lundi, 30 novembre 2015

À un fil, de Rainbow Rowell.

À un fil

L'ouvrage:
Neal et Georgie sont mariés depuis quinze ans. Ils ont deux enfants.
Ils doivent aller passer Noël chez la mère de Neal, dans le Nebraska. Or, quelques jours avant leur départ, une opportunité très attendue se présente quant au travail de Georgie. Elle ne peut pas partir. Ce n'est pas la première fois que le travail de Georgie passe avant sa famille. Pour Neal, c'est peut-être la fois de trop.

Critique:
Si vous aimez les histoires d'amour un peu légères, mais avec quelques questions intéressantes sur la remise en question, la perception des choses, ce livre est pour vous. Quant à moi, j'ai d'abord voulu lire ce roman à cause de ce que je ne dis pas dans mon résumé, et qui est sur la quatrième de couverture: ce qui arrive lorsque Georgie se sert de la ligne fixe de sa mère. Au départ, j'ai trouvé cela sympathique, puis j'ai trouvé que cela s'essoufflait un peu. À la place de Georgie, j'aurais sûrement essayé de téléphoner à «l'autre Georgie». Mais l'histoire aurait peut-être été plus poussive puisque Georgie aurait déjà su que «l'autre Georgie» avait eu ce coup de fil... Enfin, je ne sais pas trop ce que j'aurais fait, mais il me semble que Rainbow Rowell aurait pu exploiter le thème plus intensément.
À l'instar du thème, l'intrigue finit par être un peu lente. Il y a même des moments qui traînent franchement, vers la fin.

J'ai apprécié le fait que Georgie se remette en question, tente de voir les choses d'un autre point de vue, se rende compte qu'elle a toujours voulu le beurre et l'argent du beurre... J'ai aussi aimé que l'auteur tente de nuancer: tout n'est pas noir, et tout n'était pas rose au début. L'auteur montre comment chacun doit y mettre du sien pour que cela fonctionne, mais aussi pourquoi chacun a envie que cela fonctionne. C'est aussi un petit rappel: ne pas prendre l'autre pour acquis.

J'ai également aimé certaines conversations, certaines répliques amusantes. L'intrigue est banale (mis à part ce qui arrive avec le téléphone), mais les personnages sont attachants, avec leurs défauts et leurs qualités. Il y a aussi certaines scènes cocasses, comme celle où Heather tente d'empêcher Seth d'entrer dans la chambre de Georgie.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rebecca Lowman pour les éditions Macmillan.
Rebecca Lowman est sûrement l'une des raisons pour lesquelles à mes yeux, ce livre est davantage qu'une histoire d'amour un peu lente. Elle a toujours le ton adéquat et sait modifier sa voix sans que cela fasse affecté. Elle fait ressortir les répliques drôles sans exagérer.

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vendredi, 12 septembre 2014

Le coupeur de roseaux, de Junichiro Tanizaki.

Le coupeur de roseaux

L'ouvrage:
Le narrateur rencontre un homme qui lui offre du saké puis lui raconte l'histoire d'amour que vécut son père avec la capricieuse et inconséquente Oh-Yû.

Critique:
Ce petit roman ressemble à un conte cruel, un conte en creux. En effet, si on ne rencontre pas le merveilleux, on côtoie un homme qui se met à raconter la vie de son père à un parfait inconnu, ainsi qu'une histoire d'amour perverse et destructrice.

Une grande partie du roman s'attache à décrire le paysage dans lequel évolue le narrateur. C'est très poétique, c'est agréable, on s'y croirait... mais c'est beaucoup trop lent. Puis, soudain, on se retrouve plongé dans la vie d'un autre, le narrateur et celui qu'ils rencontrent n'étant que des intermédiaires.

Si l'auteur a su créer une ambiance particulière (onirique grâce à la façon dont arrivent les choses, et aussi au fait que le récit se passe dans un paysage idyllique), si j'ai compris et ressenti la force d'attraction qu'exerce Oh-Yû, si j'ai compati à la douleur du personnage masculin, je n'ai pu m'empêcher de voir tout cela de manière terre-à-terre. Comment deux êtres (le père de l'inconnu et O-Shizu) peuvent-ils être attachée à une personne au point de se sacrifier ainsi? Au lieu de paraître beaux et grands, ils ont l'air ridicules! Surtout qu'à mon avis, Oh-Yû ne mérite pas tant d'amour et d'abnégation. Et puis, le personnage n'avait qu'à attendre quelques années, il aurait épousé sa belle. J'ai donc bien vu tout le tragique de la situation, mais mon cynisme m'a plutôt fait pester et me moquer des personnages. En outre, la fin semble un peu décalée par rapport au reste. On a envie de dire: «Ah, tout ça juste pour ça...».

J'aime beaucoup le titre qui ajoute à cette ambiance poétique, verdoyante, idyllique.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 30 septembre 2013

Je reviendrai avec la pluie, de Takuji Ichikawa.

Je reviendrai avec la pluie

L'ouvrage:
Depuis un an, depuis le décès de sa femme (Mio), Takumi élève seul son fils Yugi, qui a maintenant six ans. Avant de mourir, Mio avait promis qu'elle reviendrait à la saison des pluies. C'est effectivement ce qui arrive à la grande joie de Takumi et Yugi. Seulement, la jeune femme est amnésique.

Critique:
Voilà un joli roman en forme de conte. Je suis heureuse de l'avoir lu avant d'en entendre trop parler. En effet, étant donné ce que j'ai déjà entendu, j'ai la sensation que ce livre va faire parler de lui, et en général, quand j'entends trop parler d'un livre, je fais un rejet.

Takuji Ichikawa parvient à mélanger quelques éléments merveilleux au quotidien de ces personnages si simples. L'ambiance est comme magique, presque irréelle. La jeune femme revient, et reprend ses hommes en main, malgré son amnésie. Chacun se réjouit de la présence des deux autres. Chacun reprend naturellement son rôle, alors que rien n'est normal dans cette situation.

On peut comprendre ce retour de Mio de plusieurs façons. Cela peut symboliser le désir qu'a chacun de retrouver, ne serait-ce que pour quelques minutes, un être aimé à jamais disparu. Cela peut également être vu comme le fait qu'un être aimé accompagnera toujours ceux qui l'aiment profondément, malgré sa disparition. De toute façon, le lecteur ressentira les sentiments des personnages, et s'identifiera à eux.
J'aime beaucoup l'explication que donne Takuji à son fils quant aux défunts. L'auteur y mêle humour et gravité. Cela ressemble à un conte dans le conte.
J'ai également apprécié les moments où Takuji et Yugi sont ensemble. Qu'ils évoquent des sujets graves (Mio), le quotidien (les repas, l'école), que Yugi s'inquiète pour son père, la complicité et l'amour qu'ils partagent sont sources de sourire. Le tout est écrit en un style vivant, précis, traversé d'éclairs de poésie, et de répliques drôles ou attendrissantes.

Lorsqu'un auteur s'attache à montrer une histoire d'amour, et en plus, que cette histoire n'est pas banale, il tombe facilement dans le niais. Ici, ce n'est pas le cas. L'auteur n'est jamais grandiloquent, il ne fait jamais de fioritures, n'en rajoute pas dans l'apitoiement. Il raconte ses personnages, leurs sentiments, ce qu'ils vivent. Bien sûr, certains aspects de ce romans peuvent paraître mélodramatiques, mais je pense qu'il faut plutôt les voir comme de jolis moments, décrivant des personnages dont la force des sentiments les poussera toujours vers le positif. En effet, malgré le sujet douloureux et délicat évoqué, ce livre est lumineux.

Si l'idée du retour de Mio évoque fatalement le merveilleux, d'autres petits détails font louvoyer le lecteur entre le merveilleux et le fantastique. Que dire d'un enfant qui accumule un an de cérumen dans ses oreilles et qui n'a aucune complication (sauf une légère surdité)? Que penser de Pou, le chien du professeur Nombre? Le professeur lui-même paraît étrange dans ce décor. Les personnages, à l'instar du lecteur, ne s'étonneront pas vraiment de ces étrangetés. Elles contribueront à la magie de ce roman.

Il y aurait quantité d'autres choses à dire sur ce livre: sur les décisions prises, la façon de voir certains événements, etc. Mais j'en dévoilerais trop.

Éditeur: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sabine Veyrat pour l'association Valentin Haüy.
La lectrice a su rendre ce qu'a voulu l'auteur en n'adoptant jamais un ton dramatique.

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mercredi, 18 septembre 2013

Une terrasse sur le Nil, de Nine Moati.

Une terrasse sur le Nil

L'ouvrage:
Tunis, 1932.
Sultana est pauvre, ayant perdu ses parents adoptifs. C'est alors que Raoul Smadja, riche Cairote, demande sa main. Cependant, il lui soumet un étrange contrat: dès qu'elle aura accouché de leur fils, ils ne partageront plus le même lit. La jeune fille, déjà amoureuse de Raoul, est atterrée, mais elle accepte. Elle sait qu'elle a une chance inespérée d'épouser un bon parti.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce roman. J'ai apprécié qu'il démarre très vite, qu'il n'y ait pas de fioritures, que le style soit fluide, que Sultana soit attachante. J'ai aussi aimé que cela se déroule en Égypte. Cela m'a quelque peu changé des romans français ou anglo-saxons. Il m'a plu de suivre l'évolution des personnages, surtout celle de Sultana qui, malgré des moments d'abattement bien compréhensibles, trouve toujours le moyen de retomber sur ses pattes, et de faire en sorte que son appétit de vivre prenne le dessus.

Cependant, certaines choses m'ont déplu. J'ai trouvé que l'intrigue se basait sur des éléments un peu faciles. Le «secret» de Raoul évoque de très mauvais romans à l'eau de rose. D'autre part, l'auteur fait attendre le lecteur bien trop longtemps avant de le dévoiler. J'espérais qu'il ne s'agissait pas de ce que j'avais deviné presque tout de suite... Malheureusement, c'était bien cela. Cela a rendu l'attente imposée par l'auteur d'autant plus dérisoire. Attendre pour découvrir un faux mystère... quelle chance!
D'autre part, la façon dont Sultana découvre le secret est un peu rocambolesque.
Par la suite, l'auteur fait durer une situation qui, on le découvre, aurait pu changer. D'ailleurs, en apprenant la vérité, Sultana se demande pourquoi cela n'a pas été fait. L'auteur aurait été bien en peine de répondre... Je trouve dommage qu'elle ait agencé son intrigue ainsi, car le tout ne tient pas très bien. Les personnages semblent éprouver de grands sentiments qui les consumeront s'ils n'y cèdent (surtout l'un d'entre eux), et on découvre que tout n'est pas aussi «compliqué»... L'auteur complique ce qu'elle aurait pu simplifier.
Accessoirement, j'ai été gênée par cette société où, apparemment, tout le monde pratique l'adultère sans que personne n'y trouve à redire.

Je n'ai pas apprécié que le prologue se passe en 1956, car on sait tout de suite comment se termine le roman. On ne sait pas pourquoi Sultana prend la décision dont on voit le résultat dans le prologue, mais on sait qu'elle en arrivera là.

J'ai trouvé deux erreurs de syntaxe: «La nuit, seule sur son divan, les questions affluaient.» Grammaticalement, il serait plus juste de dire: «La nuit, alors qu'elle était seule sur son divan, les questions affluaient.»
Enfin, «revivre une deuxième fois» est un pléonasme.
Je sais très bien qu'il est très difficile de voir toutes ses erreurs, surtout lorsqu'on est immergé dans son texte. Le correcteur, lui, aurait dû les voir.

Éditeur: Ramsay.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Catherine Frichet pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
La lectrice a une voix nette et claire. Elle a lu ce roman sans trop en faire, sans verser dans le pathos. Elle a mis l'intonation adéquate. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

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lundi, 29 juillet 2013

Les complaisances du coeur, de Belva Plain.

Les complaisances du coeur

L'ouvrage:
Laura McAllister s'est mariée jeune. Plus tard, son couple ayant besoin d'argent, elle parvient à en gagner en faisant de la pâtisserie, puis en développant son affaire. Son mari, Robby, vit mal cette situation.

Critique:
Je n'ai lu ce livre que parce qu'il a été enregistré par deux lecteurs que j'aime beaucoup. Je savais que ce n'était pas vraiment le style que j'affectionne. En effet, on retrouve beaucoup de situations convenues. D'abord, Belva Plain prend le temps de nous montrer à quel point le mari de Laura est agaçant. Il a tous les défauts: il n'accepte pas sa femme telle qu'elle est, pleurniche au lieu de faire le nécessaire pour gagner leur vie, ne se remet pas en question... Bref, il faut bien que le lecteur accepte l'idée que Laura va en trouver un autre qui, lui, l'écoutera, l'acceptera, etc.

Une fois la situation posée, l'auteur peut se permettre de nous balancer un coup de foudre, ou presque. Mais bien sûr, les choses ne sont pas si simples. Iris, la mère de Laura, est atterrée de l'inconduite de sa fille qu'elle jugeait parfaite, avant. En effet, Laura était le pilier de la famille: conseillant sans juger trop vite, aidant chacun à se trouver... et bien sûr, faisant tout ce qu'il faut pour que son mariage ne parte pas en vrille, quitte à ne jamais rien dire à chaque attaque de son mari.
Quant à Iris, elle a accepté les infidélités de son mari, mais lui en a voulu... L'important est qu'elle ait réussi à maintenir son mariage...

Pour corser le tout, Belva plain ajoute un secret qu'il ne faut absolument pas qu'Iris découvre, mais qu'elle découvrira, et qui, brusquement, comme par magie, lui fera voir certaines choses autrement.

Le personnage qui m'a le plus plu est sûrement Cathy, la fille de Laura. L'attitude des adultes lui donnent de drôles d'idées, mais elle est assez clairvoyante sur pas mal de choses.

Il est amusant que Laura se dise souvent qu'elle est dans la vie, et non dans un mauvais livre à l'eau de rose. Je ne sais pas si l'auteur se moque d'elle-même ou tente de rendre son livre plus réaliste, mais ces remarques m'ont bien fait rire, sachant que ce livre était justement ce qu'il disait ne pas être.

Lorsque Laura songe à quitter son mari (oui, ça arrive au bout d'un moment), elle se dit qu'il serait mal que Cathy connaisse un foyer brisé, qu'il faut qu'elle soit avec Robby pour que leur fille ait ses deux parents ensemble. Elle ne se dit à aucun moment qu'il est sûrement plus destructeur pour un enfant de voir ses parents se disputer tout le temps (Laura n'aurait pas encaissé éternellement), que de les voir se séparer.

Bref, un livre sans surprises qu'il faut lire pour ne pas réfléchir.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Mugler. et Frédérique Ribes pour les éditions VDB.
Les comédiens n'ont pas démérité. Ils n'ont pas surjoué, ce qui aurait été désastreux.

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