retrouvent vraiment que dans la fusion des corps, le reste du temps, l'un éloigne l'autre par son indifférence. Indifférence que le lecteur ne s'explique pas. Certes, le personnage est très absorbé par son travail, mais il semble aimer sincèrement sa femme. L'auteur reste floue, et même à la fin, la quasi-froideur du personnage, si elle semble se résorber, n'est pas expliquée.

Comme si cela ne suffisait pas, la romancière fait vivre à l'une de ses héroïnes une situation qui commence à être très clichée: elle ne peut pas avoir d'enfants.

Dans la catégorie «éléments très convenus», nous retrouvons ce que j'appelle le faux coup de théâtre. Cela se veut un coup de théâtre, mais j''avais deviné très vite que l'auteur le créerait.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michel Ellisalde pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom du lecteur, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

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2011 lectures

lundi, 3 mars 2014

Le destin d'Honorine, d'Hubert Maximy.

Le destin d'Honorine

L'ouvrage:
Années 1830.
La famille d'Honorine est pauvre. Elle a quatre frères, son père est alcoolique et violent. Un jour, à douze ans, elle découvre la dentelle. Elle fera tout pour devenir dentelière.

Critique:
Si le livre est assez sombre, je pense qu'il décrit bien une certaine réalité dans un contexte et une époque donnés. Honorine peut paraître sans pitié, mais en fait, elle a vite compris que dans sa situation et à son époque, elle devait se montrer plus forte que les autres si elle ne voulait pas être mangée. L'auteur montre ce personnage dans toute son humanité. Elle peut être sans pitié, mais comment aurions-nous réagi à sa place?
Il est peut-être un peu dommage que presque tous les personnages soient détestables. Cependant, pour beaucoup d'entre eux, le contexte l'expliquent. Quant aux autres, c'est leur caractère.

J'ai apprécié la structure du livre. Pendant une grande partie, l'auteur alterne les chapitres montrant Honorine et ceux montrant Benoît, l'autre personnage principal. Il décrit deux univers, deux parcours différents. Il immerge parfaitement le lecteur dans les vies de ses personnages. On ne pourra s'empêcher de comparer les deux parcours. La situation de Benoît n'est pas tellement plus enviable. Bien sûr, on se doute vite que Benoît et Honorine vont se rencontrer, mais ce n'est pas gênant.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Étienne Meignan pour l'association Valentin Haüy.
J'ai été contente de retrouver ce lecteur qui met le ton approprié sans en faire trop. De plus, il a une voix claire et agréable.

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lundi, 21 octobre 2013

Et l'été reviendra, de Gilbert Bordes.

Et l'été reviendra

L'ouvrage:
Clément Laurrière a le démon du jeu dans la peau. Une nuit, il perd tant d'argent que le domaine familial (le Chaumon) doit être vendu afin d'éponger la dette. Ceci aura bien sûr des répercutions sur tous les habitants du domaine: les parents de Clément (Line et Albin), mais aussi sa femme (Fabienne) et ses enfants (Arthur et Manon).

Critique:
Ce roman fait partie de ceux de Gilbert Bordes qui m'ont globalement plu. L'auteur prend le temps de planter le décor, de présenter ses personnages. Au début, on ne sait pas trop où il va aller, ce qui est bien, car on ne prévoit pas grand-chose. Mais le tout début fait aussi un peu cliché: un domaine, une famille déchirée qui ne sait pas communiquer, un meurtre jamais élucidé, des enfants communiant avec la nature, un «idiot du village» qui n'est à son aise que dans la nature, une «folle» qui semble en savoir long... Certes, mais à mesure de mon avancée, j'ai trouvé que Gilbert bordes avait su mélanger ces ingrédients pour en faire quelque chose d'intéressant.
J'ai été sensible à l'omniprésence de la nature.

On s'attachera d'abord aux enfants. Si leurs chamailleries et leurs préoccupations les font paraître quelque peu immatures, leur insouciance est reposante. Et puis, il n'est pas difficile de deviner ce que cache cette insouciance: leur détresse et la conscience de leur impuissance. En outre, ils évoluent au long du roman.
Fabienne m'a profondément agacée. On dirait qu'elle ne peut vivre sans Clément. Je sais qu'elle est guidée par son amour, son désespoir, son envie que tout aille bien, mais elle n'est ni forte ni réaliste. Elle est plutôt terne, voire ridicule à se raccrocher à quelque chose de néfaste. Elle ne pense pas vraiment au bonheur de ses enfants, quoi qu'elle en dise.
Quant à Clément, j'ai plusieurs fois pensé qu'il devrait avoir la bonne idée de se suicider, car pleurnichant et se vautrant dans sa dépendance, il ne sait qu'être nuisible.

J'ai apprécié l'évolution de Margot et ce qu'elle implique. Dès le départ, l'auteur montre ce personnage entre deux eaux. Elle agit d'une manière, mais est assez lucide pour savoir qu'elle se détruit. Par contre, je ne suis pas sûre qu'elle ait raison concernant Clément, mais ce qu'elle fait vers la fin dénote un certain courage et la montre dans toute sa splendeur. Margot et les enfants tirent des leçons des mauvaises choses qui leur arrivent, alors que d'autres s'effondrent.

Quant à l'intrigue, elle est prévisible, mais recèle de petites surprises. Connaissant le genre, je ne me suis pas méfiée, et ai cru en une chose qui était conforme aux codes du genre. J'ai aimé que l'auteur me surprenne à ce sujet.
Quant aux meurtres, on se doute de leurs auteurs, mais le savoir ne m'a pas gênée.

Je n'ai qu'un réel reproche à faire concernant un événement qui arrive à la fin. Je comprends que Gilbert Bordes ait voulu montrer un monde en mouvements, un monde qui ne pourra jamais redevenir tout à fait comme il l'était. Il a voulu faire une fin en demi-teinte, et je l'approuve. Cependant, il aurait pu changer cet événement qui m'a beaucoup déçue.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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vendredi, 31 mai 2013

L'enfant de l'autre, d'Henriette Bernier.

L'enfant de l'autre

L'ouvrage:
1932.
Odette Jaquin meurt en mettant au monde sa première née, Agathe. Étienne commence par rejeter sa fille, l'accusant de la mort d'Odette. Les choses se compliquent lorsqu'il se remarie avec Lily. Celle-ci méprise la vie paysanne, et refuse d'élever Agathe qu'elle appelle l'enfant de l'autre.

Critique:
Si certaines choses sont un peu faciles, ce livre est un bon moment passé en compagnie de personnages attachants. De plus, le décor est bien rendu.
L'histoire a certains côtés prévisibles: par exemple, on devine très vite comment se comportera Lily; mais d'autres le sont moins. En outre, Henriette Bernier n'amène pas les choses grossièrement, elle n'use pas d'énormes ficelles. De ce fait, même si, au final, le tout pouvait se prévoir, cela ne m'a pas gênée.

L'auteur dépeint bien l'ambiance d'un petit village en temps de guerre. Là encore, si on se doute de l'attitude des personnages, celle de Marcel, par exemple, ne montre pas forcément quelqu'un de sombre. J'ai apprécié la nuance apportée à ce personnage. Il n'est pas très reluisant, mais ses raisons peuvent s'expliquer.

Agathe est peut-être trop parfaite, mais cela ne m'a pas dérangée, car je pense que sa façon d'être est normale étant donné le caractère de sa mère, la manière dont elle a été élevée, et ce qu'elle a subi pendant son enfance.
Lily est sûrement le seul personnage que je n'ai pas apprécié. Égoïste, paresseuse, frivole, capricieuse... Je ne sais pas trop ce que Marcel lui trouve, à part sa beauté.
Quant à Jules, Olga, et Léonie, ils n'ont pas que de bons côtés, mais c'est ce qui les rend réaliste.
Étienne est complexe. Il n'inspirera pas uniquement des sentiment positifs. J'ai aimé le fait qu'il puisse s'adapter. Malgré sa lâcheté et l'injustice qu'il ne peut s'empêcher de commettre (jusqu'à un certain point), il se remet en question, reconnaît qu'il est fautif. Il évolue, apprend de la vie, de ses erreurs.

Henriette Bernier décrit également l'école à cette époque. J'aime les livres où sont décrites des époques et des façons de faire que je n'ai pas connues. J'aime savoir comment les choses se passaient avant. Concernant l'école, d'autres l'ont fait, comme Michel Jeury dans «L'année du certif» ou «La petite école dans la montagne», ou Michel Peyramaure dans la série de «L'orange de Noël», mais cela me plaît toujours autant.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Denis Gey pour l'association Valentin Haüy.
J'ai été contente de retrouver ce lecteur à la voix sympathique, et à la lecture agréable.

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lundi, 22 avril 2013

Le chemin sauvage, de Jean-François Haas.

Le chemin sauvage

L'ouvrage:
Années 60, un petit village suisse.
Le narrateur a onze ans. Il se raccroche à l'enfance en se faisant des amis avec qui il joue à la guerre. Mais outre le fantôme de son grand frère qui l'accompagne partout, il voit souffrir Myriam, sa camarade de classe. La fillette vient de l'orphelinat, et est placée dans une ferme où on la fait travailler dur, et où elle est en danger d'abus sexuels. Lorsqu'elle disparaît, le jeune narrateur raconte tout ce qu'elle lui disait à la police.

Critique:
Voilà un roman dur, oppressant, qui dépeint très bien une certaine réalité. Un petit village dont certains habitants ne cherchent pas très loin, accusent et persécutent ceux qui ne leur plaisent pas sous de fallacieux prétextes. Le jeune narrateur est parachuté dans ce monde haineux et malsain, et il se rend compte qu'on n'est jamais armé contre la méchanceté gratuite. Certains ne sont pas loin de faire justice comme ils l'entendent.
J'ai été étonnée que la police, elle aussi, fasse feu de tout bois. Ils arrêtent Enzo seulement parce qu'il est italien, et sous le prétexte qu'il fut ami avec la victime. Ils ne font qu'écouter et cautionner les racontars malveillants de villageois racistes qui ne voient pas plus loin que les syllogismes qu'ils ont eux-mêmes créés. Il est effarant de voir comme la bêtise peut être exprimée avec tant de conviction qu'elle ne laisse pas les autorités indifférentes.

Le jeune narrateur a la chance d'avoir une famille aimante. Mais si l'amour et la compréhension équilibrent et protègent, ils peuvent aussi désarmer. Cette famille douce n'est pas préparée à ce qu'elle vit. Ils ont beau savoir que cela existe, ils ont beau être intègres, c'est leur bon jugement et leur tolérance qui les condamnent. Et comment résister à la bassesse? J'ai aimé cette famille qui n'abandonne pas ses idéaux, se bat bravement malgré les coups qu'on lui porte, ce père qui n'envisage pas de faire d'autres actions que le bien.

Les amis du narrateur (Rémi et Tonio) ont eux aussi une histoire à raconter. Êtres sensibles et blessés dans un monde inadapté, chacun d'eux tentera de s'en sortir... C'est Rémi qui m'a le plus touchée, car j'ai ressenti sa sensibilité qui ne s'embarrassait jamais d'artifices.

L'énigme policière n'est pas si importante, dans le fond. L'auteur s'attache surtout à montrer la vie comme elle était à cette époque dans un village, les mentalités étriquées, etc. C'est un livre d'une grande profondeur, presque une étude sociologique de l'époque, et l'énigme n'est qu'un prétexte à montrer les réactions de chacun. Néanmoins, l'auteur ne l'a pas bâclée. Le lecteur finit par connaître le fin mot de l'histoire. Il n'est pas vraiment une surprise, mais l'énigme n'est pas là pour faire monter le suspense, le but n'est pas de faire languir le lecteur avant de sortir un coupable inattendu. Cela n'aurait pas été crédible, d'ailleurs. Ici, tout se tient. L'auteur ne laisse rien au hasard, son histoire est bien ficelée.

Jean-François Haas a un style fluide et précis. Son roman est jalonné de belles descriptions poétiques, montrant toute la sensibilité et la réflexion du narrateur.

Éditeur: éditions du Seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Stéphanie Chataux pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Au tout début, la voix de la lectrice est un peu sourde à mon goût. Et puis, elle finit par oser davantage de choses. Sans jamais trop en faire, elle met le ton approprié, délaissant, à mon grand plaisir, le ton quelque peu monocorde qu'elle adopte au tout début.

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