jeudi, 22 novembre 2012

Sur une terre étrangère, de Jhumpa Lahiri.

Sur une terre étrangère

Présentation des huit nouvelles:
Dans «Une terre inaccoutumée», un vieil homme vient rendre visite à sa fille. Elle est indienne, et mariée à un américain.
Dans «Enfer et ciel», une jeune femme raconte les relations qu'entretint sa famille, bengali, avec un homme également bengali. La rencontre ayant eu lieu grâce à ce point commun.
Dans «Une chambre ou une autre», un couple se rend à un mariage. L'homme est indien, la femme est américaine.
Dans «Rien que du bien», nous suivons l'évolution de deux jeunes gens dont les parents, indiens, se sont installés aux États-Unis. L'un des jeunes gens est alcoolique.
Dans «Rien à voir avec l'amour», une jeune femme se débat dans une relation compliquée.
Les trois dernières nouvelles présentent trois moments différents de la vie de deux personnages.

Critique:
En général, je préfère les romans aux nouvelles. Cependant, celles-là sont assez longues pour être de petits romans. En outre, Jhumpa Lahiri aborde un thème qu'elle décline de plusieurs façons, toutes pertinentes: le choc des cultures, l'adaptation des uns et des autres à une culture qui n'est pas la sienne, les difficultés des uns et des autre pour concilier leurs origines et le pays dans lequel ils vivent. Elle couple cela avec une très bonne étude de la psychologie des personnages. Si certains réagissent comme ils le font, ce n'est pas seulement parce que leurs parents ou conjoints et eux ne se comprennent pas, n'ayant pas la même culture, c'est aussi une question de personnalité.

Certaines nouvelles se terminent sur de petites notes d'espoir. Par exemple, dans «Une terre inaccoutumée», la jeune femme est quelque peu blessée de l'attitude de son père. Elle-même oscille et a du mal à s'adapter à sa vie sans sa mère, dans un pays qui n'est que son pays d'adoption. Son père semble s'y faire mieux qu'elle, et cela la perturbe. Elle sent également que son fils lui échappe, qu'il sera davantage américain qu'indien, et elle en est peinée. Cependant, le dernier geste de la jeune femme révèle qu'elle sait évoluer, faire la part des choses, et souhaite le bonheur de son père.

Dans «Enfer et ciel», le choc des cultures est abordé de façon encore plus fouillée. La famille de la jeune fille tient à ses racines, ce qui se comprend. Quant à leur ami, il finit par s'éloigner quelque peu, tenant à s'intégrer à son pays d'adoption. Les parents ne parviennent pas à s'adapter, surtout la mère. Mais cela n'aurait pas été ainsi si les personnalités avaient été autres. La mère se serait adaptée si ses frustrations ne l'avaient pas fait courir après une chimère.

«Une chambre ou une autre» décrit un couple qui s'aime, mais qui s'enfonce dans une routine teintée d'incompréhension. C'est quelque peu dû à la différence de cultures, à leurs caractères, mais aussi à une attirance passée de l'un pour une autre femme. L'amour et la complicité transparaissent sous les petites tracasseries et le brin de rancoeur qui se glisse parfois entre eux.

C'est dans «Rien que du bien» que s'illustre le mieux mon affirmation quant au fait que la personnalité joue dans les réactions de chacun. Si Suda s'est rebellée contre ses parents en faisant quelques bêtises, Raoul n'a pas été assez fort moralement pour se reprendre et s'adapter. Tout le monde est un peu fautif dans l'histoire. Raoul est victime de circonstances, de sa faiblesse, mais aussi d'actes et d'incompréhension de la part de son entourage.

«Rien à voir avec l'amour» est davantage centrée sur une analyse psychologique plutôt que sur un choc des cultures. On pourrait penser que l'attitude de Farouk est due à sa culture, mais ce n'est pas le cas. Ce n'est pas une impossibilité à s'adapter, c'est juste que ce personnage est un moins que rien. Dans cette nouvelle, les femmes n'ont pas assez de force morale pour agir convenablement. L'héroïne préfère une solution qui lui permettra d'oublier, mais qui n'est pas vraiment une évolution. Quant à Deirdre, je la trouve plutôt méprisable. Heather n'est pas assez développée pour qu'on ait une opinion très creusée, mais je l'ai trouvée très tranchée, fermée, pleine de préjugés.

Les trois dernière nouvelles sont comme un roman ou le narrateur change sans cesse, matérialisant ainsi l'errance mentale des deux personnages. Les moments racontés sont éloignés les uns des autres, mais les ellipses ne sont pas dérangeantes. L'auteur décrit des moments clés de la vie des personnages tout en analysant leurs réactions, ce qui fait qu'on a l'impression de très bien les connaître. Même lorsqu'on réprouve leur conduite, qu'on se dit qu'il faudrait agir autrement, on comprend leurs motivations.
Je n'ai pas aimé la fin. On peut penser qu'elle va bien aux deux personnages, surtout au garçon, car dans les deux nouvelles précédentes, il est évident qu'il cherche sa place. Cependant, je pense que l'auteur aurait su faire en sorte qu'une autre fin convienne.

Jhumpa Lahiri use d'un style précis, sans fioritures. Elle décrit des problèmes de communication et des personnalités complexes d'une plume très claire.
Les titres des nouvelles sont particulièrement bien choisis, résumant parfaitement l'essentiel du contenu.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 2 avril 2012

Prix Clara 2011, nouvelles d'ado.

Prix Clara 2011

L'ouvrage:
Ce prix fut créé en hommage à Clara, une adolescente de treize ans, qui mourut d'une insuffisance cardiaque à treize ans. Tous les ans, il récompense des auteurs en herbe, des adolescents entre treize et dix-sept ans.

Résumé des sept nouvelles:
Penser, d'Iris Baur:
Étienne est parti combattre au front. La nouvelle est une succession de courts tableaux dans lesquels sont décrits les points de vue d'Étienne, de sa femme, et de ses enfants.

Crescendo, de Clara Boissenin
Aurora est lycéenne. Elle est plutôt effacée. Un jour, elle a l'opportunité d'entrer dans un groupe de musique en tant que chanteuse. Sa vie change: célébrité, nouveaux amis, etc.

Canis lupus, de Tessa Deconchy
Le lecteur assiste à quelques semaines au sein d'une meute de loups. La forêt brûle, la meute est dispersée...

Oxygène, de Manon le Gallo
Le monde manque d'oxygène. L'homme en a trop abusé. Pour être sûr d'en avoir assez pour son enfant, un homme s'engage à oeuvrer pour la cause des clandestins. Ceux-ci veulent abolir les inégalités qui règnent: des personnes haut placées peuvent piller les réserves d'oxygène alors que d'autres en ont à peine pour survivre.

Un vent de liberté, de Paul Lejeune
L'auteur a rassemblé des événements qui marquèrent l'histoire en imaginant au sens propre l'expression «Un vent de liberté».

Le cri d'un beatles, de Marion Pignel
Julie est lycéenne. Dans sa classe, il y a Dorian qui est autiste. La jeune fille aimerait le connaître davantage.

L'oeuvre, de Manon Tanquerel
Dieu et ses anges se réunissent pour déterminer le monde.

Critique:
J'ai d'abord aimé la diversité. On la retrouve souvent dans le prix Clara.

La première nouvelle m'a plu. L'auteur a un style précis et fluide. En peu de mots, elle rend parfaitement la détresse de ces êtres qui ne comprennent pas la cruauté de ce monde. En peu de pages, les personnages sont décrits, on se fait une iddée assez précise d'eux.

J'ai apprécié la deuxième nouvelle, même si certaines choses étaient prévisibles. Le parcours de cette adolescente est intéressant, parce que l'auteur décrit des événements et des sensations qui pourraient arriver à n'importe qui. Il est très facile de s'identifier à Aurora, de se mettre à sa place, de se demander ce qu'on aurait fait. En outre, la jeune fille reste quelque peu lucide.
J'aurais aimé que la fin soit plus détaillée... et il me semble qu'un personnage a été oublié.

J'ai bien aimé «Canis lupus», d'abord parce que cette nouvelle m'a dépaysée. Ensuite, parce que j'aime les animaux, et que je trouve toujours intéressant de lire des histoire les impliquant. D'ailleurs, l'auteur ne se contente pas d'inventer une histoire autour d'une meute de loups: elle parle de leur comportement général. Par exemple, elle évoque quelque peu la hiérarchie. Je ne sais pas jusqu'à quel point elle s'est documentée, mais c'était intéressant.

J'ai beaucoup aimé «Oxygène». Le thème est très bien choisi, et l'auteur a su l'exploiter. Il est évident que si le monde venait à manquer de quelque chose d'essentiel, les choses tourneraient ainsi.
De plus, les trois personnages principaux sauront toucher le lecteur.
Cette nouvelle est, pour moi, la mieux pensée, la plus évoluée du recueil.

Je n'ai vraiment pas aimé «Un vent de liberté». L'auteur part d'une expression (qui a donné son titre à la nouvelle) pour se dire que peut-être, à des moments clés de l'histoire, alors que des hommes étaient libérés d'une oppression, d'une prison, etc, un véritable vent soufflait pour saluer cette libération. Je trouve ça un peu facile. La prochaine fois, il fera «Un vent de folie», comme expression? Je suis déçue que cette nouvelle ait été choisie, alors que beaucoup concourent. Je ne peux m'empêcher de penser qu'il devait y avoir plus recherché parmi les autres histoires concurrentes.

J'ai bien aimé «Le cri d'un beatles». La narratrice tente de comprendre les autistes. C'est son cheminement que le lecteur suivra. Elle veut comprendre son camarade, et même si elle parvient à certaines choses, elle se rend compte que la tolérance n'est pas seulement une question d'écoute. Elle tente de communiquer avec Dorian, mais ne voit pas toujours ce que cela implique. C'est un personnage positif, car elle est ouverte.
Il va de soi que j'ai bien ri lors de la scène où Dorian rive son clou à Matthieu, même s'il ne le fait pas exprès, et que celui-ci ne s'en rend pas compte.
Je n'ai pas trop compris le titre. Pourquoi l'allusion aux Beatles? À cause du fait que Dorian aime la poésie? Soit, mais pourquoi les Beatles?

Je n'ai pas trop aimé «L'oeuvre», mais pas parce que je trouvais qu'on se moquait de moi (ce qui est le cas pour «Un vent de liberté»). C'est seulement le thème que je trouve un peu trop utilisé. On me dira que les thèmes de toutes ces nouvelles sont plus ou moins connus et utilisés, mais les auteurs ont su y apporter une touche personnelle. J'ai trouvé «L'oeuvre» très convenue.

Éditeur: Héloïse d'Ormesson.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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lundi, 18 avril 2011

Prix clara 2009.

Prix Clara 2009

L'ouvrage:
Ce prix fut créé en l'honneur de Clara, adolescente passionnée de lecture qui mourut à l'âge de treize ans d'une leucémie.
Tous les ans (depuis 2007), des adolescents concourent, et les nouvelles choisies sont regroupées dans un recueil. Le produit de la vente de ce recueil va à l'ARCFA.

Présentation des nouvelles:
L'envoûtement des mots, de Marie Friess
Un avocat acquiert une maison dont l'intérêt principal est l'immense bibliothèque. C'est alors qu'il découvre un livre qui le fascine.

L'appareil photo, de Clara Gonin
Alors qu'elle vendait des bijoux à des touristes, Mina remarque que l'un d'eux a oublié son appareil photo sur un banc. Elle s'en empare. Il va devenir son bien le plus précieux.

La soumission et la haine, de Marie Lécuyer
Marcus Schwartsen, vingt-deux ans, comparaît devant un officier. Il raconte comment il a vécu la montée du nazisme...

La route du là-bas, de Charlotte Marsac-Mougenot
Maimouna vit en Afrique avec sa famille. Ses parents décident de tenter leur chance en Espagne.

On m'a volé la tour Eiffel, de Fabien Maurin
Ce matin-là, le président français est bien embêté: en effet, ses ministres lui apprennent que la tour Eiffel a disparu.

Agonie verte, de Claire Mercier
Taupe Aveugle, la vieille indienne, sait se débrouiller dans la forêt. Un jour qu'elle a beaucoup marché, et a trouvé du gibier, elle découvre une jeune femme blessée. Elle la ramène dans sa cabane pour la soigner.

Noé décentré, d'Hélène Pierson
Il est dans un centre. Il a des camarades. Parfois, il s'amuse avec eux, parfois non.

Frontières, de Tiphaine Scholer
Ils sont un groupe de résistants dans un pays en dictature. Ils ont des otages. Mais le chef du groupe remet tout en question: il est de moins en moins enclin à la violence.

Critique:
«L'envoûtement des mots» part sur de très bonnes idées. Cet homme coincé dans ses certitudes que les livres commenceront à faire rêver, c'est une bonne idée. Ensuite, l'auteur explique très bien la fascination éprouvée par un lecteur totalement pris par un ouvrage.
Si tout cela est pertinent, j'ai moins aimé la fin. Elle est un mélange de classique et de renouveau mal exploité. Je m'explique: il y a une part de déjà vu. Quant au reste, il n'est pas expliqué. On ne sait pas trop pourquoi la femme a agi ainsi. L'auteur veut peut-être dire que l'amour de la lecture ne doit pas se transformer en obsession, comme ce fut le cas pour son héros.

J'ai aimé «L'appareil photo». On me dira que certaines coïncidences sont un peu grosses, que la fin est un peu trop heureuse, mais pourquoi pas? Pourquoi ne pas apporter une part de rêve aux lecteurs? C'est une jolie nouvelle, un peu comme un conte de fées. Et après tout, pourquoi cela n'arriverait-il pas, parfois?

J'ai trouvé «La soumission et la haine» bien pensée. Elle est écrite avec sensibilité, et remet les choses à leur place. On comprend le jeune narrateur qui fut endoctriné par ceux qu'il aimait, eux-mêmes floués. Marie Lécuyer nous montre tous les points de vue, toutes les nuances, et on comprend mieux comment certains ont pu se laisser abuser.

Dans «La route du là-bas», l'auteur prend le temps de planter un décor, de camper des personnages. Elle explique la vie d'un petit village africain, puis le dépaysement, voire le mal du pays éprouvés par son héroïne. Elle montre bien que tout n'est pas tout blanc ou tout noir. Ce n'est pas parce que la famille a atteint un prétendu pays de Cocagne que tout ira tout de suite bien pour tout le monde.
Quant à la fin, j'avancerai les mêmes arguments que pour «L'appareil photo».

J'ai bien ri à la lecture de «On m'a volé la tour Eiffel». Petite nouvelle agréable et humoristique. Bien sûr, la fin est un peu facile, mais il est évident que l'auteur n'avait pas d'autres choix.

J'ai moins adhéré à «Agonie verte». J'ai eu du mal à entrer dans le texte, qui, au départ, est très descriptif. Ensuite, j'ai bien ressenti l'atmosphère pesante due à cette forêt dense dont on se retrouve prisonnier, mais n'ayant trouvé aucun personnage sympathique, j'ai eu du mal à prendre vraiment part à cette nouvelle. En outre, il y a une incohérence: si on entre dans cette mangrove, si dense et labyrinthique soit-elle, on doit pouvoir en sortir. Et quelqu'un qui la connaît bien doit y arriver.

Pour moi, «Noé décentré» est la meilleure nouvelle du recueil. L'auteur a fait un pari risqué, et s'en sort à merveille. Il n'y a aucune incohérence (ce qu'on trouve régulièrement quand les auteurs se lancent ce genre de défis). En outre, elle a su entrer dans la peau de son personnage, et est parvenue à adopter un style particulier, et à le conserver tout au long de la nouvelle.

«Frontières» est intéressante, car l'auteur tente de piétiner les clichés. Mais ce faisant, elle en créé d'autres. Le chef de la résistance qui réfléchit, qui ne veut plus commettre de barbaries, c'est intéressant, et ça doit arriver, mais je n'y ai cru qu'à moitié. Pourtant, c'est préparé par le fait que la règle a toujours été d'user de violence le moins possible, et par certains autres faits.
En outre, j'ai trouvé l'histoire d'amour un peu grosse...
D'une manière générale, je n'arrivais pas à me dire que le narrateur avait plus de quarante ans. pour moi, il en avait dix-huit.
D'autre part, j'ai remarqué des erreurs de syntaxe dans cette nouvelle.

Éditeur: Héloïse d'Ormesson.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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mardi, 15 mars 2011

Pour Clara, prix 2008.

Pour Clara, prix 2008

L'ouvrage:
Ce prix fut créé en l'honneur de Clara, adolescente passionnée de lecture, qui mourut d'une leucémie à l'âge de treize ans. Depuis 2007, des adolescents concourent: les nouvelles retenues sont regroupées dans un recueil et publiées.

Présentation des nouvelles:
Les enfants de porcelaine, de Lauren Prigent
Sarah est très belle, et un peu solitaire. Un jour, après le lycée, elle est enlevée par d'étranges hommes. Elle est conduite dans un bâtiment où des tas d'enfants sont réunis. On leur fait subir des examens, on les brime... et Sarah fait de curieux rêves.

Djembé, de Juliette Porte
Deux frères jumeaux sont doués dans différents domaines. Ils sont inséparables. L'un d'entre eux, Djembé, est muet. Seul, son frère peut transcrire ses sentiments.

La maladie des mots, d'Éloïse Gasteuil
Êve est adolescente. Elle est un peu jalouse de sa petite soeur, Avril. Elle s'évade et s'exprime par l'écriture.

Un vaste complexe spatio-néopsycho-absurde, de Pierre-François Gimenez
Il y a un bon dieu, un mauvais dieu, un narrateur, un héros, une prêtresse, et l'auteur, bien sûr. Tout ce petit monde se débat entre le pouvoir et... le café.

Continue sans moi, d'Hélène Carantino
Le père de Juliette est mort. Sa mère, Alice, s'est remariée avec Dimitri. Ils vont bientôt avoir une petite fille. Dimitri a déjà un fils, Alexandre. Tout est nouveau pour Juliette qui ne trouve pas sa place.

Le chien, de Garance Colcombet-Cazenave
Il est tard. Elle arpente les rues avec son chien. C'est alors qu'elle rencontre un homme.

Critique:
Une fois encore, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ces nouvelles.
«Les enfants de porcelaine» est très bien pensée. L'auteur a su planter un décor, et distiller une atmosphère pesante et effrayante. L'endroit où sont enfermés les enfants, sous la surveillance d'«infirmiers», évoque singulièrement une espèce de camp-hôpital. L'histoire est cohérente.
l'auteur a réussi à me piéger: j'essayais d'assembler les pièces du puzzle sans y parvenir, car je m'étais enferrée dans un mauvais raisonnement. Le lecteur est tenu en haleine jusqu'à la fin.
Les personnages sont bien campés.

J'ai moins aimé «Djembé». Si l'auteur décrit assez bien la relation des deux frères, j'ai trouvé que tout était un peu cliché. Bien sûr, on ne peut pas indéfiniment faire du jamais vu, mais là, je n'ai pas trouvé la touche personnelle qui ferait que l'histoire serait unique.

Dans «La maladie des mots», l'auteur a su nous montrer une adolescente et ses doutes. Êve s'affirme surtout dans ce qu'elle écrit: elle ne parvient pas à affronter certaines choses. Elle se sent coupable, et tente de l'oublier en se confrontant à certaines expériences. Il est intéressant de voir l'évolution de cette jeune fille. J'ai apprécié cette nouvelle qui sonne très vrai.

«Un vaste complexe spatio-néopsycho-absurde» est ma nouvelle préférée. C'est un délire organisé, une débauche d'humour absurde. L'auteur se livre ici à la parodie échevelée d'une histoire de combat. Entre péripéties loufoques, répliques amusantes, et situations rocambolesques, le lecteur ne s'ennuiera pas. N'oublions pas les interventions fantaisistes des personnages qui discutent entre eux pour éliminer le narrateur, et prennent l'auteur à parti... Le «délire» est maîtrisé, le style est agréable, l'intrigue est sympathique.

J'ai été séduite par la nouvelle d'Hélène Carantino. Certains pourront dire que l'auteur exagère quant à la façon dont la mère de l'héroïne la traite. Pourtant, cette façon d'agir est malheureusement vraisemblable. À voir certains comportements de parents, on ne peut s'étonner qu'Alice (la mère dans la nouvelle) soit si détestable.
L'histoire est peut-être un peu rapide, mais c'est une nouvelle: l'auteur a donc dû créer des personnages et une intrigue en peu de pages. Pour moi, le charme de l'intrigue et l'intégrité un peu ingénue, mais si touchante, des personnages principaux ont été plus importants que les petits défauts de la nouvelle.

Je n'ai pas trop aimé «Le chien». D'abord parce que le titre semble choisi au hasard. Le chien n'est pas très important, dans l'histoire, même s'il est toujours en arrière-plan. À la fin, alors qu'on pense qu'il aura un rôle décisif, il reste en arrière... Qu'il soit là ou pas, la nouvelle aurait été la même.
Ensuite, il y a des incohérences, notamment à la fin. Je ne peux pas dire lesquelles, car je dévoilerais la chute.

Éditeur: Héloïse d'Ormesson.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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lundi, 14 février 2011

Pour Clara, prix 2007.

Pour Clara : Prix 2007

L'ouvrage:
Le prix Clara fut créé en l'honneur de Clara, adolescente passionnée de lecture qui mourut à l'âge de treize ans.
Tous les ans (depuis 2007), des adolescentes concourent, six nouvelles sont choisies, et regroupées dans un recueil. Le produit de la vente de ce recueil va à l'ARCFA.

Présentation des six nouvelles:
Le monde d'en bas, d'Amandine Pohu
Un jeune magicien va quitter la grande cité où il habite pour passer une épreuve. Il devra se débrouiller dans un autre monde, totalement différent de ce qu'il connaît. Lors de cet apprentissage, il rencontre, en rêve, une mystérieuse jeune fille.

Journal intime d'un vampire, de Noémie Éloy
Une jeune fille découvre un petit carnet: un journal intime qu'elle lira.

Kronen, de Maud Lecacheur
Une jeune fille est dans un train. C'est alors qu'elle rencontre quelqu'un qu'elle va pouvoir observer afin de tromper son ennui.

Le médaillon mystérieux, d'Hermine Lefebvre de Martens
Au temps des chevaliers, deux jeunes garçons se retrouvent embarqués sur le Faucon Noir, un navire de pirates. Ils ne sont pas au bout de leurs surprises.

Parce que c'était toi, parce que c'était moi, de Ludivine Manric
Sarah s'est suicidée. Sonia est sûre que c'est un meurtre. Elle va temter de découvrir qui en voulait à son amie au point de souhaiter sa disparition.

Pleure pas trop fort, de Paola Termine
Le père d'Éva est en prison, sa mère travaille beaucoup, l'adolescente doit s'occuper de son petit frère de sept ans... et voilà que sa meilleure amie meurt. C'en est trop pour Éva.

Critique:
Une fois encore, j'ai été ravie de découvrir des récits bien pensés et bien écrits rédigés par des adolescentes dont certaines sont passionnées d'écriture, et d'autres ont déjà plusieurs idées de ce qu'elles aimeraient faire plus tard.
J'ai également apprécié la disparité des nouvelles.

«Le monde d'en bas» est l'une de mes nouvelles préférées. L'auteur a su décrire l'impatience du jeune magicien qui veut découvrir l'autre monde, sans imaginer que cela pourrait lui nuire. L'expérience qu'il vit lui donnera maturité et sagesse.
Elle a également très bien inséré l'un des personnages et son histoire dans sa nouvelle.
Jonglant entre la science fiction et le fantastique, l'auteur parvient à tenir le lecteur en haleine. On ne peut pas prévoir quel sera le prochain événement.
De plus, en peu de pages (le propre de la nouvelle), Amandine Pohu a réussi à créer une ambiance et des personnages attachants.

J'ai moins aimé «Journal intime d'un vampire», car, au départ, je trouvais qu'il n'y avait rien de nouveau, que tout était balisé. Cependant, la fin m'a plu. Je ne m'y attendais pas du tout. Noémie Éloy a trouvé une bonne chute.

J'ai également moins adhéré à «Kronen». J'ai trouvé l'héroïne un peu tordue. La fin est à la fois amusante et pathétique.

J'ai beaucoup aimé «Le médaillon mystérieux». L'auteur a inventé une véritable nouvelle d'aventure, avec tous les ingrédients propres à intéresser le lecteur: amitié, amour, piraterie, quête d'un trésor... Tout en s'inspirant de topoi du genre, elle l'a renouvelé. Certains personnages évoluent, d'autres non... Le héros va découvrir une vie bien différente de celle qu'il connaît.
J'ai aimé l'ambiance moyen-âgeuse que l'auteur est parvenue à créer tant par son intrigue que par le style d'écriture adopté. Elle a inventé une histoire qui aurait tout à fait sa place dans les romans de l'époque.
Remarque annexe:Les noms des pirates sont bien imaginés.

La nouvelle de Ludivine Manric est une nouvelle policière. Certaines choses m'ont semblé un peu grosses: par exemple, il est étrange que Sonia remarque tout de suite que Sarah a une trace de «piqûre» dans le cou, alors que personne d'autre ne l'a vu.
Malgré cela, la fin est bien trouvée. Je ne l'avais pas devinée, et en repensant à l'ensemble de la nouvelle, je me rends compte qu'elle est habilement préparée. En outre, j'avais soupçonné autre chose, je suis contente d'avoir été dupée.

La nouvelle de Paola Termine ne pourra laisser les lecteurs indifférents. Elle est comme une espèce de parcours initiatique de la jeune Éva. Elle découvre ce qu'est la vie, et se révolte. Elle refuse les souffrances, les injustices de l'existence. Chacun s'identifiera à cette adolescente qui ne veut pas admettre le malheur, et qui souffre lorsqu'elle connaît un peu de joie, sachant que ce bonheur peut lui être retirée..
Ce texte est plein de sensibilité. Le style est parfois un peu maladroit, mais l'ensemble sonne juste.

Moi qui me méfie beaucoup des prix littéraires, je vais tenter de lire tous les Prix Clara, car voilà deux recueils que j'apprécie beaucoup. Les nouvelles sélectionnées sont de qualité et bien écrites.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Héloïse d'Ormesson.

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